À l’issue de l’allocution de Félix Tshisekedi annonçant l’ouverture d’un Dialogue national pour la paix et la refondation de l’État, le député national Olivier Kasanda Katuala salue une clarification qu’il juge décisive. Dans cet entretien exclusif accordé jeudi 27 août 2026 au journal Le Potentiel, cet élu de Lukunga estime que le processus doit permettre aux Congolais de traiter leurs fractures internes sans se substituer aux cadres diplomatiques consacrés à la crise avec le Rwanda et l’AFC/M23. Il insiste surtout sur une ligne rouge : « Ce Dialogue n’est pas une négociation avec l’agresseur », mais un rendez-vous destiné à consolider l’État, la cohésion nationale et la souveraineté de la RDC.
Décryptage
1.Kasanda Katuala Olivier, vous venez d’écouter l’allocution du Chef de l’État. Quelle est votre première réaction ?
Je salue la pertinence, la densité et le courage de cette allocution. Elle ne se contente pas de gérer l’urgence. Elle pose un diagnostic lucide, elle refuse les ambiguïtés et elle ouvre une méthode. Dans un moment où notre unité et notre destin collectif sont mis à l’épreuve, le Président a choisi la responsabilité, le rassemblement et la clarté. C’est exactement ce dont la Nation a besoin.
2.Quels sont, selon vous, les points saillants majeurs de ce discours ?
Ils sont nombreux, mais plusieurs me paraissent structurants.
Premier point : le Président assume nos fragilités internes sans jamais les transformer en excuse pour l’agresseur. Il dit clairement que nous avons trop souvent répondu aux crises par le partage du pouvoir plutôt que par la consolidation de l’État ; que trop de processus sont restés l’affaire d’élites éloignées du peuple ; que la signature a trop souvent été confondue avec l’action. Reconnaître cela n’est pas condamner le passé. C’est une obligation envers l’avenir.
Deuxième point, et il est capital : la qualification de l’agression. Ce n’est pas une thèse de Kinshasa. C’est un constat établi par les instances internationales compétentes et consacré par les résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité. Des forces étrangères occupent illégalement une partie de notre territoire. Des groupes armés y imposent des administrations parallèles et pillent nos ressources. La position de la République est inflexible : retrait complet, effectif et vérifiable de toutes les forces étrangères non invitées ; cessation de tout soutien aux groupes armés ; démantèlement des administrations parallèles ; rétablissement intégral de l’autorité de l’État ; retour dans la dignité de nos déplacés.
Troisième point : la distinction nette entre les processus diplomatiques et le Dialogue national. Washington traite de la dimension interétatique avec le Rwanda. Doha demeure le cadre pour traiter avec l’AFC/M23 de la cessation des hostilités, du désengagement, du cantonnement et du désarmement. L’Union africaine veille à la cohérence africaine. Ces processus sont indispensables. Mais aucun accord diplomatique ne peut définir, à la place des Congolais, la République que nous voulons bâtir.
Quatrième point : la méthode. Ce Dialogue ne commencera pas à Kinshasa. Il commencera dans les 26 provinces. Chaque province établira son diagnostic : insécurité, conflits fonciers et coutumiers, tensions communautaires, insuffisances administratives, inégalités, obstacles au développement. Les assises nationales de Kinshasa seront l’aboutissement d’une parole recueillie partout, et non le point de départ d’un arrangement d’en haut.
Cinquième point : les lignes rouges. Ce Dialogue n’est ni une négociation avec l’agresseur ou ses supplétifs, ni un moyen de remettre en cause le choix souverain du peuple, ni une suspension des institutions. Nulle arme ne confère un droit supérieur au suffrage. Nulle conquête militaire ne se convertit en légitimité politique.
Sixième point : justice et réintégration. Une voie reste ouverte à ceux qui, à titre individuel, renoncent sincèrement et de manière vérifiable à la violence et condamnent sans équivoque l’agression. Mais la paix ne saurait signifier l’impunité. Les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les actes de génocide et les violences sexuelles graves ne peuvent être effacés par une amnistie générale.
Enfin, le Président annonce un cadre d’exécution : ordonnance instituant un Comité d’organisation, puis une Commission préparatoire, un processus limité à trois mois, un Pacte national, une matrice publique de mise en œuvre, un mécanisme de suivi et des rapports périodiques. C’est par l’exécution, et non par la déclaration, que ce Dialogue se distinguera de ceux qui l’ont précédé.
4.Vous avez, dans vos tribunes et interviews, souvent mis en garde contre un dialogue qui brouillerait la nature du conflit ou servirait les intérêts de l’agresseur. Voyez-vous dans cette allocution une confirmation de vos positions ?
Oui, et c’est ce qui me réjouit. Depuis longtemps, je répète que le conflit de l’Est n’est pas un simple problème interne que l’on pourrait « dialoguer » comme s’il s’agissait d’une querelle entre Congolais. Présenter l’occupation comme une affaire intérieure, c’est masquer l’agression, diviser le pays et offrir du temps à ceux qui occupent et pillent.
Le Chef de l’État vient de tracer une ligne que je défends depuis des mois : on peut et on doit dialoguer entre Congolais pour traiter nos fractures, reconstruire l’État et consolider la cohésion. On ne s’assoit pas à la table de la Nation avec ceux qui prennent les armes contre elle. Le processus de Doha reste le cadre approprié pour les questions liées à l’AFC/M23. Le Dialogue national ne s’y substitue pas et ne devient pas une voie parallèle pour obtenir par les armes ce que la démocratie n’a pas accordé.
Cette clarification est essentielle. Elle confirme que l’on peut vouloir la paix sans céder sur la souveraineté, vouloir la réconciliation sans l’oubli, et vouloir l’inclusivité sans confusion des responsabilités.
4.Le président a annoncé qu’il instituera une Commission préparatoire dont les membres seront choisis pour leur compétence, leur probité, leur indépendance d’esprit et leur attachement à l’intérêt national. Compte tenu de vos publications répétées sur ces questions et de vos positions constantes contre l’agresseur et ses proxies, seriez-vous disponible pour en faire partie ?
Le service de la Nation n’est pas une affaire de convenance personnelle. Si la République estime que mon expérience, mes travaux et mon engagement peuvent être utiles à la conception et à l’organisation de ce processus, je suis toujours prêt. Un élu du peuple n’appartient pas à lui-même lorsqu’il s’agit de défendre la paix, l’unité et la refondation de l’État. Je resterai fidèle à ce que j’ai toujours dit : pas de légitimité tirée des armes, pas d’impunité pour les crimes imprescriptibles, pas de Dialogue qui dilue la responsabilité de l’agression. Dans ce cadre, et dans le respect de la Constitution, je servirai si la Nation le requiert.
5.Quel message adressez-vous, en conclusion, à vos compatriotes ?
Le Président l’a dit avec force : si la démocratie nous autorise à nous opposer, la Patrie nous interdit de nous déchirer. Baissons le ton. Rejetons les discours de haine et les manipulations identitaires. Plaçons l’intérêt supérieur de la République au-dessus des calculs partisans. Ce Dialogue n’aura de sens que s’il produit des résultats concrets pour les populations de Goma, Bukavu, Beni, Djugu, Uvira et de toutes les provinces meurtries, et s’il renforce un État présent, légitime et capable de protéger ses enfants. C’est à cette aune que nous serons jugés.
LePotentiel / Provinces26rdc.com
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