RDC : Après le discours de Kabila, Makila tance l’Union sacrée

C’est une charge froide, méthodique, venue de l’exil. Signée José Makila Sumanda, ancien vice-premier ministre passé au FCC et pilier de «Sauvons la RDC» aux côtés de Joseph Kabila, elle s’adresse sans détour à l’Union sacrée.Intitulé «Gouverner, c’est assumer. Gérer, c’est rendre compte», le texte s’adresse, noir sur blanc, «aux membres de l’Union sacrée, et plus particulièrement aux membres du gouvernement». Le moment n’est pas fortuit. Il intervient après des heures où plusieurs ministres ont rivalisé de formules cinglantes à l’endroit de l’ancien président, au lendemain de ses dernières déclarations. José Makila Sumanda connaît la maison pour l’avoir habitée. Il en décrit aujourd’hui les dérives avec la précision d’un ancien locataire. Son constat est simple, presque cinglant dans sa simplicité: à chaque sortie du «Président honoraire», une partie de l’exécutif répond «non pas en apportant des réponses argumentées, mais en adoptant un langage et des méthodes qui ressemblent davantage à ceux d’adversaires politiques». «Lorsqu’on estime qu’un ancien Président a tort, la meilleure réponse n’est ni l’injure ni l’intimidation: ce sont les faits, les chiffres et les résultats», écrit-il.

Tout le propos tient dans cette phrase. C’est le cœur doctrinal de sa tribune. Fidèle à une certaine idée gaullienne de l’État, Makila rappelle que la République n’appartient à personne. «La République Démocratique du Congo est et restera un patrimoine commun. Nul n’est propriétaire de l’État», assène-t-il. «Tout responsable public n’est qu’un mandataire temporaire, investi d’une mission par le souverain primaire, auquel il a l’obligation de rendre compte». Dans la grammaire politique congolaise, où la loyauté est souvent confondue avec la docilité, le rappel a valeur de rupture. C’est là que l’opposant se fait moraliste. Il oppose deux loyautés. La première, bruyante et commode, où la fidélité se mesure à l’emphase des louanges et à la violence des attaques contre le camp d’en face, où l’on «chante les louanges d’un homme» pour conserver son poste. La seconde, plus exigeante, plus ingrate, où le titre d’«Excellence» n’est pas une immunité, mais une charge.

«La fidélité à un régime ne saurait tenir lieu de bilan, et les flatteries ne remplaceront jamais les résultats», tranche-t-il. L’ancien ministre ne s’arrête pas aux principes. Il entre dans le dur, le concret, le quotidien des Congolais. Et sa liste a des allures d’examen de passage pour le second quinquennat de Félix Tshisekedi: «Qu’avez-vous apporté de concret au peuple congolais ? Avez-vous réussi à lui garantir la sécurité, l’emploi, l’accès aux soins, l’électricité, l’eau potable et les conditions d’une vie digne?» Autant de questions rhétoriques qui renvoient à des réalités têtues: l’insécurité qui perdure dans l’Est, où «des populations subissent les conséquences» d’une guerre sans fin, les routes nationales et les dessertes agricoles «insuffisantes ou dégradées», la précarité «insoutenable» qu’il dit avoir vue sur le terrain. «La sécurité des personnes et de leurs biens, la création d’emplois, la réhabilitation des routes, l’accès à l’eau potable et à l’électricité ne sont pas des faveurs que l’on accorde au peuple. Ce sont des attentes légitimes», insiste-t-il.

Ce glissement du moral au matériel est volontaire. En énumérant les attentes élémentaires, Makila sort du duel Kabila-Tshisekedi pour ramener le débat à son destinataire premier: le citoyen. Il rappelle que le pouvoir ne se justifie pas par la disqualification de l’adversaire, mais par la satisfaction des besoins primaires. C’est une critique qui porte, parce qu’elle ne vient pas d’un éditorialiste, mais d’un homme qui a géré.

Le procédé, il faut le reconnaître, est d’une redoutable efficacité politique. En refusant «de descendre dans l’arène des injures» et de «confondre le débat politique avec les règlements de comptes personnels», José Makila Sumanda, depuis son exil, place la majorité face à ses propres contradictions. Il l’oblige à sortir du registre commode du patriotisme outragé pour revenir au terrain ingrat de la redevabilité, cette comptabilité anglo-saxonne que la Constitution congolaise peine à incarner.

Il va plus loin, en s’interrogeant sur «l’indépendance de parole de certains responsables qui, après avoir bénéficié de nominations, semblent incapables de formuler la moindre réserve». La formule est à peine voilée. Elle vise cette génération de ministres et de mandataires dont la parole publique s’est éteinte avec la nomination. «La loyauté institutionnelle ne doit jamais devenir une abdication de la conscience», écrit-il. Et d’ajouter, dans une phrase qui devrait être gravée au fronton de chaque ministère: «Un ministre n’est pas nommé pour applaudir. Il est nommé pour agir».Reste, en filigrane, la leçon d’un homme qui a connu le pouvoir et sa perte, les palais et l’exil. «Les responsabilités sont temporaires, les fonctions passent et les bilans demeurent», rappelle-t-il. «Ceux qui occupent aujourd’hui les premières places peuvent se retrouver demain dans l’opposition; ceux qui multiplient aujourd’hui les attaques peuvent, demain, être amenés à solliciter le dialogue et la compréhension de ceux qu’ils méprisent actuellement».

C’est l’histoire politique du Congo résumée en deux lignes. Une histoire cyclique, où les zélateurs d’aujourd’hui deviennent les solliciteurs de demain. Il conclut, comme on referme un testament politique: «Le pouvoir est éphémère. La République demeure. Le peuple observe. Et l’histoire retient les actes, pas les flatteries».

Depuis «Sauvons la RDC», Makila ne cherche pas à apaiser. Il ne cherche pas non plus à sanctifier l’ancien régime. Il cherche à déplacer le débat. La question n’est plus de savoir si Joseph Kabila a le droit de parler, ni s’il faut l’applaudir ou le condamner. Mais si ceux qui gouvernent aujourd’hui, avec les moyens de l’État et la légitimité des urnes, ont des résultats tangibles à lui opposer. Et à opposer au peuple qui, lui, attend toujours l’eau, la lumière et la route.


AfricaNews / Provinces26rdc.com

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