RDC-Dialogue national : Tshisekedi pose ses conditions

Entre ouverture au dialogue et fermeté sur les conditions de participation, Félix Tshisekedi maintient une ligne exigeante. Depuis Moscou, le chef de l’État a réaffirmé son refus de voir les acteurs qu’il considère comme liés au Rwanda prendre part aux discussions nationales sans avoir préalablement rompu avec leurs engagements. Il prévient également que la réconciliation ne saurait se construire au prix de l’impunité.

Une position qui relance le débat sur l’inclusivité du dialogue, ses véritables objectifs et les garanties nécessaires à sa réussite. Devant la diaspora congolaise réunie en marge du sommet Russie-Afrique, Félix Tshisekedi a voulu clarifier les contours du dialogue national annoncé depuis août dernier. Le président de la République affirme que le processus préparatoire avance et que la mise en place du comité d’organisation ainsi que la désignation de ses animateurs sont imminentes.

Mais derrière cette annonce institutionnelle, une ligne politique demeure clairement tracée : pas de dialogue avec ceux qu’il qualifie de supplétifs du Rwanda. Pour le chef de l’État, toute participation devra être précédée d’une rupture avec les intérêts extérieurs et d’une dénonciation de l’agression dont la RDC accuse Kigali. « On ne va pas faire le dialogue avec les supplétifs des Rwandais », a-t-il insisté, estimant que certains acteurs pourraient instrumentaliser les discussions pour défendre des intérêts étrangers plutôt que les préoccupations nationales.

Cette déclaration traduit une conception du dialogue fondée sur une distinction entre les divergences politiques internes, considérées comme légitimes, et les engagements auprès d’une puissance étrangère, que le président présente comme incompatibles avec la défense de la souveraineté nationale. Toutefois, cette exigence soulève une question fondamentale : qui aura le pouvoir de déterminer les critères d’appartenance à cette catégorie et sur quelle base les participants seront-ils sélectionnés ?

Dans un contexte de crise sécuritaire et de méfiance entre les protagonistes politiques, la transparence de ces critères sera déterminante pour la crédibilité du processus. Autre aspect majeur de cette intervention : le refus d’une réconciliation qui se limiterait à un arrangement politique. Félix Tshisekedi rejette explicitement le scénario des précédents accords ayant parfois conduit à l’intégration d’anciens chefs de groupes armés dans les institutions publiques.

À ses yeux, la paix ne peut être durable si les auteurs des violences échappent à leurs responsabilités pour ensuite accéder à des fonctions politiques. Le président entend donc placer la justice au centre du processus, en distinguant la réintégration dans le dialogue national de l’éventuelle responsabilité pénale des personnes impliquées dans les crimes commis contre les populations congolaises.

Cette approche pose néanmoins un défi majeur : comment articuler justice, vérité, réconciliation et reconstruction nationale ? La participation aux discussions ne devrait pas constituer une immunité judiciaire. Inversement, les mécanismes de justice devront respecter les procédures légales, les droits de la défense et le principe de responsabilité individuelle. C’est précisément sur ce terrain que se situe l’une des principales difficultés du projet présidentiel.

Depuis son annonce, le dialogue national suscite des réserves dans une partie de l’opposition, notamment au sein de la Coalition Article 64 (C64) et de la famille politique de Joseph Kabila. Ces acteurs réclament un cadre véritablement consensuel, avec des garanties sur la convocation, la facilitation, la composition et les conclusions des assises.

En août dernier, lors de l’annonce officielle du processus, Félix Tshisekedi avait pourtant présenté un mécanisme de consultations devant commencer dans les provinces avant de déboucher sur des assises nationales à Kinshasa. Le processus devait durer trois mois au maximum et s’attaquer aux causes structurelles des crises congolaises : insécurité, conflits fonciers et coutumiers, tensions communautaires, dysfonctionnements institutionnels et inégalités.

Une ordonnance présidentielle du 13 septembre a ensuite institué un comité d’organisation préliminaire placé sous l’autorité du chef de l’État. La composition de ses membres et les modalités concrètes de fonctionnement restent cependant des éléments attendus. La déclaration de Moscou intervient également alors que les initiatives diplomatiques de Washington et de Doha cherchent toujours à faire avancer le règlement de la crise dans l’Est du pays.

Le président congolais continue de défendre la voie diplomatique, tout en exigeant le respect de l’intégrité territoriale de la RDC et le retrait des forces rwandaises. Dans ce contexte, le dialogue national et les négociations extérieures répondent à deux dimensions différentes, mais étroitement liées de la crise : la recherche d’un compromis entre Congolais et le règlement du conflit impliquant le Rwanda et les groupes armés.

La position présidentielle révèle ainsi une équation politique délicate. D’un côté, Kinshasa veut préserver la souveraineté nationale et empêcher que le dialogue ne devienne un instrument de légitimation de la conquête territoriale par les armes. De l’autre, la recherche d’une cohésion nationale exige un espace de discussion suffisamment ouvert pour permettre aux différentes sensibilités politiques de s’exprimer.

Au fond, le véritable test du dialogue de Félix Tshisekedi ne sera pas seulement de réunir les Congolais qui partagent sa vision, mais de construire un cadre dont les règles seront suffisamment claires, crédibles et acceptées pour que les divergences politiques puissent être dépassées sans sacrifier les exigences de souveraineté et de justice.

La paix ne se décrète pas, pas plus que la réconciliation ne se proclame. Elle se construit à travers des garanties, des responsabilités assumées et une volonté commune de préserver la République. C’est à cette épreuve que sera confronté le dialogue national annoncé par le chef de l’État.

 


B-One/Provinces26rdc.com

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