Tel un plaidoyer en faveur des oubliés de la chaîne de valeur, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, a porté à l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo, la voix des producteurs congolais de cacao, appelant à rééquilibrer les rapports de force face aux acheteurs, dans un contexte de chute marquée des prix.
Devant les élus le mercredi 8 avril, le ministre du Commerce extérieur est revenu sur une réalité préoccupante : la déconnexion persistante entre les cours mondiaux du cacao et la rémunération des producteurs locaux en République démocratique du Congo. Une situation qui fragilise davantage une filière déjà exposée à de multiples vulnérabilités.
Il a souligné que, malgré les dynamiques internationales, les difficultés internes pèsent lourdement sur la compétitivité du cacao congolais. « Il s’agit, premièrement, de la fragmentation de l’offre », a-t-il expliqué, pointant un manque de structuration des coopératives qui affaiblit le pouvoir de négociation des producteurs.
À cela s’ajoute « le déficit de qualité et de transformation », a poursuivi le ministre, relevant que le cacao congolais est encore majoritairement exporté à l’état brut, sans respect optimal des standards, ce qui pénalise son positionnement sur le marché international.
Le troisième facteur évoqué concerne les contraintes logistiques. « Enfin, le calvaire logistique » freine considérablement la filière, a-t-il insisté, évoquant notamment l’insuffisance d’infrastructures de transport et de stockage, obligeant les producteurs à céder leurs récoltes à des prix bas.
Face à ce tableau, le ministre entend privilégier une approche fondée sur les mécanismes du marché, plutôt que sur une régulation stricte des prix, jugée contre-productive à long terme.
– Une stratégie tournée vers la valorisation et l’ouverture des marchés –
Pour inverser la tendance, il a détaillé une stratégie articulée autour de trois axes majeurs. Le premier repose sur la diversification des débouchés, avec une ouverture vers des marchés tels que la Chine, le Royaume-Uni, les Émirats arabes unis et les États-Unis.
Le second pilier concerne l’amélioration de la qualité. Le ministre Paluku a insisté sur la nécessité de renforcer les capacités des producteurs et des exportateurs, notamment en matière de normes sanitaires et phytosanitaires, condition essentielle pour accéder directement aux grands acheteurs internationaux.
Le troisième axe vise à accroître les capacités productives, en mettant l’accent sur la transformation locale du cacao. Une orientation qui permettrait non seulement de capter davantage de valeur ajoutée, mais aussi de consolider le pouvoir de négociation des producteurs.
Le rôle des institutions d’appui a également été mis en avant, notamment celui de l’Agence nationale pour la promotion des exportations (ANAPEX) et l’intégration du pays à l’Organisation internationale du cacao (ICCO).
Le membre du gouvernement mise sur la promotion du cacao aromatique, un segment à forte valeur ajoutée dont « la tonne peut atteindre 10 000 dollars, contre environ 3 000 dollars pour le cacao ordinaire », a souligné le ministre.
Il a annoncé qu’une campagne de sensibilisation sera menée dans plusieurs zones de production, notamment à Beni au Nord-Kivu, en Ituri et dans le Grand Équateur, afin d’accompagner les acteurs locaux vers une montée en gamme durable.
Ouragan / Provinces26rdc.com
Laisser un commentaire