Crise du logement à Kinshasa : « En 2030, louer une maison deviendra un luxe », alertent des habitants‎

À Kinshasa, la question du logement devient de plus en plus préoccupante. Dans plusieurs communes de la capitale, notamment à Limete, Kalamu, Matete, Lingwala ou encore Lemba, des habitants dénoncent une hausse vertigineuse des loyers, qu’ils attribuent en grande partie aux pratiques jugées abusives de certains commissionnaires immobiliers.

‎Dans les rues de Limete, les témoignages se multiplient. Devant l’hôpital HJ, jeune travailleur, explique son désarroi :

‎« Il y a deux ans, une maison ici coûtait 150 dollars. Aujourd’hui, on te parle de 250, voire 300 dollars. Pourtant, rien n’a changé dans la maison », déplore-t-il.

‎Même constat à Kalamu, où plusieurs familles affirment avoir été contraintes de déménager vers des quartiers plus éloignés, faute de moyens.

‎Pour de nombreux habitants, cette hausse ne serait pas uniquement liée à la loi de l’offre et de la demande, mais aussi à l’intervention des commissionnaires, ces intermédiaires chargés de mettre en relation propriétaires et locataires.

‎« Ce sont eux qui poussent les bailleurs à augmenter les prix. Plus le loyer est élevé, plus leur pourcentage augmente. Ils ne pensent pas aux locataires », raconte une cinquantaine révolue.

‎Certains propriétaires, sous anonymat, confirment cette tendance. « On te conseille d’augmenter le prix en te disant que le quartier a pris de la valeur. Mais en réalité, c’est surtout pour que le commissionnaire gagne plus », confie l’un d’eux.

‎Au-delà de la question des loyers, plusieurs Kinois dénoncent des pratiques assimilées à de l’escroquerie.

‎« On m’a demandé 10 dollars comme frais de déplacement pour aller voir une maison. Après avoir payé, le commissionnaire a disparu. Il ne répondait plus au téléphone », a déclaré un monsieur rencontré au rond-point Bongolo.

‎D’autres témoignages évoquent des vidéos de maisons attrayantes envoyées aux futurs locataires pour les convaincre, avant que ces derniers ne découvrent, une fois sur place, que le bien n’existe pas ou n’est pas disponible.

‎« Ils te montrent une belle maison en vidéo. Mais quand tu arrives, soit la maison est différente, soit on te dit qu’elle est déjà louée », explique Hugues, rencontré à Lemba.

‎Face à ces abus, beaucoup pointent l’absence de réglementation stricte du métier de commissionnaire à Kinshasa. Contrairement à d’autres secteurs, l’intermédiation immobilière reste largement informelle, ouvrant la porte à toutes sortes de dérives.

‎« N’importe qui peut devenir commissionnaire du jour au lendemain, sans contrôle », regrette un habitant de Ngaba.

‎De plus en plus de voix s’élèvent pour demander une intervention des autorités afin d’encadrer le secteur et protéger les locataires.

‎« Si l’État n’intervient pas, d’ici 2030, nous ne pourrons plus louer à Kinshasa », alerte Patrick.

‎En attendant d’éventuelles mesures, de nombreuses familles continuent de subir la pression d’un marché locatif devenu imprévisible, où se loger dignement relève de plus en plus du parcours du combattant.


Actu30 / Provinces26rdc.com

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*