Ce qui s’est passé le 23 mars 2023 à Kilobelobe, quartier populaire de la ville de Lubumbashi, n’est pas à minimiser, encore moins à masquer, dénonce l’archevêque métropolitain de Lubumbashi, Monseigneur Fulgence Muteba Mugalu. Dans une homélie à la messe des morts célébrée vendredi 14 avril à Lubumbashi, le prélat catholique a estimé qu’on ne doit pas banaliser ces tueries méchantes, comme si la vie des jeunes trépassés ne comptait pas.
Des vies humaines ont été fauchées, pour une raison qu’on ignore. C’est une alerte malheureuse qu’a lancée l’archevêque métropolitain de Lubumbashi qui pense que ce cas de massacre peut conduire à un désastre dont personne ne peut avoir le contrôle. « Il faut arrêter l’insécurité, les tueries et la haine », alerte-t-il.
Face à cette tragédie, qui plonge la province du Haut Katanga dans la tristesse, Mgr Fulgence Muteba Mugalu invite le peuple à se tourner vers le mystère de l’espérance. “Un jour, explique-t-il, nous nous retrouverons avec ces jeunes dans un autre monde, celui de l’éternité, monde où Jésus trône dans sa gloire à la droite du Père céleste”. Pour l’homme de Dieu, quand frappe la mort, il est difficile de s’enfermer dans l’indifférence. Réalité tragique, « la mort sème la désolation et brise l’harmonie sociale », insiste-t-il. « Nos jeunes frères ou enfants de la JUNAFEC nous ont quittés dans des conditions tragiques que nous connaissons tous, mais qui restent néanmoins encore à élucider », a interpellé Monseigneur l’archevêque.
45 tués et disparus, énumère l’archevêque
Pleurer ceux qu’on aime est naturel. C’est un devoir incontestable. C’est une manière de leur rendre hommage et d’affirmer la beauté des liens d’amour qui nous unissaient à eux. « Ce qui s’est passé il y a très longtemps n’a rien de différent de ce qui s’est passé à Kilobelobe en mars dernier », a fait observer l’évêque Fulgence Muteba.
Massacre odieux, d’une violence inouïe. Le chagrin des mères, des pères et des familles de ces jeunes à fleur d’âge, de cette tragédie barbare, ce chagrin, donc, est tout aussi profond que le cri de pleur, rappelle le prélat. Naturellement, l’émotion des lamentations, surtout de ces femmes, qui ont vu disparaître leurs enfants, touche toute personne ayant un cœur humain. « Face à l’ampleur de cette tragédie inqualifiable, de nombreuses questions se bousculent dans nos têtes », se demande l’archevêque de Lubumbashi sur le « pourquoi d’un tel massacre ? ».
Quel est le message qu’il recèle et qu’est-ce que ces auteurs veulent transmettre à notre peuple, spécialement celui de Lubumbashi ? Il n’est un secret pour personne : le visage de la ville de Lubumbashi est de plus en plus défiguré. À cause de l’insécurité et des tueries aveugles : « notre ville tend à devenir l’épicentre de la violence, une cité de sang, une société de la mort, où les habitants font l’amère expérience d’être abandonnés à eux-mêmes. On tue sauvagement, on cambriole, on attaque sans vergogne, on arrache de l’argent et des biens, on viole impitoyablement, ainsi de suite », gronde Monseigneur Muteba. L’ampleur de la tragédie noie tous les efforts des autorités, qui, reconnaît-il, font ce qu’elles peuvent.
L’archevêque souligne que chaque fois que le soleil se couche, les habitants de Lubumbashi, toutes tendances confondues, s’interrogent : à qui le prochain tour ? D’autres villes de la province ne sont pas épargnées par le drame. Sur ce fond, Fulgence Muteba condamne avec la dernière énergie le massacre de Kilobelobe. La vie humaine, répète-t-il, est sacrée. « On ne l’achète pas en pharmacie, ni nulle part ailleurs. La vie est un don, que seul Dieu sait faire, gratuitement et en toute générosité », prêche-t-il. La vie n’a pas de prix ou plutôt son prix est inestimable. « Tu ne tueras pas » (Ex 20, 13), dit un commandement de Dieu. De même, la dignité humaine est inaliénable.
Aux commanditaires et aux exécutants de ce meurtre collectif, le prélat rappelle que personne au monde n’a le droit de décider de la vie ou de la mort d’un être humain. « Ce pouvoir revient au seul Dieu qui, comme dit le livre de Job, peut donner et peut reprendre (Cfr Jb 1, 21)_ ». Et d’ajouter « le sang des innocents a toujours crié vengeance ». Pour lui, il faut arrêter l’insécurité et les tueries aveugles, car elles ne sont dans l’intérêt de personne ; ni de ceux qui ont la charge de diriger la population, ni dans celui des dirigés. Sans s’engager dans la guerre des chiffres, Fulgence Muteba Mugalu a communiqué une liste de 45 victimes tuées ou portées disparues pour les jeunes dont les corps sans vie ont été ramassés ou annoncés disparus.
Lubumbashi, ville martyre !
À l’occasion de la messe dédiée aux morts, Monseigneur Muteba a rappelé que Lubumbashi, a une histoire faite des hauts et des bas. Le Katanga aussi. En effet, il y a trente ans, dans cette ville, a eu lieu le massacre des étudiants de l’UNILU, qui a suscité une grave controverse et une crise politique qui a largement affaibli le régime en place (Mobutu). Elle avait entraîné une crise diplomatique avec certaines puissances mondiales, dont on se souvient encore avec amertume. « Du sang et des larmes ont coulé. Abondamment », rappelle le prélat.
L’histoire étant chargée de leçons, il faut arrêter les tueries et les massacres. Il serait téméraire de répéter les moments tragiques de cette histoire mouvementée qui ne fait que repousser le bonheur de la population congolaise. Le chemin de la paix, de la cohésion sociale et de la réconciliation est le plus sûr pour asseoir une réelle démocratie et un type de développement durable.
Muteba estime que les habitants de Lubumbashi ou vivant au Katanga aspirent profondément à la paix. Il faut les encourager sur cette voie, pleine de sagesse et de noblesse. Pareille voie exclut toute forme d’exclusion, de stigmatisation et de manipulation enrobée dans une prétendue promotion de la souveraineté de notre pays qui empoisonne son avenir radieux.
« Arrêtons de jouer au jeu dangereux qui frustre des pans entiers de notre population et employons-nous à bâtir un Congo où chacun à sa place et peut apporter de quoi il est capable pour son édification, pour l’intérêt non pas d’une élite privilégiée, mais pour l’intérêt de la majorité, sinon de tous », a-t-il martelé. Il a rendu un vibrant hommage aux jeunes décédés dont il a salué la mémoire, en exigeant une enquête indépendante et un procès crédible, jusqu’à ce que la vérité soit entièrement établie. « Les auteurs de cette tragédie méritent une sanction exemplaire », a martelé le prélat catholique de Lubumbashi.
Ouragan/ Provinces26rdc.com
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