L’archevêque Ejiba Yamapia s’attire désormais la foudre d’une frange de l’opposition congolaise. À mesure qu’il multiplie les plaidoyers en faveur d’une refonte de la Constitution, l’homme de Dieu paraît glisser du statut de guide spirituel à celui de figure politique clivante, au risque de devenir la véritable bête noire des adversaires du pouvoir.
L’homme d’autel, loin d’esquisser le moindre repli malgré les salves dirigées contre sa personne, assume ouvertement sa croisade. Dans son sillage, une conviction se dévoile : Ejiba veut inscrire son patronyme dans les annales nationales comme l’ecclésiastique ayant accompagné l’ambition du régime de remodeler la loi fondamentale. Une perspective jugée inacceptable par l’opposition, qui y décèle un projet malsain dissimulé derrière le vernis du sacré.
La riposte la plus virulente est venue de l’opposant Claudel Lubaya. Sur X, l’ancien député a décoché une charge sévère contre ceux qu’il considère comme les nouveaux missionnaires du pouvoir. Dans son message, il accuse certains prédicateurs de troquer l’Évangile contre une entreprise de propagande destinée à préparer les esprits à une modification de la Constitution. Pour lui, l’initiative défendue par Ejiba Yamapia ne relève nullement d’une aspiration populaire, encore moins d’une illumination patriotique, mais plutôt d’une tentative de “confiscation du pouvoir” au bénéfice d’un individu et de son cercle familial.
Lubaya évoque des “prédicateurs véreux”, transformés, selon ses termes, en “relais politiques du pouvoir”. L’opposant anti-système dénonce une instrumentalisation de la foi et affirme que les autels se métamorphosent progressivement en tribunes partisanes. À ses yeux, la démarche d’Ejiba autour de la Constitution ne constitue pas un débat doctrinal, mais une vaste opération de conditionnement psychologique destinée à faire passer une ambition personnelle pour une prétendue volonté divine.
Engagés dans une cause perdue d’avance, ils ne prêchent plus l’évangile du Christ, mais l’évangile du changement de la Constitution, transformant les autels en tribunes politiques et la foi en instrument de propagande au service du pouvoir. Toute une garnison de pseudo « hommes de Dieu », qu’un de leurs n’a pas hésité à qualifier de « lépreux , écume les médias à longueur de journées. Ils s’efforcent de mentir à leurs fidèles qu’ils croient, à tort, naïfs, manipulables et incapables de discerner la frontière entre foi et propagande politique, a-t-il asséné.
Et d’ajouter : « Sous couvert de discours spirituels, les soi-disant « oints de Dieu » tentent désespérément de vendre l’idée saugrenue d’un changement de la Constitution présenté comme un impératif national, alors qu’il ne s’agit, en réalité, que d’un projet de confiscation du pouvoir au profit d’un individu et de sa famille ».
De son côté, le représentant des Églises de réveil du Congo ne parle plus avec prudence. L’archevêque Ejiba Yamapia avance à découvert. Mercredi 13 mai à Kinshasa, il a publiquement plaidé pour l’ouverture d’un chantier constitutionnel, estimant que le moment est favorable. Afin de crédibiliser son argumentaire, le dirigeant religieux a brandi les résultats d’un sondage attribué au forum des intellectuels de son église. Selon cette enquête, 80 % des personnes interrogées soutiendraient le changement de la Constitution, tandis que 20 % seulement préféreraient une simple révision. Une annonce accueillie avec scepticisme par plusieurs observateurs, tant l’absence de données techniques nourrit les soupçons autour de cette consultation présentée comme l’expression du peuple.
Plus encore, Ejiba entend structurer son offensive. Entouré de représentants de la société civile, il a annoncé la création prochaine d’une Coalition citoyenne pour la nation, plateforme destinée à sensibiliser la population à la nécessité d’une refonte profonde de la charte suprême. Derrière cette architecture organisationnelle, l’opposition aperçoit déjà l’émergence d’un front politico-religieux chargé d’accompagner les aspirations du camp présidentiel.
Dans ce tumulte, certaines recommandations formulées par Ejiba Yamapia accentuent encore davantage les crispations. L’archevêque propose notamment de réserver l’accès à la présidence, à la primature ainsi qu’aux ministères régaliens aux seuls Congolais nés de père et de mère congolais. Face au torrent de critiques, le pasteur refuse toute intimidation. Bien au contraire, Ejiba contre-attaque avec fermeté. « Le temps où les pasteurs n’étaient que des théologiens est déjà révolu », a-t-il martelé, avant de préciser qu’il faut vouloir échouer pour chercher à plaire à tout le monde.
Le prédicateur va encore plus loin lorsqu’il affirme qu’aucune véritable Église ne peut faire opposition aux institutions établies. Il faut signaler que certaines figures religieuses ont pris leurs distances avec leurs collègues défenseurs du changement de la Constitution. Moise Mbiye et le révérend Sony Kafuta ont décoché des flèches contre les pasteurs favorables à cette initiative, allant jusqu’à évoquer le “camp des lépreux”.
Comme si la polémique ne suffisait pas, le passé politique d’Ejiba Yamapia est revenu au centre des débats. Interpellé sur une supposée proximité avec le RCD d’Azarias Ruberwa, il a rejeté toute affiliation idéologique. Le patron de la plateforme des Églises de réveil reconnaît toutefois avoir figuré sur une liste électorale liée à cette formation politique lors des législatives de 2006 dans la circonscription de Mont-Amba. Une présence qu’il justifie par les contraintes juridiques de l’époque et explique que la société civile ne pouvait présenter des candidats qu’en s’adossant à un parti politique.
Tentant d’éteindre l’incendie, Ejiba Yamapia a insisté sur le fait qu’aucun emblème partisan n’apparaissait sur ses affiches de campagne. Puis, il a lancé : « Je ne connais pas comment on tire un revolver ».
Ouragan / Provinces26rdc.com
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