La Reine d’Angleterre célèbre en cette année 2022 son «jubilé de platine». L’occasion de revenir sur la signification de ce terme à la symbolique forte.
Cette année 2022 est très particulière pour la Reine d’Angleterre. Fait extrêmement rare dans l’histoire royale britannique, Elizabeth II est le premier monarque à célébrer un «Jubilé de Platine», 70 ans après son accession au trône en 1952. D’où vient donc le «jubilé»?
Le mot «jubilé» vient de l’hébreu «yôvēl» qui renvoie à une corne de bélier utilisée comme trompette. Tous les cinquante ans, le son de cet instrument annonçait l’année du «jubilé» au cours de laquelle les fidèles étaient invités à rentrer sur leur terre et où les esclaves devaient être libérés. Le terme a ensuite transité, selon le CNRTL, par le latin «jubilaeus» issu de «jubilare» («se réjouir») introduit dans le Vulgate de Jérôme de Stridon.
Le «jubilé» renvoie dans la religion catholique à une absolution collective des péchés et la distribution de biens aux plus pauvres, ce qui symbolise l’œuvre du Christ. En effet, un «jubilé» est depuis l’année 1300 une période de pardon et de pénitence temporelle proclamée par le pape tous les cinquante ans (les années de jubilé sont ainsi appelées «années saintes»). C’est cet aspect périodique qui permet à l’histoire biblique d’utiliser les «jubilés» comme moyen de dater différents événements.
Du calendrier religieux au calendrier civil
Dans le langage courant le mot «jubilé» renvoie, selon le Larousse, à la fête qui célèbre l’anniversaire d’une entrée en fonction ou d’un fait marquant de la vie d’une personne (par exemple le mariage). Cette expression connut un succès certain si bien qu’on la retrouve dans des domaines très différents. Dans le monde ecclésiastique, on utilise aujourd’hui le terme «jubilé» pour désigner l’anniversaire d’ordination d’un diacre ou d’un prêtre. Dans la sphère sportive, un «jubilé» est une célébration qui rend honneur à un joueur ayant longtemps rendu service à une équipe (Jean-Pierre Papin par exemple en 1999). Dans le monde du travail enfin, une «prime de jubilé» de trois mois de salaire est payée au bout de 25 ans d’ancienneté.
Un terme important dans la langue anglaise
Comme l’explique l’érudit de l’Ancien Testament Christopher Wright et auteur de «Jubilee, year of…», le mot «jubilé» est particulièrement employé dans le monde anglosaxon. Ainsi le «jubilee» possède différentes déclinaisons selon la nature de l’anniversaire à fêter. Pour les 25 ans, on fête le «jubilée d’argent» (Silver jubilee), le «jubilée d’or» (Golden jubilee) pour les 50 ans, le «jubilée de diamant» (Diamond Jubilee) pour les 60 ans et enfin le «jubilé de platine» (Platinum jubilee) pour le soixante-dixième anniversaire.
Jubilé de platine de la reine Elizabeth II au Royaume-Uni : dernière icône de la monarchie britannique

Que ce soit au travers de billets ou d’œuvres d’art, il n’existe que très peu de visages aussi reconnaissables que le sien.
Les timbres britanniques sont apparemment les seuls au monde sur lesquels le pays d’origine n’est pas indiqué. En cause: le portrait de la reine est si identifiable qu’on sait d’où ils viennent rien qu’en regardant son visage. Selon la BBC, c’est une des raisons pour lesquelles Elizabeth II peut être considérée comme un véritable symbole. Son image, «hautement codifiée», est immédiatement reconnaissable.
Toutefois, bien qu’elle ait été le sujet d’innombrables portraits, «la reine reste impénétrable, [elle est] une pure interprétation d’un rôle», commente le média britannique. Les mises en scène telles que celle du photographe Cecil Beaton à l’occasion de son couronnement de 1953, montrant alors la Sa Majesté siégeant sur son trône et portant un globe et un sceptre, y sont d’ailleurs pour beaucoup. Symbole d’une monarchie vieille de plusieurs centaines d’années, «la grandeur théâtrale [de la reine] rappelle qu’elle n’est pas comme nous».
S’il existe évidemment quelques photos plus informelles, à l’instar de celle de Patrick Lichfield affichant la reine Elizabeth II rire du fait que le photographe vient d’être jeté dans une piscine, ou encore celle de Mark Stewart capturant l’expression de surprise de la monarque devant des scones, en matière de représentations officielles, une idée reste chère à la monarchie britannique: celle de la distance.
La reine comme «raccourci visuel»
Mais si les portraits officiels de la reine sont légion, bon nombre des images les plus iconiques de Sa Majesté ne sont pas celles exposées à la National Portrait Gallery, «mais plutôt des œuvres d’art qui utilisent son image de manière subversive, spirituelle ou irrévérencieuse». Un des exemples les plus parlants est le tableau d’Andy Warhol peint en 1985, offrant à la reine le même traitement pop art qu’à Marilyn Monroe ou qu’aux boîtes de soupe Campbell.
Surtout, l’utilisation de l’image d’Elizabeth II dans des œuvres permet à un artiste de faire passer toutes sortes de messages. D’après la BBC, c’est «un raccourci visuel» qui permet de critiquer ou de célébrer la monarchie, de parler de pouvoir, de privilège, ou encore de tradition. «Les artistes l’utilisent pour dire ce qu’ils veulent, commente le média. Ils n’essayent pas de la représenter avec précision en tant que personne.»
Il est également peu probable que le prochain monarque ait un pouvoir visuel aussi puissant. Le prince Charles ne sera jamais roi aussi longtemps que sa mère –qui fête ses soixante-dix ans de règne cette année– pour marquer autant les esprits et les générations. Car pour la BBC, c’est bien sa longévité qui fait la force de la reine Elizabeth II: «Son image se répercute sur l’évolution des tendances d’une manière que nous ne reverrons probablement pas […] de sitôt.»
Le Figaro/BBC / Slate /Provinces26rdc.net
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