Elu du territoire de Beni (Nord-Kivu), le député provincial Alain Kasereka a été présenté, samedi 27avril à la presse à Goma, au lendemain de son arrestation par les services de renseignements de la 34e région militaire.
Alain Kasereka Siwako est accusé d’avoir, il y a quelques mois, poussé par ses propos, un groupe de jeunes à s’attaquer aux FARDC et aux casques bleus de la MONUSCO, à Beni.
Selon le porte-parole de la 34e région militaire, lieutenant-colonel Guillaume Ndjike Kayiko, les propos de cet élu provincial avaient, en son temps, soulevé la jeunesse du Grand Nord, qui s’était attaqué à sa propre armée.
« Cette attaque (NDLR : des jeunes de Beni) avait comme conséquences la mort de six soldats des forces loyalistes, qui étaient sauvagement assassinés, dont trois par armes blanches et lynchage, et trois autres par embuscades des véhicules des FARDC et ceux de la MONUSCO brûlés, également six armes emportées par sa milice », a-t-il fait savoir.
Réagissant à cette arrestation, Mohindo Nzangi, responsable du parti politique Action des volontaires pour la relève patriotique (AVRP) dont fait partie le député incriminé, a jugé cette arrestation « inadmissible ».
Il a regretté que cet élu soit arrêté « au mépris des immunités et de l’inviolabilité de l’assemblée provinciale du Nord-Kivu ».
Nord-Kivu : le député provincial Alain Siwako arrêté à Goma

Le député Alain Kasereka Siwako a été arrêté par les services de sécurité en ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, vendredi 26 avril 2024 dans la nuit.
Alors que sa famille biologique et politique criait à un enlèvement, le porte-parole du gouverneur de province du Nord-Kivu, le lieutenant-colonel Njike Kaiko Guillaume a présenté le député ce samedi sur la place publique. À l’en croire, le député élu dans le parti de l’Alliance des volontaires pour la relève patriotique (AVRP) est accusé de plusieurs griefs notamment : incitation des jeunes à se révolter contre les services de défense et de sécurité à Beni, meurtre, perte d’armes, atteinte à la sûreté de l’État et subversion.
Les faits d’accusation contre le député provincial Alain Siwako remontent au 15 décembre 2023, lors d’un meeting du député, questeur de l’Assemblée provinciale à l’époque. Selon les services de sécurité, il aurait appelé la jeunesse de Beni à s’attaquer aux FARDC en ces termes :
« Les ADF sont en réalité les FARDC. Ils se déguisent pour massacrer et tuer sa propre population… », a déclaré le porte-parole du gouverneur.
Il indique que ces propos sont « incendiaires », les jeunes s’étaient attaqué aux militaires congolais, causant la mort de 6 soldats, dont 3 par armes blanches et lynchage et 3 autres par embuscade tendue par « la milice de l’honorable Kasereka», a-t-il conclu.
Alain Siwako et le deuxième député provincial arrêté en l’espace de 48 h, après l’ex-député Jean-Paul Ngahangondi, arrêté en ville de Beni jeudi 25 avril.
Il faut préciser que la commune de Mangina a été le théâtre des affrontements entre certains jeunes locaux et les Forces armées de la RDC. Une dizaine de civils étaient tués dans des échauffourées et une radio saccagée par les forces de sécurité, dont le signal a été relancé il y a moins d’un mois. Quelques militaires congolais étaient arrêtés dans ce dossier, mais la suite n’est pas encore connue malgré la tenue des audiences réclamées par la population locale.
Beni : rescapé ou complice des ADF ? L’ex-député provincial Ngahangondi arrêté

Jean-Paul Ngahangondi, ex-député provincial du Nord-Kivu. © Photo tiers
L’ancien député provincial du Nord-Kivu, Maître Jean-Paul Paluku Ngahangondi est détenu par les services de renseignement militaire en ville de Beni (Nord-Kivu) depuis jeudi 25 avril 2024. Le député a été arrêté au lendemain d’une incursion des Forces démocratiques alliées (ADF) à Mavivi-Ngite, après son extraction par la coalition des Forces armées de la RDC et des Forces de défense du peuple ougandais (Updf).
En effet, l’ex-député provincial et coordinateur de la Convention pour le respect des droits de l’homme (CRDH), une organisation de défense et de promotion des droits humains, revenait de la ville de Beni pour son domicile en commune d’Oïcha, chef-lieu du territoire de Beni.
« Je venais de dépasser la barrière et ils m’ont dit qu’il n’y a rien. Je me suis retrouvé sous les tirs des forces de la coalition qui s’affrontaient aux assaillants ADF. Je voulais faire demi-tour pour retourner mais je suis tombé dans les ravins où les militaires de la coalition m’ont récupéré pour me protéger et continuer avec les opérations. Nous sommes en train d’échanger et j’attends juste qu’on finisse et qu’on me restitue mon téléphone…», avait-il expliqué aux journalistes qui s’étaient rendus sur place.
Alors que Ngahangondi venait d’être relaxé par les militaires ougandais, les autorités militaires congolaises qui se sont rendus sur place ont procédé à son arrestation. L’armée congolaise a, par surprise, présenté l’ex-député comme un rebelle capturé par les FARDC. D’après le capitaine Anthony Mualushai, Maître Jean-Paul Ngahangondi a été arrêté en pleine action aux côtés des ADF.
Acharnement pour des positions opposées ?
Les charges portées contre l’ex-député provincial par les autorités militaires congolaises a créé une pagaille sans précédent dans l’opinion publique. Nombreux estiment que Ngahangondi, candidat malheureux aux élections de décembre 2023 sur la liste du parti politique Ensemble pour la République, un parti de l’opposition, est poursuivi pour ses critiques envers les services de sécurité suite à la persistance de l’insécurité.
Darius Syayira, premier rapporteur de la société civile du territoire de Beni, appelle la justice à « trancher avec professionnalisme » le dossier de cette arrestation. Dans le même cadre, la CRDH appelle aux « enquêtes approfondies et indépendantes », estimant que des doutes planent autour de ces accusations, soulève Siméon Muvunga.
« Les questionnements sont multiples. Nous savons que Ngahangondi était présenté à la presse par l’armée ougandaise comme rescapé de cette attaque et qu’il a été sauvé. Nous avons assisté à un changement brutal lorsque l’armée congolaise l’a présenté comme ADF. C’est pourquoi nous demandons qu’il y ait des enquêtes sérieuses… », a-t-il exhorté.
En rappel, l’ex-député Ngahangondi a toujours été victime des menaces suite à ses critiques envers les services de sécurité suite à la persistance des tueries. Dans les années 2017, il a été poursuivi par la cour militaire opérationnelle du Nord-Kivu jusqu’à ce qu’il obtienne asile en Séoul en Corée du sud. Il était revenu après changement de régime politique alors qu’il venait d’être élu comme député provincial.
Alors que les plénières étaient suspendues dans la province avec l’avènement de l’état de siège, Ngahangondi a été encore une fois détenu pendant plus de 6 mois dans la prison de Munzenze à Goma, pour ses critiques envers la gestion des autorités de l’état de siège.
Alain Kasereka Siwako, Député provincial du Nord-Kivu. ©Photo tiers