Alors que les tensions politiques et sécuritaires s’intensifient en République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi entend garder la maîtrise du calendrier politique et accélérer les préparatifs du dialogue national, malgré la posture conflictuelle de son prédécesseur, Joseph Kabila, et de Corneille Nangaa, associés à la mouvance politico-militaire FRN. Réuni samedi 24 octobre avec les élus et cadres de l’Union sacrée de la nation (USN), le chef de l’État a affiché sa détermination à faire avancer ce processus, annoncé la mise en place prochaine de son équipe préparatoire et rassuré sa majorité sur la situation sécuritaire. Face aux soupçons d’une initiative destinée à modifier la Constitution pour prolonger son pouvoir, il a réaffirmé son attachement aux limites de son mandat. Dans un contexte marqué par de profondes divisions politiques et la persistance de la guerre dans l’Est, Félix Tshisekedi semble ainsi privilégier une démarche dont les préparatifs avanceraient sans attendre Joseph Kabila et Corneille Nangaa, même si les modalités définitives de participation des différents acteurs restent à préciser.
Félix Tshisekedi veut avancer. Alors que les relations entre le pouvoir de Kinshasa et les responsables de la mouvance AFC/M23 restent particulièrement tendues, le chef de l’État entend accélérer les préparatifs du dialogue national. Devant les élus et cadres de l’Union sacrée, samedi 24 octobre, il a défendu cette initiative et appelé sa famille politique à en expliquer les enjeux à la population.
Dans un contexte marqué par les accusations de déstabilisation visant Joseph Kabila et ses alliés, le président congolais affiche sa détermination à poursuivre le processus sans attendre une éventuelle décrispation avec ses adversaires. Pour le pouvoir, la crise politique et sécuritaire ne saurait justifier l’abandon d’une démarche présentée comme nécessaire au rétablissement de la normalité institutionnelle.
La perspective d’un dialogue sans Joseph Kabila ni Corneille Nangaa se dessine ainsi sur fond de confrontation politique. Les modalités définitives de participation n’étant toutefois pas précisées dans les éléments disponibles, l’exclusion formelle de ces acteurs ne peut être considérée comme définitivement actée.
Devant les membres de l’Union sacrée, Félix Tshisekedi s’est attaché à répondre aux critiques entourant le dialogue national. Une partie de l’opinion redoute que cette initiative ne serve de cadre à une révision constitutionnelle destinée à prolonger son séjour au pouvoir. Le président a rejeté cette interprétation.
Selon lui, le dialogue doit plutôt permettre de rétablir une certaine « normalité » dans le fonctionnement du pays, afin que l’État exerce pleinement ses missions dans le respect des règles établies. Il a également assuré n’avoir aucune intention de dépasser les limites du mandat que lui confère la Constitution.
Cette clarification vise à rassurer sa majorité, mais aussi à éviter que le débat sur l’avenir politique du pays ne soit réduit à la question de son maintien au pouvoir. En demandant aux élus de l’USN de relayer ce message auprès de leurs électeurs, le chef de l’État cherche à consolider l’adhésion de son camp à une initiative dont les contours restent à préciser.
Une équipe préparatoire annoncée
Sur le plan opérationnel, Félix Tshisekedi prévoit de mettre en place, dès la semaine prochaine, l’équipe chargée de préparer le dialogue national. Le dispositif annoncé comprend une coordination nationale, des coordinations provinciales ainsi que des superviseurs dans chaque province.
Le processus doit également bénéficier de l’appui de deux cofacilitateurs désignés par l’Union africaine, un homme et une femme. Cette contribution continentale devrait accompagner la préparation des travaux, alors que la représentativité des participants et les conditions de leur participation seront déterminantes pour la crédibilité du processus.
En accélérant la constitution de ces structures, le président entend donner une traduction concrète à son initiative. Reste à savoir si le dialogue parviendra à réunir suffisamment d’acteurs politiques et sociaux pour favoriser une véritable concertation, dans un pays où les divisions politiques se superposent à une crise sécuritaire persistante.
Sur le front sécuritaire, Fatshi affiche sa confiance

La rencontre avec l’Union sacrée a également été l’occasion pour Félix Tshisekedi d’aborder la situation militaire. Le chef de l’État s’est montré confiant dans les capacités des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), affirmant avoir repris en main l’appareil militaire et jugeant satisfaisante la montée en puissance des troupes.
Cette assurance intervient néanmoins alors que les autorités continuent de faire face à des difficultés sécuritaires dans l’Est, où les affrontements et les infiltrations restent au cœur des préoccupations. Pour le président, la situation est maîtrisable, même si la persistance du conflit continue de peser sur les perspectives de stabilisation du pays.
Joseph Kabila, cible d’une charge présidentielle

C’est toutefois contre Joseph Kabila que Félix Tshisekedi a dirigé ses propos les plus sévères. L’ancien président, qui a dirigé la RDC pendant dix-huit ans, a pris la tête, le 12 octobre à Goma, du Front pour la refondation de la nation (FRN), présenté comme issu de l’AFC/M23. Cette évolution a accentué la confrontation entre les deux hommes.
Le chef de l’État a dénoncé le fait de retourner les armes contre le peuple et le pays que l’on a dirigé pendant dix-huit ans, estimant qu’un tel comportement prouve qu’on ne l’a « jamais aimé ». Une accusation particulièrement directe contre celui qui lui a transmis le pouvoir en janvier 2019.
Cette sortie illustre la dégradation des relations entre les deux anciens partenaires institutionnels. Pour Kinshasa, le rapprochement de Joseph Kabila avec la mouvance politico-militaire AFC/M23 constitue une ligne rouge, alors que le gouvernement affirme défendre l’intégrité territoriale et l’ordre constitutionnel.
Dans ce climat, le dialogue national apparaît comme un nouveau terrain de confrontation. Félix Tshisekedi veut en maîtriser le calendrier et les préparatifs, tandis que la question de la place des acteurs associés à la rébellion reste politiquement sensible.
En rassurant l’Union sacrée, en annonçant la constitution prochaine de l’équipe préparatoire et en réaffirmant son attachement aux limites constitutionnelles de son mandat, le président congolais cherche à consolider sa position. Mais au-delà de la mobilisation de sa majorité, le succès du dialogue dépendra de sa capacité à définir un cadre crédible de concertation et à répondre aux défis sécuritaires qui continuent de fragiliser le pays.
LePotentiel / Provinces26rdc.com
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