Les appels à une réforme de la Constitution rappellent la tentative avortée de 2016 sous Joseph Kabila qui s’est heurtée à la résistance de la rue et de l’opposition.
Les partisans du président Félix Tshisekedi veulent aboutir à une réforme de la Constitution, en vigueur depuis février 2006. L’Union pour la démocratie et le progrès social, le parti présidentiel, souligne la nécessité de consulter les Congolais sur ce sujet.
Adolphe Amisi Makutano, cadre de l’UDPS, précise que le changement de la Constitution n’est pas un sujet tabou.
« C’est pourquoi, démocrate qu’il est, le président de la République avait déjà dit, en 2024, qu’il mettrait en place une commission qui va pouvoir statuer sur la question de changement de la Constitution. Il y a des gens qui ne veulent pas réfléchir et comme ils ne veulent pas réfléchir, ils pensent que tous les Congolais ne veulent pas réfléchir. Le changement de la Constitution concerne pourtant toute la nation congolaise », ajoute le cadre de l’UDPS.

Au pouvoir depuis 2019, Félix Tshisekedi, 62 ans, arrivera au terme de son second mandat de cinq ans en 2028. La Constitution congolaise place la limite à deux mandats présidentiels.
Adolphe Amisi Makutano, comme d’autres membres de l’UDPS, pense que le président Félix Tshisekedi n’a pas de mandat à la tête de la RDC, mais plutôt une “mission” à accomplir pour son pays.
Une attitude qui convainc l’opposition que cette réforme viserait à obtenir un troisième mandat. Martin Fayulu, coordonnateur de la coalition Lamuka, redoute ce qu’il qualifie de conséquence dangereuse dans un contexte de chaos sécuritaire.
Le précédent de 2016 dans les mémoires
En 2016, Joseph Kabila, alors président de la République, avait tenté, sans succès, une réforme constitutionnelle. Il s’était heurté à la résistance de la rue et de l’opposition, dominée à l’époque par l’UDPS, aujourd’hui au pouvoir, où elle veut désormais tenter la même expérience.
Mais pour Prince Epenge, porte-parole de Lamuka, les mêmes causes ne produiront que les mêmes effets.
« Le même peuple qui avait dit non à Kabila, quand ce dernier avait voulu avoir un troisième mandat, est prêt à dire non à Félix Tshisekedi. Ce sont les hommes qu’il faut changer. Ce n’est pas la Constitution. Si Félix Tshisekedi veut passer en force, il va falloir qu’il tue tous les Congolais. Ça ne passera pas. »

En RDC, toute modification constitutionnelle doit être approuvée par référendum sur convocation du président, sauf si le projet est approuvé à la majorité des trois cinquièmes par le parlement.
L’analyste Justin Kamilolo, membre de la dynamique des politologues du Congo, la Dypol, rappelle qu’en 2016, la société civile était également descendue dans la rue, aux côtés de l’opposition.
C’est à la suite de ces manifestations que la majorité présidentielle de l’époque avait renoncé à la réforme, précise Justin Kamilolo.
Il recommande l’unité de l’opposition : » La seule possibilité qui reste pour barrer la route à ce projet est que tous les leaders de l’opposition doivent s’unir. Toutes les grandes organisations de la société civile qui militent pour le bien du peuple congolais doivent se joindre aux opposants qui, eux, doivent mettre de côté leurs egos. Le peuple viendra se joindre à eux et il y aura des manifestations de grande envergure pour empêcher le régime d’aller jusqu’au bout de sa logique. »
Élu en décembre 2018, puis réélu en décembre 2023, Felix Tshisekedi dirige la RDC depuis janvier 2019, à la suite d’une passation pacifique du pouvoir avec son prédécesseur, Joseph Kabila. Il s’était alors agi de la toute première alternance politique depuis l’accession du pays à son indépendance, en 1960.
DW / Provinces26rdc.com
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