Ce lundi 2 novembre 2026, Mesdames et Messieurs les membres du Bureau politique du PPRD, J’ai lu votre déclaration du 30 octobre 2026. Trois pages d’indignation, de victimisation et de leçons de démocratie. Trois pages dans lesquelles vous tentez de présenter votre formation comme une victime de l’arbitraire, tout en évitant soigneusement la question essentielle : comment un parti qui prétend défendre la souveraineté nationale peut-il garder le silence sur les accusations de soutien à la rébellion visant son autorité morale ?
Vous invoquez la Constitution, l’histoire, Nelson Mandela et même les Saintes Écritures. Mais les grands principes ne doivent pas devenir des refuges contre les responsabilités.
Répondons donc aux faits.
1. sur la dissolution PPRD : La démocratie n’est pas une immunité
Vous invoquez les articles 6 et 8 de la Constitution pour dénoncer une prétendue monstruosité juridique.
Mais l’article 6 que vous citez exige également des partis politiques le respect de l’unité et de la souveraineté nationales.
La démocratie garantit le droit de s’opposer au pouvoir. Elle ne garantit pas le droit de soutenir une insurrection armée.
Vous êtes libres de contester la compétence du Conseil d’État et d’exercer les recours prévus par la loi. Mais ne confondez pas contestation judiciaire et innocence politique.
Une formation politique n’est pas au-dessus des lois parce qu’elle a autrefois gouverné le pays.
2. Sur la majorité parlementaire : Les députés ne sont pas la propriété du PPRD
Vous qualifiez la recomposition de la majorité parlementaire de 2020 de coup d’État institutionnel.
Quelle méconnaissance volontaire de notre Constitution !
L’article 101 est pourtant limpide : « Le député national représente la nation. Tout mandat impératif est nul. »
Cela signifie qu’un député n’est ni un employé de son parti, ni un prisonnier de son autorité morale.
Les élus qui ont rejoint la nouvelle dynamique parlementaire ont exercé leur liberté constitutionnelle en décidant de soutenir la vision du président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Vous auriez voulu que ces parlementaires restent éternellement soumis aux instructions du PPRD, même contre leurs convictions ?
Le mandat parlementaire appartient à la nation, pas à Joseph Kabila !
Et contrairement à votre affirmation, la recomposition de la majorité ne nécessitait pas de nouvelles élections générales.
3. Sur vos leçons de patriotisme : souvenez-vous du 6 juillet 2012 !
Voilà le chapitre de l’histoire que votre déclaration aurait préféré oublier.
Le 6 juillet 2012, sous la présidence de Joseph Kabila, le Conseil supérieur de la défense décidait de radier quatorze officiers des FARDC impliqués dans la mutinerie liée au M23.
Parmi eux figuraient Bosco Ntaganda et Sultani Makenga.
Non seulement des radiations furent décidées, mais des poursuites judiciaires, des mesures conservatoires sur les biens et des opérations de recherche visant des arrestations furent également annoncées.
À cette époque, votre famille politique défendait un pouvoir qui considérait la participation à une rébellion armée comme une atteinte grave à la République.
En 2012, combattre le M23 relevait du patriotisme. En 2026, faudrait-il fermer les yeux sur les soutiens présumés du même mouvement parce que Joseph Kabila est désormais mis en cause ?
Quelle étrange conception de la cohérence républicaine !
Ce qui était condamnable sous Kabila ne peut devenir acceptable sous Tshisekedi.
La République n’a pas deux souverainetés, deux armées et deux définitions de la trahison selon l’identité de celui qui gouverne !
4. Sur Joseph Kabila: Le monde entier n’est pas sous les ordres de Tshisekedi
Vous présentez les procédures visant votre famille politique comme une persécution orchestrée par le pouvoir.
Mais comment expliquez-vous alors la décision prise le 30 avril 2026 par le Département du Trésor américain de sanctionner personnellement Joseph Kabila pour son soutien au M23 et à l’AFC ?
