Le président sud-coréen Yoon Suk-yeol a échappé samedi à la destitution en raison du boycott de la séance par la plupart des députés du parti au pouvoir. Devant le Parlement, une manifestation a réuni des dizaines de milliers de personnes pour réclamer le départ du chef de l’État. Malgré une cote de popularité en chute libre depuis son coup de force de mardi, Yoon Suk-yeol a exclu de démissionner.
Le président sud-coréen Yoon Suk-yeol a échappé samedi 7 décembre 2024 à la destitution, une motion en ce sens déposée par l’opposition ne recueillant pas le quorum nécessaire en raison du boycott des députés du parti au pouvoir.
Un total de 200 voix sur 300 était nécessaire pour démettre le président, mais seuls 195 députés ont participé au scrutin. « En conséquent, je déclare que le vote sur cette question est invalide », a déclaré le président de l’Assemblée nationale, Woo Won-shik.
Un peu plus tôt, Yoon Suk-yeol a présenté ses « excuses sincères » pour avoir brièvement imposé la loi martiale mais n’a pas démissionné, à quelques heures du vote sur sa destitution au Parlement, devant lequel une manifestation réunissant 150 000 personnes, selon la police, a commencé.
Dans une courte adresse télévisée à la nation, Yoon Suk-yeol a annoncé qu’il confiera à sa formation, le Parti du pouvoir au peuple (PPP), le soin de prendre « des mesures visant à stabiliser la situation politique, y compris concernant mon mandat ».
« Je ne fuirai pas mes responsabilités légales et politiques concernant la déclaration de la loi martiale », a-t-il dit.
Le chef du PPP, Han Dong-hoon, a aussitôt affirmé qu' »une démission anticipée du président est inévitable », l’exercice normal de ses fonctions étant, selon lui, « impossible dans ces circonstances ».

Des manifestants portent des masques du président Yoon Suk-yeol et du chef de file du parti au pouvoir au Parlement Choo Kyung-ho, le 6 décembre 2024 devant l’Assemblée nationale à Séoul. © Philip Fong, AFP
« Démission immédiate »
« Actuellement, le plus gros risque en Corée du Sud est l’existence même du président. Les seules solutions sont une démission immédiate (…) ou un départ anticipé par destitution », a déclaré samedi le chef du Parti démocrate, la principale force d’opposition, Lee Jae-myung.

Des manifestants antigouvernementaux se rassemblent devant l’Assemblée nationale à Séoul, le 6 décembre 2024. © Philip Fong, AFP
La déclaration du président est « très décevante » et « ne fait qu’exacerber le sentiment de trahison et de colère parmi les citoyens », a-t-il ajouté devant la presse.
En milieu de journée, une manifestation a débuté devant le Parlement, tandis que d’autres sont prévues dans le centre-ville de Séoul. Les organisateurs ont dit prévoir 200 000 participants et la police « des dizaines de milliers ».
Un rassemblement pro-Yoon a également commencé sur la place centrale de Gwanghwamun. Des manifestants y brandissaient des affiches « Arrêtez Lee Jae-myung », le chef de l’opposition, d’autres agitaient des drapeaux américains.
L’impopulaire président conservateur est accusé par l’opposition et par une partie de son propre camp d’avoir ébranlé la jeune démocratie sud-coréenne en imposant par surprise la loi martiale, avant de faire marche arrière six heures plus tard sous la pression des députés et de la rue.
Enquête pour « rébellion »
Craignant un nouveau coup de force nocturne du président, qui n’était pas apparu en public depuis mercredi, les députés de l’opposition ont campé toute la nuit à l’intérieur de l’Assemblée nationale.
Des autobus et d’autres véhicules ont été garés sur les esplanades autour du bâtiment pour empêcher les éventuels hélicoptères des forces spéciales d’atterrir.
Dans son allocution samedi matin, Yoon Suk-Yeol a cependant assuré qu' »il n’y aura jamais de deuxième loi martiale ».
« Je présente mes excuses pour avoir causé des craintes au peuple », a-t-il conclu, avant de s’incliner.
Dans la nuit de mardi à mercredi, environ 280 soldats avaient fait irruption dans le Parlement, où l’opposition avait convoqué une séance d’urgence après l’instauration de la loi martiale.
Les assistants parlementaires les avaient empêchés de pénétrer dans l’hémicycle en bloquant les portes à l’aide de meubles, pendant que les 190 députés qui avaient réussi à se faufiler dans le bâtiment adoptaient à l’unanimité une motion réclamant la levée de la mesure d’exception.
Yoon Suk-Yeol avait obtempéré peu après, comme la Constitution l’y oblige, abrogé la loi martiale et renvoyé les soldats dans leurs casernes.
Outre la procédure de destitution, Yoon Suk-Yeol est visé par une enquête de police pour « rébellion », un crime théoriquement passible de la peine de mort (qui n’a plus été appliquée dans le pays depuis 1997).
AFP / France 24 / Provinces26rdc.com
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