La journée avait commencé comme une mission officielle ordinaire. Elle s’est achevée dans la tragédie. Vendredi, l’appareil immatriculé 9S-GUC, exploité par la société Transair, a quitté Kikwit à destination de Kinshasa avec à son bord plusieurs hauts responsables de la justice militaire congolaise. Cinquante-cinq minutes de vol étaient prévues. L’avion n’atteindra jamais la capitale.
9h54 : l’arrivée à Kikwit
Il est 9h54 lorsque le 9S-GUC se pose sur la piste de l’aéroport de Kikwit. À bord, une délégation de hauts responsables de la justice militaire congolaise venue effectuer une mission de travail dans la région.
Le premier président de la Haute Cour militaire, le lieutenant général Joseph Mutombo Katalayi, descend le premier de l’appareil. Il est suivi de l’auditeur général des FARDC, le lieutenant général Lucien Likulia.
Sur le tarmac, les deux officiers sont accueillis par le commandant second de la 11ᵉ région militaire chargé de l’administration et de la logistique, ainsi que par le maire de Kikwit. Un détachement d’honneur est mobilisé pour accueillir la délégation.
Après les honneurs militaires, le programme officiel peut commencer.
10h08 : à l’état-major de la 11ᵉ région militaire
À 10h08, la délégation arrive à l’état-major de la 11ᵉ région militaire. Le lieutenant général Joseph Mutombo et son homologue sont reçus. Dans la salle des opérations, militaires et policiers prennent place.
Trente-quatre minutes plus tard, à 10h42, les deux hauts responsables rejoignent la réunion. Au centre des échanges : la situation sécuritaire dans l’ensemble de la 11ᵉ région militaire.
Le colonel Saïdi Baudouin présente un état des lieux des différents territoires relevant de cette région. Selon le briefing présenté à la délégation, la quasi-totalité des combattants se seraient rendus dans le cadre de la campagne de reddition menée par les autorités. La situation est alors décrite comme étant sous contrôle des FARDC, même si quelques éléments résiduels tenteraient encore de se réorganiser dans certaines zones.
Après ce briefing, la délégation poursuit sa mission à travers plusieurs services de la 11ᵉ région militaire.
11h24 : étape à l’auditorat militaire
À 11h24, le lieutenant général Joseph Mutombo et sa suite arrivent à l’auditorat militaire. Là encore, le détachement de l’auditorat de garnison de Kikwit est rangé pour accueillir le premier président de la Haute Cour militaire et lui rendre les honneurs.
La visite prend ensuite une dimension plus judiciaire. Joseph Mutombo inspecte les différents bureaux de l’auditorat et ceux de la cour. Il s’enquiert du fonctionnement des services et communique certaines orientations.
La mission se poursuit par une série d’audiences et d’échanges. Le premier président de la Haute Cour militaire reçoit notamment le représentant de la justice civile de Kikwit, le responsable de la justice militaire ainsi que les épouses des militaires.
Mais le temps commence à manquer.
Le programme accéléré
L’appareil de la délégation est déjà positionné à l’aéroport. Le retour vers Kinshasa doit se faire dans les délais prévus. Les audiences sont donc accélérées afin de permettre aux deux généraux et aux autres membres de la délégation de regagner la capitale.
À 12h43, Joseph Mutombo et sa suite arrivent à l’aéroport de Kikwit.
Les responsables de la Régie des voies aériennes (RVA) les informent que l’équipage est prêt pour le départ. Une minute plus tard, à 12h44, les honneurs militaires sont rendus au premier président de la Haute Cour militaire.
« Bon retour à Kinshasa. Bon voyage, mon général. »
La scène est solennelle. Rien, à cet instant, ne laisse présager le drame qui va suivre.
12h47 : à bord du 9S-GUC
À 12h47, les membres de la délégation montent à bord de l’appareil. Le programme prévoit un vol d’environ 55 minutes entre Kikwit et Kinshasa. L’arrivée dans la capitale est estimée à 13h55.
À 13h00, le 9S-GUC décolle de Kikwit. L’appareil prend la direction de Kinshasa.
C’est le dernier départ de cette mission.
14h13 : la nouvelle du crash
À 14h13, le drame est signalé. Le vice-gouverneur du Kwango, Rémy Saki, raconte les premières minutes qui suivent l’annonce de l’accident.
« Nous avons vu les gens courir et puis on nous a appelé à la maison qu’il y a un avion qui est tombé près de chez nous. »
Une équipe est rapidement dépêchée sur place. Le vice-gouverneur se rend ensuite lui-même dans la zone du crash.
Selon son témoignage, l’appareil s’est écrasé dans les environs de Kenge, sur l’axe reliant cette ville à Kikwit.
Le récit fait état d’un appareil ayant rencontré des difficultés au cours de son trajet et ayant tenté de rechercher une piste d’atterrissage. Mais, selon ce témoignage, aucune piste adaptée n’aurait été disponible dans la zone. L’avion s’est finalement écrasé dans une parcelle.
Une mission officielle transformée en tragédie
En quelques minutes, la nouvelle se répand. La consternation gagne les populations, les réseaux sociaux et l’opinion publique.
Le bilan rapporté par le vice-gouverneur fait état de plusieurs victimes, dont 12 personnes complètement calcinées, tandis que les corps des pilotes auraient été retrouvés à l’extérieur de l’appareil.
Le crash emporte notamment le premier président de la Haute Cour militaire, le lieutenant général Joseph Mutombo Katalayi, ainsi que l’auditeur général des FARDC et les autres occupants du 9S-GUC.
Quelques heures auparavant, ils étaient accueillis avec les honneurs à Kikwit pour une mission officielle. Ils avaient inspecté les services militaires et judiciaires, tenu des réunions et rencontré différents responsables.
À 13h00, ils avaient quitté Kikwit pour Kinshasa. À 13h55, ils étaient censés arriver dans la capitale.
Ils n’y arriveront jamais.
Une journée commencée sous le signe du devoir, des honneurs militaires et d’une mission officielle s’est ainsi transformée, quelques dizaines de minutes plus tard, en une tragédie aérienne sur l’axe Kikwit-Kenge.
Opinion Info / Provinces26rdc.com
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