De commandant suprême à caporal : La chute d’un homme, l’infamie d’une nation ( Pca. Jean Thierry Monsenepwo

Il est des trajectoires politiques qui inspirent. D’autres qui interrogent. Et celles, trop rares, qui scandalisent l’histoire.

Le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations unies (rapport final S/2026/466 du Groupe d’experts des Nations unies (5 juin 2026))ne laisse plus planer d’équivoque tolérable : Joseph Kabila, ancien Président de la République et ex-Commandant suprême des FARDC, y est nommément indexé dans l’écosystème politique et sécuritaire de l’AFC/M23. (Page 33, paragraphes 119 à 123) Ces éléments, suffisent à éclabousser à jamais un parcours que l’on croyait consacré. Celui d’un ancien chef de l’état.

Y a-t-il image plus insoutenable pour une Nation que celle d’un ancien garant de la Constitution dont le nom est désormais épinglé aux côtés d’une agression qui saigne le territoire national ? L’ironie de l’histoire est brutale, presque obscène.

Celui qui prétendait incarner la souveraineté se retrouve aujourd’hui, pour l’immense majorité des Congolais, inféodé à une dynamique où l’influence du général rwandais à la retraite James Kabarebe (Page 31, paragraphes 111 à 114) formellement identifié par les instances internationales comme l’un des principaux architectes militaires du soutien rwandais au M23, s’impose comme une évidence accablante. C’est ce qui lui a valu les différentes sanctions qui pèsent. Le contraste est sidérant. Et révoltant.

L’histoire, impitoyable, nous rappelle que la collaboration avec l’ennemi extérieur est une tache qui ne s’efface pas. L’exemple du maréchal Philippe Pétain est, ici, d’une brûlante actualité. Héros de Verdun devenu fossoyeur de la République sous l’Occupation, il a terminé sa vie dans l’ignominie de la compromission avec l’Allemagne nazie, tandis que Charles de Gaulle écrivait, dans la fidélité absolue à la France, les pages les plus glorieuses de sa résistance.

Mais il faut aller plus loin que le parallèle historique. Car, au fond, comment qualifier ce choix autrement que par la plus abjecte des trahisons ? Pour des intérêts personnels, survie politique, préservation d’un patrimoine, ou simple haine de ses successeurs – Joseph Kabila a sciemment choisi de soutenir ceux et celles qui tuent, violent et déplacent les populations qu’il a lui-même dirigées pendant dix-huit ans. Il a daigné piétiner, bafouer, salir cette terre qu’il a pourtant portée sur ses épaules de chef suprême. Lui, l’ancien Chef d’État d’un grand Congo héritier de Lumumba, se retrouve aujourd’hui sous les ordres tactiques et politiques d’un général à la retraite en la personne de James Kabarebe. Une humiliation si profonde, une inversion si monstrueuse des loyautés qu’aucune ambition politique rationnelle, aucun calcul réaliste ne saurait l’expliquer. Face à cette débâcle morale, seule une grille de lecture subsiste, aussi dérangeante soit-elle : le registre spirituel. En dehors de l’envoûtement, cette emprise occulte que Paul Kagame semble placer sur certaines de ses thuriféraires, rien, absolument rien, ne permet de comprendre qu’un ancien Président congolais se mette aux ordres d’un général à la retraite étranger pour achever son propre peuple. C’est une aliénation qui dépasse la politique et touche à l’âme de la nation.

Les contextes historiques diffèrent, certes. Mais la leçon, elle, est universelle et terrible : quiconque est perçu comme plaçant ses intérêts personnels au-dessus de l’intégrité de sa patrie est voué à la réprobation la plus féroce du jugement posthume.

Pendant que les ossements des Congolais blanchissent sous les bombardements à Goma, Bukavu, Rutshuru, Masisi et Uvira, le peuple ne réclame plus des silences équivoques, mais une rupture franche et nette. Il exige de ses anciens dirigeants qu’ils choisissent clairement leur camp : celui de la Nation ou celui de ses bourreaux.

Aucune ambition politique, aucune survie clanique, ne saurait excuser aujourd’hui la moindre ambiguïté sur la fidélité à la patrie.

Le Congo ne mérite pas des atermoiements. Il exige des actes, et la plus inflexible des loyautés.

L’heure n’est plus aux faux-semblants. Que chacun assume désormais son choix devant l’histoire et devant le peuple : servir la République jusqu’au sacrifice, ou accepter d’être balayé par sa vindicte. Il n’y a plus de troisième voie.

Par l’Ambassadeur PCA Jean Thierry MONSENEPWO

 

 

 

 

Provinces26rdc.com

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