Tout le monde aurait pu applaudir, frénétiquement et des deux mains, la décision du ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire portant interdiction, aux université qui ne remplissent pas les normes requises, d’une part de recruter de nouveaux étudiants pour les facultés de médecine et, d’autre part, de faire fonctionner ladite filière. En clair, les facultés de médecine organisées jusque-là au mépris des standards exigibles en la matière sont fermées sans autres forme de procès. Il est demandé à leurs pensionnaires des classes montantes de chercher des places dans les 16 universités nommément citées par la tutelle.
Qui est responsable du gâchis dans la filière de la formation des médecins en République Démocratique du Congo ? La réponse coule de source : c’est le ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire. Et pour cause ? Ce sont les différents responsables qui se sont succédés à la tête de ce ministère, de Mobutu aux deux Kabila, qui avaient accordé, sur fond à la fois de clientélisme politique et de « business », des agréments aux universités aujourd’hui classées sur la liste noire.
Il est curieux qu’après avoir fermé les yeux, pendant des décennies, sur ces établissements de l’enseignement supérieur et universitaire formateurs de futurs « bouchers », « charcutiers » et autres «croque-morts», l’on sacrifie, aujourd’hui, des jeunes innocents qui ont eu, pour seul tort, de s’inscrire dans des universités qu’ils croyaient réunir les conditions requises pour organiser des enseignements de médecine.
Ce qui fait le plus mal est de constater que l’actuel ministère de l’ESU et les participants aux Etats Généraux de l’ESU organisés du 10 au 14 septembre à Lubumbashi aient pris un raccourci pour frapper des milliers d’innocents et leurs parents, sans prendre la moindre sanction contre d’anciens animateurs de ce ministère et des promoteurs, encore vivants, qui avaient cautionné la formation des médecins de pacotille pour le pays.
La grande question est de savoir si le ministre Muhindo Nzangi a évalué le nombre d’étudiants en médecins victimes de sa mesure et la capacité d’accueil des universités appelées à les absorber. Quand on sait qu’à l’Université de Kinshasa, à l’Université de Lubumbashi, à l’Université de Kisangani et ailleurs, les auditoires étouffent sous le trop-plein des candidats aux classes de recrutement comme à celles montantes, chacun peu imaginer le gâchis intellectuel en perspective.
Quel sort pour les médecins formés au rabais ?
Des millions de Congolaises et de Congolais ont désormais toutes les raisons d’avoir peur des blouses blanches qui prestent dans les formations médicales publiques comme privées. En effet, le ministre de l’ESU est resté muet sur le sort des médecins formés au rabais, pendant plusieurs décennies, et qui dispensent des soins de santé aux quatre coins de la République. Comment un malade saura-t-il qu’il a affaire à un « débrouillard » ? Va-t-il frapper de nullité les diplômes délivrés par des universités qui organisaient les enseignements de médecine sans remplir les normes?
La logique voudrait qu’il ne s’arrête pas à sanctionner les seuls étudiants encore en formation dans les établissements frappés d’anathème mais également les « lauréats » qu’ils ont « collés » et lâchés sur le marché de l’emploi depuis belle lurette. Ou va le pays avec des médecins bricoleurs qui «vendent la mort», et surtout dans les dispensaires et cliniques fréquentés, en grande partie par les Congolaises et Congolais démunis ? L’angoisse qui s’est emparée de plus d’un compatriote au vu de la liste des « 16 » agréées par Muhindo, contre plusieurs dizaines non viables, appelle des réponses claires et convaincantes.
Interdiction de recruter des étudiants en médecine dans certaines universités : une décision prise à la hâte

La décision d’interdire les inscriptions aux années de recrutement dans certaines facultés de médecine est hâtive, irrégulière et émotionnelle dénotant un populisme politique dommageable, selon plusieurs scientifiques.
Sur le plan de la forme, la théorie de l’acte contraire ou le parallélisme de forme voudrait que les facultés de médecine ayant reçu l’autorisation de fonctionner par voie d’arrêté, soient fermées par la même voie. Quelle est la préséance juridique d’un circulaire sur un arrêté ?
