RDC-Dialogue national : entre conditions, divisions et hésitations, l’opposition tergiverse

À quelques jours de l’échéance fixée par la coalition Article 64 (C64), l’opposition congolaise peine toujours à dégager une position commune face au dialogue national voulu par le pouvoir. Si plusieurs acteurs se déclarent favorables au principe d’un dialogue inclusif, les divergences persistent sur les conditions de participation, la médiation, les garanties à obtenir et la stratégie à adopter. Entre les exigences formulées par Joseph Kabila et ses alliés, les réserves de Moïse Katumbi et les fissures observées au sein même de la C64, les principales composantes de l’opposition avancent en ordre dispersé. Une fragmentation qui contraste avec l’activisme de l’Union sacrée, qui poursuit sa sensibilisation autour de la loi référendaire et de la réforme constitutionnelle, donnant au pouvoir l’initiative dans un débat politique appelé à s’intensifier dans les prochains jours.

Le dialogue national inclusif annoncé en République démocratique du Congo peine encore à trouver ses véritables contours. Alors que le pouvoir multiplie les consultations et continue de défendre l’idée d’un cadre de discussion destiné à traiter les principales questions politiques et sécuritaires du pays, l’opposition, elle, semble toujours à la recherche d’une position commune.

À quelques jours de l’échéance du 15 août fixée par la coalition Article 64, les différentes composantes de l’opposition ne donnent pas l’impression de marcher dans la même direction. Si plusieurs acteurs réclament un dialogue inclusif, les conditions posées pour y prendre part diffèrent fortement. Cette situation nourrit une équation politique complexe pour le pouvoir, mais aussi pour une opposition qui risque de se présenter en ordre dispersé à un éventuel processus de dialogue.

Le paradoxe est désormais manifeste : alors que l’idée d’un dialogue national est régulièrement évoquée comme l’une des voies permettant de sortir de la crise politique et sécuritaire, les acteurs appelés à y participer ne sont pas encore parvenus à s’entendre sur les règles du jeu.

Kabila et ses alliés posent leurs conditions

Parmi les voix les plus fermes, celle de Joseph Kabila occupe une place particulière. L’ancien président, aujourd’hui opposant au régime de Félix Tshisekedi, ainsi que les acteurs regroupés autour de sa plateforme, ne se disent pas opposés par principe à l’idée d’un dialogue. Mais leur participation est assortie de plusieurs exigences.

Joseph Kabila, Franc Diongo, Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa et d’autres acteurs associés à cette dynamique ont posé des conditions préalables à leur participation. Certaines portent sur la nature de la médiation, le lieu du dialogue, son inclusivité et les garanties devant entourer les décisions qui en sortiront.

Le camp Kabila réclame notamment un processus qui ne soit pas entièrement placé sous le contrôle du pouvoir en place. Il souhaite une médiation jugée neutre et indépendante, ainsi qu’un cadre permettant à l’ensemble des forces politiques et sociales concernées par la crise congolaise de prendre part aux discussions.

Une autre exigence majeure concerne les mesures de décrispation politique. Pour cette frange de l’opposition, la libération de certains détenus, la levée de restrictions visant des acteurs politiques, le retour d’exilés et l’instauration de garanties politiques constituent des préalables importants.

Cette position place le pouvoir devant une difficulté supplémentaire. Plusieurs des personnalités qui réclament leur participation au dialogue sont précisément celles que les autorités accusent, à des degrés divers, d’avoir apporté un soutien politique ou matériel à des groupes armés ou rebelles opérant dans l’est du pays.

Le débat ne porte donc plus uniquement sur la tenue du dialogue. Il porte également sur la question de savoir qui peut y participer, à quelles conditions et avec quel statut.

Une opposition qui ne parle pas d’une seule voix

L’une des principales faiblesses de l’opposition congolaise réside dans son incapacité actuelle à dégager une stratégie commune.

Sur le principe, plusieurs formations se déclarent favorables à un dialogue national inclusif. Mais lorsqu’il s’agit de définir la démarche à suivre, les divergences apparaissent rapidement.

Moïse Katumbi, par exemple, ne semble pas adhérer à la stratégie défendue par la C64. Cette différence d’approche illustre les difficultés rencontrées par les différentes composantes de l’opposition pour construire un front suffisamment large autour d’une même feuille de route.

À la C64 elle-même, les fissures deviennent de plus en plus visibles. La plateforme maintient ses revendications et son calendrier, mais doit composer avec un environnement politique marqué par les divergences internes et les hésitations de certains acteurs.

Cette fragmentation pourrait avoir des conséquences importantes. Dans un rapport de force avec le pouvoir, une opposition qui avance avec plusieurs stratégies parallèles risque de perdre une partie de sa capacité de négociation.

Car le véritable enjeu n’est plus seulement de savoir si l’opposition accepte ou refuse le dialogue. Il est désormais de déterminer quelle opposition sera représentée autour de la table, avec quel mandat et au nom de quelle plateforme.

La C64 maintient le cap du 15 août

Dans ce contexte de flottement, la coalition Article 64 tente de maintenir sa pression sur les autorités.

Dans un communiqué rendu public ce samedi 8 août à Kinshasa, la plateforme politique confirme que le 15 août demeure la date limite pour la poursuite de ses activités, tout en annonçant le report de sa marche.

Cette position intervient après plusieurs incidents que la coalition affirme avoir enregistrés ces derniers jours et qui auraient touché certains de ses membres.

