Bien que le pouvoir réel reste concentré entre les mains des 5 membres permanents (États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni), qui disposent du droit de veto, la République démocratique du Congo (RDC), entant que présidente du Conseil de sécurité de l’ONU en juillet, exerce une influence diplomatique et procédurale pour débloquer les dossiers. Habile diplomate, Zénon Mukongo Ngay est attendu à user de son influence pour orienter la diplomatie mondiale sur la question rwandaise.
La diplomatie congolaise est face à un défi majeur : la mise en œuvre de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations Unies, adoptée à l’unanimité le 21 février 2025. Le texte condamne l’offensive du M23 dans l’est de la RDC. Il exige le retrait sans condition des troupes rwandaises et la cessation de leur soutien au M23, tout en réclamant un cessez-le-feu immédiat.
A la tête du principal organe exécutif de l’Organisation des Nations Unies (ONU), qui a la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales, la RDC agissant de manière impartiale, avec le soutien du P5, devrait actionner l’exécution de la R2773 qui est juridiquement contraignante et obligatoire pour tous les États membres, car adoptée en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies.
Cette résolution ne peut être supplantée même par l’accord de paix de Washington signé par les dirigeants congolais et rwandais. D’ailleurs, l’ONU a établi la primauté des obligations découlant de la Charte sur tous les autres engagements internationaux. Selon l’article 103, en cas de conflit entre un traité conclu par un État membre et la Charte, ce sont les dispositions de cette dernière qui prévalent. Donc, le gouvernement congolais dispose d’un outil contraignant pouvant lui permettre de faire respecter sa souveraineté et son intégrité territoriale.
Ancien membre de la commission défense et sécurité de l’Assemblée nationale, Juvenal Munubo, a rappelé qu’avant « la signature de l’accord de Washington le 27 juin 2025 entre la RDC et le Rwanda demandant la « levée des mesures défensives » du Rwanda et la neutralisation des FDLR, il y a eu adoption le 21 février 2025 de la Résolution 2773 au Conseil de sécurité des Nations Unies, demandant la cessation de tout soutien de l’armée rwandaise (RDF) au M23 et son retrait immédiat et sans conditions du territoire de la RDC ».
De l’avis du député national honoraire, « l’acccord de Washington, du reste non appliqué à ce jour, ne peut pas abroger ou éclipser cette résolution du Conseil de sécurité de l’ONU » et« Kigali et Kinshasa ne peuvent pas ignorer cette résolution contraignante ».
L’ancien élu Walikale a exhorté donc la diplomatie congolaise à« user de son influence, durant cette présidence rotative du Conseil de sécurité des Nations Unies, pour obtenir la mise en oeuvre de la résolution 2773 ».
L’action du président du Conseil de sécurité repose sur la légitimité politique que lui octroient les membres de l’organisation à travers la désignation statutaire des cinq permanents et l’élection par l’Assemblée générale des non-permanents. Elle se poursuit dans le respect de la Charte des Nations Unies et autres sources du droit international qui déterminent ses pouvoirs juridiques.
La RDC a l’occasion de mettre ses priorités géopolitiques ou ses préoccupations régionales au premier plan des discussions du CS. Puisque c’est Zénon Mukongo qui orchestre la recherche de compromis, Kinshasa dispose d’une marge de manœuvre pour obtenir le retrait des troupes rwandaises de son territoire.
Plus d’une année après l’adoption de la résolution 2773, le Rwanda poursuit son offensive au Nord-Kivu et Sud-Kivu. Aucun retrait n’a été opéré. Selon le dernier rapport du Groupe des experts de l’ONU, entre 14 000 et 18 000 militaires rwandais sont actuellement présents et engagés dans l’est de la République démocratique du Congo. Ces troupes combattent aux côtés des rebelles du M23 et dirigent leurs opérations.
« Les déploiements des RDF étaient coordonnés au moyen d’une chaîne structurée reliant les hauts responsables à Kigali aux niveaux opérationnels, où une coopération avec les commandants du M23 s’exerçait par le biais de canaux parallèles. Le général Vincent Nyakarundi, chef d’état-major de la RDF, à qui les États-Unis ont imposé des sanctions en mars 2026 , supervisait les opérations dans l’est de la République démocratique du Congo. Des éléments des 3e et 4e divisions de la RDF ont été déployés dans le cadre d’opérations menées dans l’est de la République démocratique du Congo : la 3e division, sous le commandement du général de division Eugène Nkubito , opérait principalement dans le Nord-Kivu, tandis que la 4e division était principalement déployée dans le Sud-Kivu, sous le commandement du général de brigade Vincent Gatama jusqu’à son redéploiement au Mozambique à la fin de 2025. La 4e division comptait également un nombre important de réservistes. Les deux divisions étaient appuyées par des unités des forces spéciales placées sous le commandement du général de brigade Stanislas Gashugi. Tandis que les commandants de division restaient au Rwanda, les commandants de brigade étaient parfois déployés en République démocratique du Congo. Les recrues de l’AFC/M23 interrogées par le Groupe d’experts ont toutes fait état de la présence de la RDF, notamment de ses forces spéciales, dans des opérations de première ligne à fort enjeu », rapporte l’ONU.
L’invasion rwandaise en RDC constitue une violation flagrante de la Charte de l’ONU, qui oblige tous les États membres à s’abstenir de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État.
Afriqu’actu / Provinces26rdc.com
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