Turquie – Dissolution du PKK : les combattants kurdes déposent les premières armes

La guérilla kurde du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan en guerre contre le gouvernement turc depuis quatre décennies, clôt à partir de vendredi un chapitre historique en procédant en Irak à un premier dépôt d’armes.

Une trentaine de combattants kurdes du PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan en guerre contre Ankara depuis quatre décennies, ont entamé vendredi 11 juillet en Irak le début d’un désarmement censé mettre fin à quatre décennies de violences.

Pour sa part, le président turc Recep Tayyip Erdogan a salué cette première cérémonie de désarmement, « étape importante vers une Turquie sans terrorisme ».

Par ailleurs le PKK a exigé la libération de son chef détenu en Turquie, Abdullah Öcalan, pour poursuivre le processus de paix, a indiqué vendredi à l’AFP la présidente du PKK, Bese Hozat. Les combattants du PKK demandent également des garanties de sécurité pour rentrer en Turquie.

Selon une journaliste de l’AFP, quatre commandants du mouvement et leurs hommes ont déposé et brûlé leurs armes lors d’une cérémonie, vendredi matin, à 50 km à l’ouest de Souleimaniyeh, dans la région autonome du Kurdistan, dans le nord de l’Irak.

Celle-ci s’est déroulée dans la grotte de Casene, connue pour avoir notamment abrité une imprimerie qui a publié l’un des premiers journaux kurdes, a-t-elle précisé. Le PKK a salué une « opération historique et démocratique ».

Les combattants devaient ensuite regagner les montagnes proches où ils sont basés, avait indiqué précédemment à l’AFP un responsable du PKK.

Des représentants du gouvernement autonome du Kurdistan irakien et de son président Nechirvan Barzani ont assisté aux opérations, mais il n’a pas été précisé qui avait été dépêché par Ankara, hormis des membres des services de renseignements selon les médias turcs.

Les autorités locales kurdes avaient annoncé peu avant avoir abattu deux drones à proximité des positions des forces kurdes, quelques heures avant le début des opérations.

Un processus de paix initié depuis l’automne doit permettre de tourner la page de plus de quatre décennies de violences qui ont fait au moins 40 000 morts, et résoudre la question kurde tant au niveau national que régional, selon les experts.

Un « tournant irréversible »

Cette étape constitue « un tournant irréversible, une opportunité de protéger des vies innocentes et de construire un avenir sans terrorisme » a de son côté réagi un haut responsable turc sous couvert d’anonymat, assurant que « la Turquie reste déterminée à soutenir tous les efforts en faveur du désarmement, de la stabilité et d’une réconciliation durable dans la région ».

Le 27 février, le chef du PKK Abdullah Ocalan, 76 ans dont vingt-six en prison, a appelé le mouvement à « déposer les armes et (…) à se dissoudre », affirmant « assumer la responsabilité historique de cet appel ».

Parmi un nombre restreint d’invités conviés vendredi, officiellement pour des raisons de sécurité, figurent des élus du parti turc prokurde DEM, médiateur entre le PKK et le gouvernement turc.

Pour la Turquie, comme pour ses alliés occidentaux, le PKK est considéré comme un mouvement terroriste.

C’est paradoxalement l’allié du président turc Recep Tayyip Erdogan, le chef du parti nationaliste MHP, Devlet Bahceli, qui a tendu la main à l’ennemi public, lui proposant d’appeler les combattants à renoncer à la lutte armée et à « venir s’exprimer devant le Parlement ».

Mercredi, dans un message vidéo en turc, « Apo » (oncle) comme l’appellent ses fidèles, a confirmé l’imminence du désarmement.

« Je crois au pouvoir de la politique et de la paix sociale et non des armes. Et je vous appelle à mettre ce principe en pratique », insistait-il dans cette longue adresse.

Le chef de l’État turc a récemment exprimé sa confiance de voir « une Turquie sans terroriste », espérant que « ce processus prometteur se conclurait avec succès le plus rapidement possible, sans obstacle, ni risque de sabotage ».

« Geste de bonne volonté »

Selon un commandant du PKK, cette première cérémonie était un « geste de bonne volonté ».

Abdullah Ocalan, lui, est toujours détenu sur l’île prison d’Imrali, au large d’Istanbul, et ne réclame pas d’en sortir, alors que ses commandants faisaient de sa libération un des termes de l’équation.

« La situation de notre chef, Apo, affecte le processus et le ralentit », jugeait la semaine dernière un haut responsable du PKK, Mustafa Karasu.

En refusant de lier son sort personnel à l’avenir du processus de paix, Abdullah Ocalan « contredit les conditions posées par le Parti qui demandait son élargissement afin qu’il puisse mener à bien le processus de paix », note l’historien des mouvements kurdes Boris James.

Le chercheur relève par ailleurs l’absence « d’acteur tiers pour garantir la probité du processus » et insiste : « Une très forte défiance subsiste entre le PKK et l’État turc, or l’Etat a donné peu de gages » aux combattants kurdes.

Ces derniers ont régulièrement dénoncé la poursuite des bombardements turcs sur leurs positions en Irak malgré le processus en cours.

Depuis les derniers violents combats qui avaient ensanglanté la ville turque à majorité kurde de Diyarbakir (sud-est) en 2015, les combattants du PKK sont principalement restés cantonnés dans les montagnes de Qandil, en Irak, soumis également aux opérations de ratissage de l’armée turque.

 


AFP / France 24 / Provinces26rdc.com

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*