Les autorités américaines lui reprochent notamment d’avoir apporté un soutien financier à l’AFC et encouragé des militaires des FARDC à rejoindre ses rangs.
Est-ce Félix Tshisekedi qui dirige le Département du Trésor des États-Unis ?
Ces accusations sont suffisamment graves pour exiger des réponses précises, plutôt qu’une éternelle posture de victime.
Et puisque vous aimez les précédents historiques, souvenez-vous que Joseph Kabila lui-même n’avait pas hésité à engager des mesures sévères contre les officiers accusés de rejoindre le M23 en 2012.
Pourquoi faudrait-il aujourd’hui une exception pour l’ancien président et les cadres politiques qui auraient choisi de soutenir la rébellion ?
La loi ne doit protéger personne contre une enquête légitime. Elle doit, en revanche, garantir à chacun les droits de la défense.
5. Sur votre comparaison avec Nelson Mandela : N’insultez mas l’histoire
Vous comparez votre parti à l’ANC de Nelson Mandela.
Il fallait oser !
Mandela combattait un régime d’apartheid fondé sur la ségrégation raciale. Le PPRD a exercé le pouvoir pendant près de deux décennies dans un État multipartite.
On ne devient pas Mandela parce qu’on a perdu le pouvoir. Et on ne transforme pas automatiquement une procédure judiciaire en apartheid parce qu’elle concerne son propre parti.
Vous demandez au monde de sauver votre parti.
Mais qui, dans votre déclaration, demande de sauver les populations congolaises victimes de la guerre dans l’Est ?
Vous exigez le respect de vos droits politiques. C’est légitime. Mais pourquoi restez-vous si silencieux sur les responsabilités que soulève le comportement de votre autorité morale ?
Le patriotisme ne se mesure pas à la longueur des communiqués. Il se démontre par la clarté des positions lorsque la souveraineté nationale est menacée.
7. Sur votre promesse « Le PPRD vivra » : La République vivra d’abord
Vous pouvez proclamer mille fois que le PPRD vivra.
Mais retenez ceci : aucun parti politique n’est éternel, aucune autorité morale n’est sacrée et aucun ancien président ne possède un droit de veto sur l’avenir du Congo.
Votre passé ne vous donne aucun privilège sur les institutions. Votre ancien pouvoir ne vous confère aucune immunité devant la loi.
Et votre opposition au président Félix Tshisekedi ne saurait, à elle seule, justifier la moindre complaisance envers une rébellion armée.
Conclusion : Le PPRD doit choisir entre la république et ses ambiguïtés
Mesdames et Messieurs,
Vous réclamez justice, démocratie et État de droit. Fort bien.
Mais le véritable État de droit exige une seule règle pour tous.
En 2012, Joseph Kabila faisait radier des officiers pour leur implication dans le M23. En 2026, les États-Unis le sanctionnent pour son soutien à ce même mouvement.
Voilà votre contradiction historique. Voilà la question à laquelle votre déclaration ne répond pas.
Alors, cessez de vous réfugier derrière les grands mots.
Dites clairement aux Congolais si vous condamnez le M23, si vous rejetez toute collaboration avec la rébellion et si vous désapprouvez les actes reprochés à votre autorité morale.
Car une chose est certaine :
On ne peut être intransigeant contre la rébellion lorsqu’on gouverne et invoquer le pluralisme pour éluder les accusations de soutien à cette même rébellion lorsqu’on est dans l’opposition.
La Constitution n’a pas changé de sens parce que Joseph Kabila a quitté le pouvoir.
La souveraineté nationale n’a pas changé de valeur parce que Félix Tshisekedi est devenu président.
Et le M23 n’a pas changé de nature parce que vos alliances politiques ont changé.
Le Congo n’est pas une propriété politique. La République ne se négocie pas. Et le patriotisme ne se pratique pas à géométrie variable!
Ambassadeur PCA Jean Thierry Monsenepwo Mototo
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