Bintou Keïta, qui a passé plus de trois décennies aux Nations Unies, vient de faire son entrée comme ministre de l’Éducation nationale dans le gouvernement guinéen. Le retour au pays de cette diplomate interroge : comment passer des principes onusiens au service de Mamadi Doumbouya, réputé pour n’en respecter aucun ?
Bintou Keïta est une diplomate franco-guinéenne qui a réalisé toute sa carrière dans les institutions internationales avec l’appui de la diplomatie française. Née en 1958 elle a servi plus de trente ans aux Nations unies. Experte en résolution de conflits, droits humains, action humanitaire et développement, elle a dirigé des opérations de l’UNICEF dans plusieurs pays africains, œuvré au Darfour et, de 2021 à fin 2025, dirigé la MONUSCO en République démocratique du Congo, en tant que Représentante spéciale du secrétaire général.
Sa mission consistait notamment à protéger les civils, promouvoir les droits de l’homme et stabiliser une région meurtrie par les violences. À ce dernier poste, elle n’a pas laissé que de bons souvenirs, ses collègues se plaignant de son « manque de compétences. »
Et voilà que fin juillet 2026, après une vie bien remplie, elle est nommée ministre de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle à Conakry. Pourtant, le président Mamadi Doumbouya issu du coup d’État de septembre 2021, validé à son poste par une élection présidentielle contestée en décembre 2025, est régulièrement accusé par les organisations humanitaires et des experts des Nations unies d’atteintes aux libertés fondamentales : interdiction durable des manifestations, fermetures de médias, arrestations et disparitions d’opposants, journalistes et défenseurs des droits humains, répression de la contestation.
Comment une figure formée à défendre les droits universels peut-elle rejoindre un exécutif accusé de les restreindre ? Serait-ce un engagement patriotique qui consisterait à mettre son expertise au service de l’éducation, levier de développement et d’émancipation ? Ou bien faut-il y voir d’autres raisons, moins avouables ?
Mondafrique / Provinces2rdc.com
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