Des échanges de tirs ont éclaté jeudi matin entre la Thaïlande et le Cambodge autour de deux vieux temples au niveau de la province thaïlandaise de Surin et celle cambodgienne d’Oddar Meanchey. Bangkok fait état d’au moins onze morts parmi les civils, dont un garçon de 8 ans, et une dizaine de blessés.
Jamais en près de 15 ans le Cambodge et la Thaïlande n’avaient connu une escalade militaire aussi grave. De nouveaux affrontements ont éclaté jeudi 24 juillet et fait au moins onze morts civils, dont un garçon de 8 ans, et une dizaine de blessés, selon le bilan donné par l’armée thaïlandaise et le ministère de la Santé.
Selon Bangkok, un obus d’artillerie cambodgien a notamment frappé une maison et des coups de feu ont été tirés dans une station-service.
Des échanges de tirs ont éclaté jeudi matin autour de deux vieux temples datant de l’époque d’Angkor (IXe-XVe siècles), au niveau de la province thaïlandaise de Surin et celle cambodgienne d’Oddar Meanchey, a précisé à l’AFP une source gouvernementale cambodgienne.
L’armée thaïlandaise a déclaré avoir lancé des frappes aériennes sur des cibles militaires terrestres au Cambodge, tandis que le ministère cambodgien de la Défense a déclaré que les avions thaïlandais avaient largué des bombes sur une route près de l’ancien temple de Preah Vihear.
Accusations mutuelles
Les deux armées se sont mutuellement accusées d’avoir ouvert le feu en premier. « Vers 8 h 20 (1 h 20 GMT), les forces cambodgiennes ont ouvert le feu en direction du flanc est du temple Prasat Ta Muen Thom, à environ 200 mètres de la base thaïlandaise », a annoncé l’armée thaïlandaise dans un communiqué.
La Thaïlande a aussi accusé le Cambodge d’avoir utilisé un drone sur le site contesté, vers 7 h 35 (0 h 35 GMT). Six soldats cambodgiens armés, équipés notamment d’un lance-grenades, se sont par la suite approchés d’une clôture barbelée, a affirmé l’armée, assurant que les troupes thaïlandaises ont crié dans leur direction pour éviter un affrontement.

Des soldats cambodgiens rechargent un lance-roquettes BM-21 dans la province de Preah Vihear, le 24 juillet 2025. © AFP, STR
« L’armée thaïlandaise a violé l’intégrité territoriale du Cambodge en lançant une attaque armée sur les forces cambodgiennes », a indiqué de son côté Maly Socheata, la porte-parole du ministère cambodgien de la Défense. « Les forces armées cambodgiennes ont exercé leur droit de légitime défense, en pleine conformité avec le droit international, pour repousser l’incursion thaïlandaise. »
L’ambassade thaïlandaise au Cambodge à appelé ses concitoyens à quitter le pays « le plus tôt possible ». La Chine déconseille, de son côté, les voyages dans la zone d’affrontements.
Une frontière contestée
Les deux royaumes d’Asie du Sud-Est s’opposent de longue date sur le tracé de leur frontière commune, définie du temps de l’Indochine française, mais la crise en cours est la plus grave depuis près de quinze ans.
La mort d’un soldat cambodgien lors d’échanges de tirs en pleine nuit, fin mai, dans une autre zone disputée de la frontière, surnommée le « Triangle d’émeraude », a mis le feu aux poudres entre Bangkok et Phnom Penh, qui ont drastiquement réduit leurs échanges économiques et diplomatiques.

Des soldats cambodgiens dans un vieux temple khmer de Prasat Ta Muen Thom, dans un secteur disputé de la frontière avec la Thaïlande, le 26 mars 2025. © Tang Chhin Sothy, AFP
Le Cambodge a indiqué jeudi avoir rétrogradé au « plus bas niveau » les relations diplomatiques avec son voisin.
La veille, Bangkok a rappelé son ambassadeur en place à Phnom Penh et expulsé celui du Cambodge de son territoire, après qu’un soldat thaïlandais a perdu une jambe en marchant sur une mine à la frontière.
Une enquête de l’armée thaïlandaise a permis de déterminer que le Cambodge avait posé de nouvelles mines terrestres à la frontière, ont indiqué les autorités thaïlandaises.
Le Cambodge a rejeté ces accusations et indiqué que des zones frontalières restent infestées de mines actives datant de « guerres du passé ».
Vers un service militaire au Cambodge
Le Premier ministre thaïlandais par intérim, Phumtham Wechayachai, a déclaré jeudi que « la situation exigeait une gestion prudente » et « d’agir conformément au droit international ». « Nous ferons de notre mieux pour protéger notre souveraineté », a-t-il déclaré.
Les tensions ont conduit le Cambodge à suspendre l’importation de certains produits thaïlandais et la Thaïlande à restreindre les déplacements aux points de passage à la frontière.
Elles ont aussi provoqué de manière indirecte la suspension de la Première ministre thaïlandaise Paetongtarn Shinawatra, à la suite d’un scandale provoqué par la fuite, côté cambodgien, d’un appel avec Hun Sen, qui a gouverné le Cambodge pendant près de quarante ans.
Côté cambodgien, le Premier ministre Hun Manet, le fils de Hun Sen, a récemment annoncé la mise en place à partir de 2026 d’un service militaire obligatoire qu’il souhaite de 24 mois, pour tous les jeunes âgés de 18 à 30 ans.
AFP / France 24 / Provinces26rdc.com
Laisser un commentaire