Vladimir Poutine impose son agenda de guerre

Lors d’une allocution télévisée organisée ce lundi 21 février en raison de la crise en Ukraine, le président russe a officiellement reconnu l’indépendance des territoires séparatistes pro russes de Donetsk et de Louhansk, mettant ainsi en péril les accords de Minsk.

En apparence, le scénario ressemble beaucoup à celui de la Géorgie, il y a quatorze ans. On s’empare par la force d’un morceau de territoire voisin, en l’occurrence une part de l’Ukraine. On soutient militairement des forces séparatistes qui mènent le combat sur le terrain. C’est le cas dans le Donbass depuis 2014, avec plus de 13 000 morts. Puis, le moment venu, on reconnaît juridiquement l’indépendance de ce territoire.

C’est ce que Poutine avait fait en Ossétie du Sud en 2008. Il vient de le refaire ce soir, avec les républiques autoproclamées de Donetsk et Louhansk. En usant d’une rhétorique soviétique soigneusement étudiée. Mais derrière la question légale du statut de ces deux territoires, c’est une authentique déclaration de guerre à l’Ukraine que Poutine vient de faire ce soir.

Avec quelles répercussions territoriales, militaires, stratégiques, humanitaires, économiques ? Difficile d’en mesurer toute l’ampleur. Le geste du président russe rend, de facto, caduques les accords de Minsk, qui avaient gelé la situation militaire à l’est de l’Ukraine, après l’agression de 2014. Ces accords prévoyaient un statut spécial pour ces territoires, mais sans jamais renoncer à la souveraineté ukrainienne.

La rupture de ce cadre a, déjà en elle-même, des répercussions directes. Elle viole le droit international, pour la seconde fois depuis 2014. Elle rend presque impossible pour l’armée ukrainienne de renoncer à sa souveraineté, et donc au combat. Elle démultiplie le risque de coup fourré militaire de la part des Russes pour légitimer, à tout moment, une intervention directe dans le Donbass. Elle renforce la crainte de voir l’appétit territorial russe se prolonger au-delà des deux entités séparatistes, sur la côte qui sépare la Crimée du Donbass. Elle prive en outre les Occidentaux, et les efforts français en particulier, de l’instrument diplomatique qui permettait encore de négocier la paix sur le terrain.

Nier l’identité ukrainienne

Ce qui frappait ce lundi soir, c’était le contraste entre le déroulé méticuleux des événements orchestrés par le Kremlin depuis des mois, et la passivité occidentale qui confine depuis 2014 à l’impuissance. Dès l’été dernier, Poutine révisait l’histoire à sa main en rabâchant le mythe d’un destin commun aux Russes et aux Ukrainiens. Dès l’automne il a massé ses moyens militaires le long de la frontière ukrainienne. Puis il a repris la Biélorussie dans son giron jusqu’à faire modifier sa constitution et pouvoir même y déployer, dorénavant, des missiles.

Cet enchaînement vient de loin, de 2007, du fameux discours de Vladimir Poutine à la Conférence de Munich sur la Sécurité, au cours de laquelle il avait annoncé la volonté russe de stopper l’expansion occidentale et reconquérir l’espace soviétique perdu. Le délire néosoviétique du président russe ce soir, à la télévision, va même plus loin. Il va, en citant Lénine, jusqu’à nier l’existence même d’une nation ukrainienne. Laissant donc entendre que ce n’est qu’un début.

 

La guerre de Vladimir Poutine montre que les sanctions occidentales post-2014 n’ont servi à rien. Que veulent faire les Européens et les Américains ? Ils ne veulent pas mourir pour Louhansk et ont annoncé des sanctions sans précédent. À ce stade, l’unité atlantique est vitale. Mais depuis ce soir, tous les points sensibles du continent où les Russes ont des leviers de déstabilisation, de la Bosnie à l’Estonie, sont plus fragiles.


Ouest-France / Provinces26rdc.net

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