La C64 évoque notamment des faits survenus lors d’une réunion politique au Camp Luka ainsi qu’au siège de l’ECiDé. Pour la coalition, ces événements ne remettent pas en cause sa détermination à poursuivre ses actions.

La marche initialement annoncée est toutefois reportée. La plateforme assure que les préparatifs de ses actions se poursuivent et qu’une nouvelle date sera communiquée.

Surtout, la C64 indique qu’elle attend des réponses concrètes à ses revendications avant l’échéance du 15 août.

Cette échéance apparaît ainsi comme un moment important dans la stratégie de la coalition. Elle doit permettre d’évaluer la réaction du pouvoir face à ses demandes et de décider des prochaines étapes de la mobilisation.

Olivier Kamitatu, Minaku et Shadary au cœur des revendications

La question des libertés publiques et de la situation judiciaire de certains opposants occupe également une place importante dans la communication de la C64.

La coalition se félicite notamment de la restitution du passeport d’Olivier Kamitatu, tout en demandant aux autorités d’adopter des mesures similaires en faveur d’autres acteurs politiques concernés.

Pour la plateforme, cette décision constitue un signal qui devrait être élargi à d’autres personnalités de l’opposition.

La C64 revient également sur la situation d’Aubin Minaku et de Ramazani Shadary, transférés vers un lieu de détention jugé connu après plus de 200 jours de détention.

À ce sujet, elle exige leur présentation devant leur juge naturel ainsi que la tenue d’un procès équitable.

Ces revendications montrent que, pour la C64, la question du dialogue ne peut être dissociée de celle de la décrispation politique. Autrement dit, le retour à un climat politique apaisé serait, à ses yeux, une condition essentielle pour permettre un dialogue crédible.

Pendant ce temps, le pouvoir avance sur le référendum

Face aux hésitations de l’opposition, le pouvoir ne semble pas vouloir suspendre son agenda politique.

L’Union sacrée de la Nation, plateforme qui soutient le président Félix Tshisekedi, poursuit la sensibilisation de l’opinion autour de la loi référendaire.

Cette campagne intervient alors que le débat sur une éventuelle modification ou révision de la Constitution occupe une place croissante dans la vie politique congolaise.

Pour le pouvoir, la question référendaire relève du processus institutionnel et doit être présentée à la population dans le cadre prévu par la loi. Pour une partie de l’opposition, en revanche, cette démarche suscite de profondes inquiétudes, notamment autour de la possibilité d’une modification des équilibres institutionnels et de la durée du mandat présidentiel.

Le référendum devient ainsi l’un des principaux points de confrontation entre les deux camps.

L’opposition soupçonne le pouvoir de vouloir utiliser la réforme constitutionnelle pour ouvrir la voie à une transformation profonde de l’ordre institutionnel. La majorité, de son côté, cherche à convaincre qu’il s’agit d’une démarche soumise à l’appréciation du peuple.

Le dialogue pris entre deux agendas

D’un côté, le pouvoir insiste sur le processus institutionnel, notamment autour de la loi référendaire, tout en défendant l’idée d’un dialogue national.

De l’autre, une opposition fragmentée réclame un dialogue, mais refuse pour certains de ses principaux courants d’y participer sans garanties préalables.

Plus le pouvoir avance dans la mise en œuvre de son agenda institutionnel, plus certains opposants considèrent qu’il devient urgent de définir les conditions du dialogue. Mais plus l’opposition multiplie les préalables et les divergences, plus elle risque de laisser au pouvoir l’initiative politique.

Le calendrier joue donc en faveur de celui qui parvient à imposer son rythme.

Une opposition face à un choix stratégique

Pour les opposants congolais, le dilemme est désormais clair : faut-il participer au dialogue malgré les réserves et tenter d’influencer les décisions de l’intérieur, ou faut-il maintenir la pression jusqu’à l’obtention de garanties jugées suffisantes ?

Les partisans de la première option estiment qu’un dialogue sans l’opposition serait difficilement crédible. Ceux qui privilégient la seconde considèrent qu’une participation sans conditions risquerait de légitimer un processus dont les règles auraient été définies par le pouvoir. Entre ces deux positions, les lignes de fracture se multiplient.

Joseph Kabila et ses alliés ont défini leurs conditions. La C64 maintient son échéance et sa stratégie de mobilisation. Moïse Katumbi conserve une approche différente. D’autres acteurs de l’opposition entretiennent encore le suspense sur leur participation.

La question n’est donc plus seulement de savoir si l’opposition ira au dialogue. Elle est de savoir quelle opposition ira au dialogue et avec quelle position commune.

À mesure que le 15 août approche, le temps presse pour les différents camps. Le pouvoir doit convaincre de la sincérité et de l’inclusivité de son initiative. L’opposition, elle, doit surmonter ses divisions si elle veut peser réellement sur les discussions.

Pour l’heure, les jalons du dialogue national ne sont toujours pas clairement posés. Et pendant que Kinshasa poursuit ses consultations et sa communication autour du référendum, l’opposition continue de tergiverser, partagée entre la volonté de participer à un éventuel règlement politique de la crise et la crainte de se retrouver enfermée dans un processus dont elle ne maîtriserait ni les règles ni l’issue.

Le prochain rendez-vous du 15 août pourrait ainsi constituer un premier test grandeur nature de la capacité des différentes composantes de l’opposition à transformer leurs revendications dispersées en une stratégie politique commune.


LePotentiel / Provinces26rdc.com

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