Des manifestations ont éclaté ce mardi 22 juillet en Ukraine après la promulgation d’une loi qui supprime l’indépendance des agences anti-corruption. Une initiative critiquée par des ONG, l’UE et le G7.
Malgré les critiques, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a promulgué ce mardi 22 juillet une loi qui supprime l’indépendance des agences anti-corruption. Une décision qui a suscité des manifestations et l’inquiétude des alliés de Kiev.
La Commission européenne, par la voix de la commissaire chargée de l’élargissement de l’UE, Marta Kos, s’est dite « profondément préoccupée » par le vote de mardi, estimant qu’il s’agissait d’un « sérieux recul » de l’Ukraine en matière de lutte contre la corruption. Le respect de « l’État de droit reste au cœur des négociations d’adhésion » de l’Ukraine à l’UE, a-t-elle ajouté.
Plusieurs centaines de manifestants sont descendus dans les rues de la capitale ukrainienne, selon un reporter de l’AFP sur place, pour exprimer leur colère. « Le projet de loi a été adopté à la hâte », a critiqué parmi eux Anastasia, une conceptrice de jeux vidéo de 26 ans qui dénonce une « action ciblée ».
L’adoption de la loi par les députés ukrainiens avait été faite au lendemain de l’arrestation contestée d’un responsable travaillant dans l’une de ces structures, en pleine guerre contre la Russie depuis l’invasion lancée par Moscou en février 2022.
« L’infrastructure anticorruption fonctionnera. Simplement, sans l’influence russe – tout doit être (débarrassé) de cela », a soutenu Volodymyr Zelensky sur Telegram dans la nuit de mardi à mercredi. « Il est important que le procureur général soit déterminé à assurer qu’en Ukraine, l’inévitabilité des peines soit véritablement assurée pour ceux qui vont à l’encontre de la loi », a-t-il ajouté.
« Nous avons tous un ennemi commun : les occupants russes », a-t-il ajouté ce mercredi. « Et pour défendre l’État ukrainien, il faut un système de protection de l’ordre suffisamment solide, capable de garantir un véritable sentiment de justice, » a-t-il déclaré après avoir promulgué la loi la veille.

Des personnes scandent des slogans tout en brandissant des banderoles lors d’une manifestation contre une loi visant les institutions anti-corruption dans le centre de Kiev, en Ukraine, le mardi 22 juillet 2025. AP Photo/Alex Babenko
La corruption est un mal endémique en Ukraine depuis de nombreuses années mais le pays avait fait des progrès en créant notamment, respectivement en 2014 et en 2015, une instance d’enquête, le Nabu, et un parquet dédié, le SAP, spécialisé dans ces affaires.
Mardi, le Parlement a voté à 263 voix pour, 13 contre et 13 abstentions, pour subordonner les activités de ces deux structures au procureur général, lui-même subordonné au président. Une mesure qui supprime de fait leur indépendance.
« L’infrastructure anticorruption a été détruite »
« Aujourd’hui, avec les votes de 263 députés, l’infrastructure anticorruption a été détruite », a regretté lors d’une conférence de presse le directeur du Nabu, Semion Kryvonos, avertissant que la loi permettra l’existence de « personnes intouchables » en Ukraine.
Le texte « détruit effectivement l’indépendance de ces deux institutions vis-à-vis de toute influence politique et pression sur nos enquêtes », a abondé le chef du SAP, Oleksandre Klymenko.
Selon le député Roman Lozinsky, ce texte accorde au procureur général le pouvoir de gérer le SAP, de donner des « instructions écrites obligatoires » au Nabu et d’avoir accès aux détails de n’importe quelle affaire et de les déléguer au procureur de son choix ou à d’autres agences.
Anastassia Radina, à la tête du Comité anticorruption du Parlement, a dénoncé auprès de l’AFP un texte qui « va à l’encontre de (…) nos obligations dans le cadre du processus d’intégration à l’UE ».
Quelques heures avant le vote, un porte-parole de l’UE, Guillaume Mercier, avait souligné que ces deux instances étaient « essentielles au programme de réforme » que l’Ukraine s’est engagée à mener pour pouvoir adhérer à l’Union européenne.
Depuis Kiev, après le vote, un diplomate européen, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a qualifié cette décision de « regrettable ». « Est-ce un revers? Oui. Est-ce un point de non-retour? Non », a ensuite nuancé ce responsable, s’exprimant auprès d’un petit groupe de journalistes, dont de l’AFP.
Arrestation d’un responsable anti-corruption
Lundi, les services de sécurité ukrainiens (SBU) avaient annoncé l’arrestation d’un responsable du Nabu soupçonné d’espionnage au profit de Moscou, et ont perquisitionné les locaux de l’organisation, qui rejette ces accusations.
Cette arrestation a notamment été dénoncée par la branche ukrainienne de l’ONG anticorruption Transparency International, selon laquelle ces perquisitions sont illégales et « visent à obtenir de force des informations et à influencer les enquêtes menées sur des hauts responsables ».
Elle a fait état dans un communiqué d’une « pression systématique » des autorités à l’encontre des structures anti-corruption en Ukraine.
Avant le vote de mardi, les militants ukrainiens s’étaient déjà inquiétés des récentes poursuites judiciaires visant Vitaliï Chabounine, directeur d’une des principales ONG de lutte contre la corruption.
Selon des médias ukrainiens, ces mesures interviennent alors que le Nabu et le SAP s’apprêtaient à inculper l’ex-ministre de l’Unité nationale Oleksiï Tchernychov et alors que les deux instances enquêtaient sur l’ex-ministre de la Justice Olga Stefanichina.
AFP / TV5 Monde / Provinces26rdc.com
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