« Ces Rwandais, je ne les aime pas, ce sont eux qui ont tué mon père », révèle Félix Tshisekedi en rapportant une confidence de Joseph Kabila à Moscou

Le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, affirme que son prédécesseur Joseph Kabila lui avait personnellement confié, à l’époque de leur coalition FCC-CACH, son aversion envers les Rwandais, qu’il accusait d’être impliqués dans l’assassinat de son père, l’ancien président Laurent-Désiré Kabila. Cette révélation a été faite vendredi 30 octobre 2026, lors d’une rencontre avec la diaspora congolaise vivant en Russie, en marge du sommet Russie-Afrique organisé à Moscou.

Devant ses compatriotes, le chef de l’État a établi un parallèle entre l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), qui avait porté Laurent-Désiré Kabila au pouvoir en 1997, et le Front pour la refondation de la nation (FRN), présenté comme le prolongement de l’AFC/M23 et désormais associé à Joseph Kabila. Selon Félix Tshisekedi, ces mouvements poursuivraient une même logique politique, caractérisée, d’après lui, par une volonté de placer la RDC sous l’influence du Rwanda.

Revenant sur les circonstances de l’arrivée au pouvoir de Laurent-Désiré Kabila, le président congolais a soutenu que l’ancien chef de l’État avait bénéficié de l’appui de Kigali avant de découvrir tardivement l’ampleur de l’influence rwandaise dans son entourage. Il estime que cette situation ne lui aurait finalement pas permis de s’affranchir de ses anciens alliés.

« Leur objectif aujourd’hui est de rétablir l’ordre qu’ils avaient instauré en 1997, si vous vous souvenez. Ils étaient venus pour chasser le maréchal Mobutu du pouvoir sous prétexte qu’ils voulaient libérer le pays, mais en réalité, ils étaient venus pour maintenir la population dans l’esclavage », a déclaré Félix Tshisekedi.

Poursuivant son argumentation, il a affirmé que Laurent-Désiré Kabila avait été trompé par ceux qui l’avaient accompagné dans sa conquête du pouvoir. « Ils ont menti à Mzee Laurent-Désiré Kabila. Bien qu’il ait eu envie de prendre le pouvoir et de chercher à changer les choses, malheureusement, lorsqu’il a découvert que ces gens (les Rwandais) l’avaient réellement infiltré de très près, il était déjà trop tard. Il n’a pas su se débarrasser d’eux », a-t-il expliqué.

Le président de la République a ensuite évoqué la succession de Laurent-Désiré Kabila, estimant que ses anciens alliés auraient cherché à installer à la tête du pays un dirigeant susceptible de servir leurs intérêts. Sans détour, il a fait allusion à Joseph Kabila, qui a dirigé la RDC de 2001 à 2019.

Pour illustrer cette perception, Félix Tshisekedi est revenu sur une expression qu’il avait précédemment employée lors d’une rencontre avec la communauté congolaise aux États-Unis, en marge d’une activité liée à la participation des Léopards à la Coupe du monde.

« Ils ont pris leur chien pour le placer à la tête du pays », avait-il déclaré à cette occasion. À Moscou, il a tenu à préciser que cette formule ne constituait pas, selon lui, une simple insulte, mais une manière de décrire la dépendance qu’il attribue à Joseph Kabila vis-à-vis de ses anciens alliés.

C’est toutefois le récit d’une conversation privée avec son prédécesseur qui a constitué l’un des moments marquants de son intervention. Félix Tshisekedi a expliqué que, durant la période où leurs deux camps politiques étaient encore associés au sein de la coalition FCC-CACH, Joseph Kabila lui aurait fait une confidence particulièrement surprenante au regard de son positionnement politique actuel.

« Pourquoi ai-je dit cela ? Lorsque nous étions encore dans la coalition FCC-CACH, où nous nous entendions encore bien, un jour, il m’a dit : “Voilà, ces Rwandais-là, je ne les aime pas, ce sont eux qui ont tué mon papa” », a révélé le chef de l’État.

Et de poursuivre en précisant la teneur de cette accusation attribuée à l’ancien président : « C’est lui-même qui m’avait raconté cette histoire. Ce sont des Rwandais qui avaient tué son papa, en complicité avec certains Libanais. Vous vous rendez compte ? Quelqu’un dont le père a été tué par ces gens accepte aujourd’hui de redevenir leur esclave. Cela en dit beaucoup », a-t-il lancé devant la diaspora congolaise.

À travers cette déclaration, Félix Tshisekedi entend notamment souligner ce qu’il considère comme une contradiction entre les propos que Joseph Kabila lui aurait tenus lorsqu’ils gouvernaient ensemble et son rapprochement actuel avec les forces hostiles au pouvoir de Kinshasa. Il présente ainsi l’engagement politique et militaire de son prédécesseur comme une démarche susceptible, selon lui, de replacer le pays sous une influence étrangère.

Cette sortie intervient dans un climat marqué par la persistance de la crise sécuritaire dans l’est de la RDC, les tensions entre le pouvoir et l’ancien régime, ainsi que les discussions autour d’une éventuelle révision de la Constitution. Elle survient également alors que Joseph Kabila, qui conteste la gouvernance de son successeur et dénonce ce qu’il qualifie de dérive dictatoriale, a choisi de s’engager aux côtés des forces opposées aux institutions en place.

Parallèlement, plusieurs partenaires internationaux de la RDC continuent de privilégier une solution politique à la crise. Ils insistent notamment sur la nécessité de préserver l’ordre constitutionnel et encouragent l’organisation d’un dialogue national inclusif afin de trouver une issue aux différends politiques et sécuritaires.

Cependant, cette perspective reste confrontée à des divergences entre les différentes parties prenantes, notamment sur les modalités d’organisation du dialogue, le choix de la médiation et les questions à inscrire à l’ordre du jour.

 


LePotentiel / Provinces26rdc.com

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*