RDC-Dialogue national : Fabrice Saa Mbili dénonce un processus « taillé aux conditions de Felix Tshisekedi »

L’annonce par le président Félix Tshisekedi du lancement du Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État suscite déjà des réserves dans les rangs de l’opposition. À Beni, Fabrice Saa Mbili, cadre de l’opposition, estime que le processus tel que présenté par le Chef de l’État ne réunit pas encore les conditions nécessaires à une participation de toutes les forces politiques.

« Le Président a parlé de tout, sauf de ce qu’il fallait réellement dire », a-t-il réagi, estimant que l’adresse présidentielle n’a pas suffisamment répondu aux préoccupations liées à la confiance, à l’inclusivité et aux modalités d’organisation du dialogue.

Félix Tshisekedi a annoncé un processus qui débutera par des consultations dans les 26 provinces avant la tenue des assises nationales à Kinshasa. Les travaux devront se dérouler sur une période maximale de trois mois, sous la conduite d’un comité d’organisation. Mais pour Fabrice Saa Mbili, l’essentiel reste de savoir dans quelles conditions les différentes parties seront associées à la définition du cadre.

« On ne peut pas demander à ceux qui contestent la manière dont le pays est dirigé de venir simplement valider un cadre déjà défini par le pouvoir. Un véritable dialogue doit être construit avec toutes les parties, y compris ceux qui ont pris les armes, et pas seulement présenté par une seule partie comme un produit fini », soutien-t-il.

« Un dialogue ne doit pas devenir un monologue du pouvoir »

Fabrice Saa Mbili rejette ainsi l’idée d’un processus dont les règles seraient, selon lui, définies unilatéralement par le pouvoir. « L’opposition congolaise ne participera pas à un dialogue au goût et aux conditions de Tshisekedi, qui fait lui-même partie du problème que ce dialogue prétend résoudre », affirme-t-il.

Pour ce cadre de l’opposition, les assises devraient permettre d’aborder sans tabou les principales crises auxquelles le pays est confronté, notamment les questions sécuritaires, la gouvernance, le fonctionnement des institutions, la démocratie, la justice et les libertés publiques.

Il appelle également le pouvoir à traduire dans les faits les mesures de confiance et de décrispation politique annoncées par le Chef de l’État. « Nous jugerons le pouvoir sur les actes et non sur les discours. Si le Président veut réellement un dialogue sincère, qu’il commence par poser des actes qui rassurent l’opposition et l’ensemble de la société congolaise », insiste-t-il.

L’exclusion de l’AFC/M23 également contestée

La décision de ne pas intégrer l’AFC/M23 comme composante politique du Dialogue national, le processus de Doha restant le cadre réservé aux discussions avec ce mouvement, constitue un autre point de divergence.

« On ne peut pas régler une crise aussi profonde en choisissant à l’avance qui doit être entendu et qui ne doit pas l’être. Si le dialogue national prétend s’attaquer aux causes profondes de la crise congolaise, il faut expliquer clairement comment seront articulés le dialogue national et le processus de Doha », estime Fabrice Saa Mbili.

Pour lui, au-delà des discussions politiques, les populations attendent avant tout des résultats concrets, particulièrement dans l’Est du pays. « À Beni, à Butembo, à Goma, en Ituri et dans plusieurs autres régions, les Congolais veulent savoir quand ils pourront enfin vivre en sécurité. Le peuple ne demande pas seulement des dialogues ; il demande des solutions », souligne-t-il.

Le cadre de l’opposition estime enfin que la crédibilité du processus dépendra aussi de la capacité du pouvoir à accepter la contradiction et à se remettre en question. « Nous ne sommes pas contre le dialogue. Nous sommes contre un dialogue contrôlé, orienté et organisé de manière à donner l’impression que toutes les parties ont participé alors que les grandes décisions auraient déjà été prises ailleurs », précise-t-il.

Alors que la Présidence présente ces assises comme un cadre destiné à traiter les causes structurelles de l’instabilité et à déboucher sur un « Pacte national », Fabrice Saa Mbili réclame davantage de garanties sur l’inclusivité du processus. « Le dialogue national appartient au peuple congolais, pas au Président, pas à l’Union sacrée et pas à l’opposition », conclut-il.

 


Top Infos 24 / Provinces26rdc.com

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