RDC-Motion de défiance contre Shabani : l’appel à la lucidité de Jean Thierry Monsenepwo aux députés nationaux

Ce samedi 25 avril 2026- À la veille de l’examen de la motion de défiance visant le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemin Shabani, l’ambassadeur et PCA Jean Thierry Monsenepwo interpelle les députés nationaux. Dans une lettre dense et argumentée, il appelle à une lecture lucide du contexte sécuritaire exceptionnel que traverse la RDC, mettant en garde contre toute décision déconnectée des réalités du terrain et des réformes en cours.

Ci-dessous la lettre

Ma lettre aux députés nationaux à propos de la motion de défiance contre le VPM Shabani (Ambassadeur Pca Jean Thierry Monsenepwo)

Mesdames et Messieurs les Députés nationaux,

À la veille de la plénière du 27 avril consacrée à l’examen de la motion de défiance dirigée contre le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemin Shabani, il est impératif de replacer ce débat dans toute sa profondeur.

Car juger une action publique sans considérer les circonstances dans lesquelles elle s’exerce, c’est prendre le risque de juger sans comprendre.

1. Des circonstances d’entrée en fonction exceptionnellement contraignantes

Lorsque Jacquemin Shabani accède à ses fonctions en 2024, la République fait face à une conjoncture sécuritaire parmi les plus complexes de son histoire récente :

  • une guerre d’agression à l’Est, impliquant le Rwanda, mobilisant prioritairement les ressources de l’État;
  • une infiltration accrue de réseaux criminels et terroristes, opérant jusque dans la capitale, avec des ramifications signalées entre Kigali, Goma et des centres d’impulsion extérieurs;
  • des foyers de rébellion internes, notamment dans les provinces du Maï-Ndombe et du Kwango;
  • une situation sécuritaire persistante en Ituri, marquée par des violences cycliques;

À cela s’ajoute une conséquence majeure :

  • près de 7 millions de déplacés internes, dont certains profils à risque, incluant des repris de justice, évoluant dans un contexte de saturation et de sous-capacité des infrastructures carcérales.
  • Peut-on sérieusement analyser l’action d’un ministre de l’Intérieur sans intégrer cette réalité exceptionnelle ?

1. Une pression structurelle sur l’appareil sécuritaire. 

Ces facteurs combinés produisent une pression inédite sur les forces de sécurité :

  • accroissement de la délinquance urbaine liée aux déplacements massifs;
  • fragilisation du tissu social dans plusieurs zones;
  • surcharge des dispositifs de maintien de l’ordre;

Dans le même temps, une part significative des ressources publiques est orientée vers l’effort de guerre, limitant mécaniquement les marges de manœuvre budgétaires, notamment pour soutenir pleinement la loi de programmation policière portée par le ministère de l’Intérieur.

1. Une action réformatrice malgré les contraintes.

Et pourtant, malgré ce contexte, des avancées notables sont enregistrées :

  • la mise en œuvre d’une loi de programmation policière ambitieuse, évaluée à près de 2,4 milliards, visant à restructurer durablement la Police nationale;
  • la réhabilitation de trois écoles de police et la construction d’une nouvelle, dans une logique de professionnalisation;
  • la modernisation progressive des équipements et des capacités opérationnelles notamment les écoles des policiers;
  • l’intensification des interpellations de bandits armés, notamment dans le cadre de la lutte contre les “kuluna” via l’opération NDOBO;
  • leur orientation vers le Service national, conformément à la vision du Félix Tshisekedi, visant leur réinsertion sociale;
  • l’organisation de procès publics, renforçant l’autorité de l’État et la pédagogie de la sanction;

Il.convient de rappeler que le phénomène “kuluna”, apparu et enraciné depuis plusieurs années — notamment autour de 2016 — n’avait jamais fait l’objet d’une prise en charge aussi structurée.

1. Ne pas confondre police et justice. 

Une confusion persistante fragilise le débat : celle qui consiste à imputer à la police l’ensemble des résultats de la chaîne pénale.

Or, dans tout État organisé :

  • -la police interpelle
  • la justice juge
  • l’administration pénitentiaire exécute

Tenir le ministre de l’Intérieur pour responsable de l’ensemble de cette chaîne reviendrait à méconnaître les fondements mêmes de l’État de droit.

1. Sortir de la lecture par la seule flagrante.

La sécurité ne peut être évaluée uniquement à travers les faits visibles.

Chaque jour, les services spécialisés de la Police nationale via leur renseignement, mènent un travail discret mais décisif :

  • prévention
  • renseignement
  • neutralisation en amont

Des centaines d’actes criminels sont ainsi empêchés avant même d’exister. Cette réalité, invisible par nature, est pourtant centrale.

Gouverner, ce n’est pas seulement réagir à ce qui arrive. C’est aussi empêcher ce qui pourrait arriver.

1. Une réalité partagée à l’échelle internationale. 

Aucun pays n’a éradiqué l’insécurité :

  • aux États-Unis, les grandes villes restent confrontées à une criminalité persistante
  • en France, la question sécuritaire demeure au cœur du débat public
  • au Brésil, certaines zones urbaines connaissent des défis structurels durables

La véritable mesure d’une politique sécuritaire réside dans la trajectoire d’amélioration, non dans l’illusion d’une perfection immédiate.

1. Une motion à interroger dans ses fondements.

Dans ce contexte, la motion de défiance soulève des interrogations légitimes :

  • certaines accusations apparaissent insuffisamment étayées;
  • le bureau mis en cause semble avoir agi dans le respect du règlement intérieur de l’assemblée nationale;
  • certains élus disent n’avoir pas signé mais que leurs noms se retrouvent sur la liste;
  • le momentum : juste quand on parle de remaniement…

Dès lors, une question s’impose :

sommes-nous face à une exigence de redevabilité ou à une initiative dont la portée est essentiellement politique ?

1. De la préservation de la structure sécuritaire en tant de guerre.

30 ans après les débuts de l’aventure rwandaise en RDC, le président Félix Tshisekedi est en train de mettre fin à une aventure sanguinaire. Faudrait il en cette période empirer le gouvernement d’un élément principal ? Le gestionnaire de la sécurité intérieure ? Sous d’autres cieux ces personnes ci sont encadrées et protégées durant une période de guerre : le ministre de l’intérieur, affaire étrangère, finances, défense et justice.

Conclusion : l’exigence de lucidité

Mesdames et Messieurs les Députés,

Vous êtes appelés à vous prononcer, non seulement sur un homme, mais sur une méthode.

  • Refuser les raccourcis, c’est protéger l’État.
  • Reconnaître la complexité, c’est servir la Nation.
  • Évaluer avec rigueur, c’est honorer votre mandat.

Mettre en cause Jacquemin Shabani est un droit. Mais ignorer le contexte exceptionnel, les réformes engagées et les contraintes structurelles serait une erreur d’appréciation.

L’histoire jugera la qualité de votre discernement.

Fait à Kinshasa, le 25 avril 2026

Ambassadeur, PCA Jean Thierry Monsenepwo

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