Selon une ordonnance présidentielle lue samedi 31 octobre 2026 sur les antennes de la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC), le président de la République, Félix Tshisekedi, a procédé à un réaménagement de l’équipe dirigeante de la Minière de Bakwanga (MIBA). Les principaux changements concernent la présidence du conseil d’administration et la direction générale de cette entreprise publique, sur fond de tensions entre les deux organes de gouvernance, mais aussi entre les actionnaires.
Placide Ndumbi Kayembe Mubanga est nommé président du conseil d’administration, en remplacement de Jean-Charles Okoto Lolakombe. Selon plusieurs sources, le nouveau président aurait travaillé à la MIBA entre 1978 et 2010, où il aurait notamment exercé des fonctions de directeur.
À la direction générale, Albert-Gordon Kalonji Ditutu succède à André Kabanda Kana. Avant sa nomination, il occupait les fonctions de directeur technique au sein de l’entreprise. En revanche, Niu Haoran est maintenu à son poste de directeur général adjoint, qu’il occupe depuis 2023.
Au sein du conseil d’administration, la nouvelle ordonnance maintient l’essentiel de l’équipe précédente. Léon Kalala Beya, Rombault Kalombo Tshinkenke, Albert Bukasa Mukadi, Pierre Claver Kalala Mwana-Ndibu, Jonas Tshundu Tshundu et Maurice Mabiala Makiobo conservent ainsi leurs sièges d’administrateurs.
Conflit entre actionnaires
Une nouvelle personnalité fait toutefois son entrée au conseil d’administration. Il s’agit de Joseph Daniel Mukendi Wa Dinanga, présenté par Top Congo FM comme économiste et gemmologue. Selon ce média, il aurait facilité, en 2008, l’obtention d’un crédit de 2 millions de dollars auprès d’une firme basée à Anvers, en Belgique, au profit de la MIBA. Ce financement devait notamment servir à l’implantation d’une école de gemmologie à Kinshasa.
L’ordonnance du président de la République intervient alors qu’un conflit oppose l’État congolais, actionnaire majoritaire de la MIBA avec 80 % des parts, à ASA Resources Group, actionnaire minoritaire depuis 2016 avec 20% des parts, au sujet de la recapitalisation de l’entreprise. Cette opération doit permettre d’injecter environ 137,54 milliards de francs congolais, soit près de 60,7 millions de dollars, dans l’entreprise minière, afin de financer la relance de sa production diamantifère après plusieurs années de difficultés financières et opérationnelles.
Mais le groupe anglais se félicite de ces changements. « MIBA SA : c’est le droit qui a gagné. La voix de la raison a été entendue. Merci et félicitations au président de la République Félix Tshisekedi pour avoir enfin remis les choses dans l’ordre. L’actionnariat de ASA Ressources Group PLC est reconfirmé. Tous les auteurs des troubles du côté de l’État congolais viennent d’être chassés et remplacés tant au conseil d’administration qu’à la direction générale de la MIBA SA comme nous le souhaitions », a réagi Ahmed Emedi Useni, avocat-conseil de ASA.
Contacté par Bankable, l’avocat explique que le maintien de Niu Haoran au poste de directeur général adjoint, poste qui revient à ASA selon le pacte des actionnaires, est la preuve que l’actionnariat du groupe anglais est conforté. En plus de cela, ajoute-il, l’ordonnance n’a nommé que les neufs administrateurs représentant l’État, exception faite du DGA. Pour lui, les autres places au sein du conseil restent donc occupées par les représentants d’ASA.
Fin août, l’actionnaire minoritaire avait saisi le Tribunal de commerce de Kinshasa-Gombe pour contester les résolutions adoptées lors de l’assemblée générale extraordinaire du 21 mai 2026 et demander la suspension du processus d’augmentation du capital de la MIBA qui menace de diluer ses parts au sein de l’entreprise minière. Cette procédure reste pendante, a expliqué Ahmed Emedi Useni. Mais pour l’avocat-conseil, le chef de l’État congolais ayant conforté ASA dans sa position d’actionnaire de la MIBA, toutes ces actions judiciaires devraient tomber.
Bras de fer entre dirigeants
Au-delà des tensions entre actionnaires, le renouvellement des organes de gouvernance de la MIBA intervient dans un contexte marqué par plusieurs mois de conflit entre le directeur général et le conseil d’administration, notamment entre le président sortant, Jean-Charles Okoto Lolakombe, et le directeur général sortant, André Kabanda Kana, tous deux nommés fin 2023.
Début juillet, le conseil d’administration de l’entreprise avait adressé à la ministre du Portefeuille, Julie Shiku, une demande de suspension temporaire du directeur général, assortie d’une suspension de sa rémunération. L’instance lui reprochait notamment des violations présumées des statuts de la société, des actes d’insubordination ainsi que des décisions jugées contraires aux prérogatives de la direction générale.
Selon Africa Intelligence, sept administrateurs de la MIBA, dont le président du conseil d’administration, avaient déjà adressé, en juin dernier, une lettre au président Félix Tshisekedi pour demander la « révocation, sans indemnités » d’André Kabanda Kana de ses fonctions de directeur général. Dans cette correspondance, ils lui reprochaient notamment d’avoir engagé des dépenses et signé des contrats sans l’aval préalable du conseil d’administration. Certains des faits dénoncés remonteraient à 2024, selon la même source.
La nouvelle équipe dirigeante hérite ainsi d’une entreprise confrontée à d’importantes difficultés structurelles, notamment des arriérés de salaires, un personnel vieillissant et un endettement élevé. Selon les estimations communiquées par André Kabanda Kana il y a quelques mois, l’âge moyen des agents tourne autour de 55 ans, tandis que le passif de la MIBA est évalué à environ 280 millions de dollars.
Dans ce contexte, la relance de la MIBA dépendra non seulement de la mobilisation des financements nécessaires à la modernisation de son outil de production, mais également de la capacité des nouveaux dirigeants à assurer une gestion coordonnée de l’entreprise. Après les tensions qui ont marqué les relations entre l’ancienne direction générale et le conseil d’administration, la collaboration entre les différentes instances de gouvernance constituera l’un des principaux enjeux de ce nouveau mandat.
Bankable / Provinces26rdc.com
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