Pour notre plus grand malheur, nos chefs rechignent toujours à passer le témoin alors que nous avons changé de siècle ou plutôt de millénaire.
Cela n’a rien de nouveau, disent les mauvaises langues, l’Afrique traîne depuis toujours un boulet sinon mortel du moins terriblement dommageable à son évolution : la difficile alternance au pouvoir. Cette tare quasi génétique n’a épargné aucun de ses royaumes, aucune de ses ethnies. Qu’elle revienne aujourd’hui sous les lambris de ses républiques, quoi de plus normal ? Ses guides savent bien avant Ahmadou Kourouma que « le pouvoir est une femme qui ne se partage pas ».
Même fonctionnement chez les civils et les militaires
Impossible de le nier, les guerres fratricides, les exils, et les partitions se succèdent en même temps que nos chefs. Ces fléaux, plus que tout autre facteur, ont conduit au déclin de nos empires et à la longue, favorisé, la colonisation. Pour notre plus grand malheur, nos chefs rechignent toujours à passer le témoin alors que nous avons changé de siècle ou plutôt de millénaire. « À cause de leur médiocre niveau scolaire, se disait-on du temps de Sékou Touré et de Mobutu, ce sera mieux, quand les autodidactes et les soudards se seront éclipsés ! » Erreur ! Nos dirigeants d’aujourd’hui sont bardés de diplômes. Ils sortent des meilleures universités soviétiques, françaises ou américaines quand ils sont civils ; de Frounze, de West-Point ou de Saint-Cyr quand ils sont militaires. Le plat qu’ils nous servent est néanmoins aussi insipide que celui que nous goûtions au temps du parti unique. Inutile de rameuter les psychanalystes pour en comprendre la raison. L’obsession du pouvoir ne vient ni de notre climat ni de notre couleur de peau. Le pouvoir est une drogue. Qui y goûte en devient accro. Comme l’air, le leader quel qu’il soit, tend à occuper tout l’espace qui se présente. C’est pour cela qu’il faut lui fixer des limites.
Pour faire pousser l’arbre de la démocratie, nous devons l’arroser de l’eau qui a fait des miracles ailleurs : celle qui favorise le développement d’institutions solides, c’est-à-dire indépendantes aux circonstances et aux hommes. Pour contenir les tentations despotiques, un seul et unique garde-fou, celui du contre-pouvoir.
En attendant, que faire de nos anciens chefs d’État ? J’avoue que c’est le traitement humiliant que subit en ce moment l’ancien président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz qui me pousse à poser cette question. J’ai l’impression que le Congo n’aurait pas connu les crises qu’il a connues si le président Lissouba avait tourné la page et aidé son terrible prédécesseur à se faire oublier. Le chemin qui mène à la démocratie n’est jamais aisé. Et chez nous, il est encore plus glissant qu’une patinoire olympique.
Offrir une prime de départ ?
Mieux vaut y avancer avec prudence. On ne perdrait rien à traiter convenablement ceux qui ont eu l’élégance de partir à temps. Ne les harcelons pas, offrons-leur la prime du départ ! C’est la meilleure manière d’encourager les autres à sauter le pas. Que voulez-vous, sous nos cieux, les choses sont telles que nous nous sentons obligés d’applaudir les chauffeurs qui respectent les feux rouges. Et puis, mettons-nous bien dans la tête que les sortants gardent toujours par-devers eux une certaine capacité de nuisance. Demandez donc à monsieur Sassou Nguesso !
Alors, que faire de nos anciens chefs d’État ?
Curieusement, c’est Alpha Condé (alors, opposant, il est vrai !) qui a proposé la bonne solution : « Pour pousser nos dictateurs à quitter le pouvoir, il faut leur offrir des garanties : une amnistie et des moyens de subsistance pour le restant de leur vie. » Eh bien, Monsieur le Président, renoncez au troisième mandat, et l’on vous donnera tout : et l’amnistie et suffisamment de diamants pour une vie de rêve à l’endroit de votre choix.
Le Point /provinces26rdc.net
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