Quant au fond, il l’Ordre des médecins n’a pas, dans sa prérogative, la compétence de proposer les listes des facultés de médecine qui doivent être fermées. L’Ordre des médecin est une juridiction spécialisée de l’ordre administratif sensée réguler la profession de médecin. Autrement dit, veiller au respect de l’éthique médicale (déontologie médicale)
Deuxièmement, le sort réservé des étudiants en cours de Cursus académique des facultés de médecine fermées n’est pas bien explicité.
Aussi, la RDC à moins de 5% des médecins par rapport aux 100% attendus selon l’OMS ( démographie et son étendue de la RDC). Si le ministre prétend résoudre le problème de qualité des médecins, quelle est la réponse réservée à la problématique de la quantité des médecins en RDC ? Car, dans ce pays, il y a un médecin pour plus de 10 000 habitants. Tandis que dans certains pays d’Afrique, c’est un médecin pour 50 habitants déjà.
De même, en voulant résoudre le problème de la qualité de l’exercice médical, quelle est la réponse réservée aux tradipraticiens qui exercent la fonction médicale ( chirurgie, les prescriptions médicales…) en violation flagrante des règles de l’art, et le plus dramatique, ils utilisent par voie médiatique leur « médecine moderne tradipraticienne ».
Concernant l’objectivité, on vit le siècle de lumière. Quels sont les critères objectifs de cotation qui ont permis la sélection des universités viables ? Puisque, des enseignements qui donnent cours à l’Université Simon Kimbangu et l’Université Technologique Bel Campus, lesquels sont moins meilleurs que ceux de l’Université de Mbujimayi ou l’Université de Tshumbe. Autant pour l’infrastructure, le nombre d’étudiants…
Surtout que la plupart des médecins qui encadrent des étudiants de l’Unikin pendant le stage académique de 4ème Doctorat aux Cliniques universitaires de Kinshasa, sont issus de l’USK et Bel Campus. Et ils prouvent de quoi ils sont capables.
En réalité, le problème n’est pas seulement la faculté de médecine, mais l’enseignement supérieur dans son ensemble. Quelle est la réponse réservée aux facultés de Droit, Sciences politiques, Economie, Relations internationales… qui souffrent toutes de mêmes maux ?
Si aujourd’hui, la portée téléologique du métier médical est de s’occuper de la santé d’un être humain, pour les juristes et autres de sciences sociales, c’est pour la santé et la vie de la société. Voudra-t-on sous estimer la qualité de ceux qui sont appelés à réguler la santé et le fonctionnement de la société (juristes, politologues, psychologues…) au profit de ceux qui régulent la santé des individus (médecins) ?
Le corps humain est régi par des lois physicobiologiques qui assurent l’homéostasie du milieu intérieur. Mais sans régulation externe, impossible d’une telle simulation pour la société.
Une décision ayant des préjudices pareils, provenant de l’État, devrait, à priori, avoir l’approbation du Conseil des ministres. Ce, pour justifier, d’une part, son opposabilité, et d’autre part, l’objectivité dans la sélection des facultés à fermer.
La dégradation de la qualité de l’enseignement supérieur et universitaire en RDC est due à la modicité de salaires des enseignants, aux conditions de travail précaires et à l’absence de politique appropriée.
La plupart des enseignants qualifiés ont opté pour la politique en remerciant la science et la noble profession d’enseignants. Quelle est la réponse réservée à cet aspect des choses ?
Si la viabilité dont est question, est basée sur le nombre de professeurs recquis pour son fonctionnement, quelle est la politique mise en place pour augmenter le nombre de professeurs aujourd’hui, dont la plupart sont des anciens boursiers ?
La Constitution du 18 février 2006 de la République démocratique du Congo, telle que modifiée à ce jour par la loi numéro 11/002 du 20 janvier 2011 portant révision de certains articles de la Constitution, garantit l’opposition à une décision illégale, arbitraire.
Le Phare /provinces26rdc.net
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