RDC-Rwanda : le difficile passage de l’accord de Washington à la paix sur le terrain

Alors que les affrontements se poursuivent dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), malgré les engagements pris dans le cadre de l’Accord de paix de Washington, Kinshasa appelle à dépasser les déclarations diplomatiques pour obtenir des résultats concrets sur le terrain. Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, l’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, représentant permanent de la RDC auprès de l’ONU, a insisté sur la nécessité d’une application parallèle, équilibrée et vérifiable des engagements souscrits par Kinshasa et Kigali. Si la RDC affirme poursuivre les mesures convenues concernant les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), elle refuse que ce dossier serve de préalable au retrait des forces rwandaises du territoire congolais ou à la cessation du soutien présumé de Kigali à l’AFC/M23. Pour la diplomatie congolaise, la crédibilité du processus de Washington dépend désormais de la réciprocité des engagements, du respect du cessez-le-feu et du renforcement des mécanismes de vérification, seuls à même de contribuer à une désescalade durable dans la région des Grands Lacs.

La diplomatie congolaise entend éviter que le processus de paix engagé avec le Rwanda ne se transforme en une succession de promesses sans effets tangibles. Alors que les affrontements se poursuivent dans l’Est de la République démocratique du Congo, Kinshasa appelle à une mise en œuvre effective des engagements souscrits dans le cadre de l’Accord de paix de Washington, conclu sous les auspices des États-Unis.

Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, l’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, représentant permanent de la RDC auprès de l’organisation, a défendu une approche fondée sur la réciprocité, la transparence et la vérification indépendante des engagements. Pour le diplomate congolais, les efforts consentis par son pays doivent trouver une réponse concrète du côté rwandais, sans confusion des responsabilités entre les deux États.

Au cœur de cette démarche figure notamment la question des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), régulièrement invoquée dans les discussions sécuritaires entre Kinshasa et Kigali. La RDC affirme poursuivre les mesures annoncées concernant ce groupe armé, en particulier le désarmement, le cantonnement et le rapatriement de ses membres, selon les modalités convenues.

« La République démocratique du Congo poursuit les mesures annoncées concernant les FDLR, notamment les actions de désarmement, de cantonnement et de rapatriement, selon les modalités convenues et sous vérification appropriée. Elle entend continuer à traiter cette question de manière responsable et transparente » a déclaré mardi 13 septembre 2026 l’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay.

Cette position traduit la volonté de Kinshasa de démontrer que le traitement de la question des FDLR peut avancer dans un cadre organisé et contrôlable. Mais les autorités congolaises refusent que ces démarches deviennent un préalable à l’exécution des obligations qui incombent au Rwanda.

Kinshasa refuse toute confusion des responsabilités

Pour le représentant congolais, la mise en œuvre de l’accord de Washington ne peut reposer sur les seules initiatives d’une partie. Les engagements doivent avancer parallèlement, chacun devant répondre de ses propres obligations. Une exigence que Kinshasa rattache également à la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies.

Le diplomate insiste ainsi sur un point central de la position congolaise : les mesures prises à l’égard des FDLR ne doivent pas servir à différer le retrait des forces rwandaises du territoire congolais, la cessation du soutien à l’AFC/M23 et le respect de l’intégrité territoriale de la RDC.

« Les progrès accomplis par la RDC doivent toutefois recevoir une réponse concrète, parallèle et vérifiable de la part du Rwanda, conformément à la résolution 2773 et aux engagements pertinents du processus de Washington. La réciprocité ne signifie ni confusion de responsabilités ni droit de différer l’exécution d’une obligation internationale. Il importe de souligner que la mise en œuvre des mesures relatives aux FDLR ne saurait constituer une condition préalable au retrait des forces rwandaises, à la cessation de leur soutien à l’AFC/M23 ou au respect de l’intégrité territoriale de mon pays » a fait savoir l’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, représentant permanent de la République démocratique du Congo (RDC) auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU).

À travers cette déclaration, Kinshasa cherche à maintenir une distinction nette entre les engagements liés à la neutralisation des FDLR et ceux portant sur la présence militaire rwandaise et l’appui présumé à la rébellion de l’AFC/M23. Pour les autorités congolaises, ces dossiers sont liés à la recherche de la paix, mais ils ne sauraient se substituer les uns aux autres ni justifier le report des obligations respectives.

Les FDLR : Kinshasa réclame des données vérifiables

Au-delà des déclarations politiques, la RDC souhaite que l’évaluation des mesures relatives aux FDLR repose sur des données fiables. La question des effectifs de ce mouvement armé demeure en effet un élément sensible des discussions sécuritaires dans la région des Grands Lacs.

Pour éviter les divergences d’appréciation et disposer d’une base commune d’évaluation, Zénon Mukongo Ngay sollicite l’appui du Groupe d’experts du Comité des sanctions compétent. L’objectif est d’établir un état de référence crédible, qui permettrait ensuite de mesurer les progrès réalisés de manière régulière.

« En ce qui concerne les effectifs des FDLR, la République démocratique du Congo demande au Conseil, au travers du Groupe d’experts du Comité des sanctions, un état de référence crédible et vérifiable, puis une évaluation régulière des progrès accomplis » a ajouté le diplomate congolais.

Cette démarche vise à donner davantage de consistance au suivi des engagements pris par les parties. En privilégiant des données vérifiables et des évaluations régulières, Kinshasa entend limiter les interprétations contradictoires et renforcer la crédibilité du processus de paix.

Le cessez-le-feu, autre test de crédibilité

La RDC appelle également le Conseil de sécurité à accorder une attention particulière à l’application des engagements de cessez-le-feu. Malgré les initiatives diplomatiques en cours, la persistance des hostilités dans l’Est du pays souligne, selon Kinshasa, l’urgence de disposer de mécanismes capables d’établir les faits et de documenter les violations sur le terrain.

Le représentant permanent congolais plaide notamment pour un renforcement rapide du Mécanisme conjoint de vérification élargi (MCVE+), avec l’appui approprié de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), dans les limites de son mandat.

« La République démocratique du Congo invite le Conseil de sécurité à veiller à la mise en œuvre effective des engagements de cessez-le-feu et au renforcement rapide des mécanismes de vérification, notamment le MCVE+, avec l’appui approprié de la MONUSCO, conformément à son mandat. Ces mécanismes doivent disposer des moyens nécessaires pour établir, de manière indépendante, impartiale et crédible, les faits relatifs aux mouvements de troupes, aux violations du cessez-le-feu et au soutien transfrontalier aux groupes armés » a soutenu le diplomate congolais.

Pour Kinshasa, la crédibilité des engagements de paix se mesurera donc aussi à la capacité des mécanismes de vérification à établir les responsabilités, à documenter les mouvements de troupes et à éclairer les accusations de soutien transfrontalier aux groupes armés.

Reste désormais à traduire les engagements diplomatiques en changements observables sur le terrain. Entre la poursuite des affrontements, les exigences de souveraineté de la RDC et les obligations sécuritaires attribuées aux différentes parties, le processus de Washington demeure confronté à un défi majeur : faire en sorte que les déclarations politiques se traduisent par une désescalade effective et durable dans l’Est congolais.


LePotentiel / Provinces26rdc.com

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