Chine : face à l’économie qui s’essouffle, le spectre d’une crise durable

Non seulement la Chine n’est plus le moteur de la croissance mondiale, mais pour la première fois depuis plus de quarante ans, l’économie du géant asiatique s’enfonce dans une crise durable selon de nombreux experts. Dans le même temps, le chômage des jeunes ne cesse de grimper et le départ se poursuit de géants industriels occidentaux qui préfèrent désormais d’autres destinations.

Le 17 juillet, le Bureau national des statistiques (BNS) a annoncé une croissance de 0,8 % du Produit intérieur brut au second trimestre de 2024. Un chiffre inférieur aux attentes des analystes occidentaux, qui leur fait penser que la Chine risque fort de ne pas atteindre son objectif d’une croissance « d’environ 5 % » pour 2023.

Autre indicateur alarmant, le chômage des 16-24 ans continue de grimper. Il a battu en juin un record inédit à 21,3 %, alors que la consommation des ménages a, elle aussi, connu un nouveau tassement à seulement + 3,1 %. Les autorités ont fait savoir qu’elle s’attendaient à une poursuite de la hausse du chômage des jeunes dont les conséquences sociales sont multiples et profondes.

À cela s’ajoute des exportations en recul (- 8,3 % en juin sur un an), un secteur immobilier très lourdement endetté qui ne repart pas, une fuite des capitaux sur laquelle aucun chiffre officiel n’est donné mais que certains observateurs pensent gigantesque et la poursuite du désengagement des investisseurs étrangers qui sont légion à faire leurs valises pour s’établir dans des pays jugés plus sûrs.
« DÉCEPTION FORTE »
Outre le fait que ces données officielles sont à prendre avec des pincettes et cachent la réalité, comme de coutume dans un pays opaque comme la Chine, ce chiffre de 6,3 %, en apparence encourageant, est trompeur. Car la comparaison se fait avec la même période en 2022, une annus horribilis pour la Chine qui avait enregistré une croissance de 0,4 % au deuxième trimestre. La Chine avait dégagé une croissance de 3 % cette année-là, un plancher record depuis plus de quarante ans.

Le seul indicateur réellement positif a été la production industrielle qui affiche une croissance de 4,4 %. Le véritable constat est le suivant : le régime communiste qui, avec à sa tête le président Xi Jinping, escomptait un fort rebond après l’abandon brutal et inattendu de sa politique « zéro-Covid » à l’automne dernier, doit bien constater que ce n’est pas le cas. L’économie nationale, l’une des principales victimes de cette politique catastrophique, reste enlisée dans un marasme inquiétant.

Tout cela conduit les autorités chinoises à tirer elles-mêmes la sonnette d’alarme. L’économie chinoise fait face « à une conjoncture internationale complexe et difficile, et à des tâches ardues pour la réforme, le développement et la stabilité », a ainsi admis devant la presse un porte-parole du BNS, Fu Linghui. Le Premier ministre Li Qiang lui-même a reconnu que l’objectif de croissance de 5 % en 2023 paraissait désormais « difficile » à atteindre.

Il faut « faire preuve de scepticisme à l’égard des adonnées officielles », rappelle SinoInsider, un cabinet spécialisé sur la Chine basé aux États-Unis pour qui il faut « se préparer psychologiquement à voir d’autres signes de grave détérioration de l’économie chinoise ». Pour Alicia Garcia Herrero, chef économiste à la banque Natixis, citée par Le Figaro, «  il n’y a pas de demande intérieure ! C’est le cœur du problème. La Chine se retrouve avec des surcapacités comme en 2015. Et elle est proche de la situation du Japon dans les années 1980. » Même inquiétude chez Harry Murphy Cruise, économiste chez Moody’s Analytics, cité par le média japonais Nikkei Asia : « La reprise de la Chine va de mal en pis. » Selon lui, le défi le plus grave est une crise de confiance des consommateurs et l’attitude attentiste des milieux d’affaires qui se gardent d’investir en attendant de voir la suite des événements.

« La déception est particulièrement forte s’agissant des ventes de détail et des investissements dans l’immobilier, estime, quant à elle, Qian Wang, cheffe économiste pour l’Asie-Pacifique chez le cabinet de conseil et fonds d’investissement américain Vanguard, cité par la BBC. Associé aux indicateurs antérieurs sur le commerce, l’inflation et le crédit, tout ceci conforte notre opinion sur le fait que la dynamique de croissance est encore très faible. »


Asialyst / Provinces26rdc.com

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