À la demande de la République démocratique du Congo, la Banque mondiale a annulé 100 millions de dollars sur le crédit accordé au Projet d’accès, de gouvernance et de réforme des secteurs de l’électricité et de l’eau (AGREE). La requête a été formulée par le ministre des Finances, Doudou Fwamba, le 16 avril 2026 et l’annulation a pris effet le 21 avril.
Le financement initial du projet comprenait 300 millions de dollars de crédit et 300 millions de dollars de don de l’Association internationale de développement (IDA). Selon la lettre d’amendement de la Banque mondiale adressée au ministre des Finances en août dernier, l’annulation ramène le crédit à 200 millions de dollars, tandis que le don reste inchangé. L’enveloppe IDA globale d’AGREE passe ainsi de 600 à 500 millions de dollars.
Cette réduction s’inscrit dans une restructuration engagée après la revue à mi-parcours de février 2026. Selon le dernier rapport de suivi de la Banque mondiale, publié le 22 septembre, l’objectif est de concentrer les ressources sur les activités encore réalisables avant la clôture du projet, prévue le 30 septembre 2029.
Des activités supprimées à Gbadolite, Mobayi et dans l’Est
La restructuration entraîne l’abandon de plusieurs investissements qui n’avaient pas encore démarré. À Gbadolite et Mobayi, la Banque mondiale met notamment en avant les difficultés logistiques liées au transport d’équipements lourds vers ces zones éloignées et le temps restant avant la clôture du projet.
Les activités supprimées concernent notamment la rénovation de la centrale hydroélectrique de Mobayi et l’extension des réseaux associés. Gbadolite doit néanmoins continuer à bénéficier d’investissements sur le réseau de la SNEL, avec un objectif de 10 000 nouveaux raccordements d’ici fin 2027, dont 3 000 attendus d’ici novembre 2026.
Dans l’Est, l’insécurité liée au conflit avec l’AFC/M23 a également réduit le périmètre d’AGREE. Certaines activités d’eau prévues à Goma, Bukavu, Beni et Butembo ont été retirées ou suspendues.
Pour l’électricité, le Fonds Mwinda continue d’examiner plusieurs projets, notamment à Goma et Bukavu, mais les décisions de financement restent conditionnées à l’évolution de la situation sécuritaire. Beni et Butembo demeurent également éligibles sous cette réserve.
Le programme de mini-réseaux Scaling Mini-Grid est par ailleurs abandonné à Mbuji-Mayi et Kananga, les retards accumulés ne permettant plus, selon la documentation du projet, de réaliser les investissements avant septembre 2029.
Le Fonds Mwinda renforcé
Le projet de Kabinda, dans le Lomami, est en revanche maintenu. Cofinancé par l’Agence française de développement, il prévoit notamment une centrale solaire de 11 MWc, associée à un système de stockage de 4 MWh, avec environ 100 000 personnes à raccorder d’ici fin 2029.
Les ressources maintenues dans AGREE doivent être réallouées vers les activités jugées les plus susceptibles d’être exécutées. Il est notamment prévu de porter l’enveloppe du Fonds Mwinda à 100 millions de dollars et de renforcer les investissements d’électrification sur le réseau de distribution de la SNEL à Kinshasa.
Le Fonds Mwinda vise à soutenir l’électrification portée par des opérateurs privés, notamment à travers les mini-réseaux et les systèmes solaires domestiques. La cible de ménages raccordés par ces opérateurs, initialement fixée à 105 000, doit être revue à la hausse dans le cadre de la restructuration.
Des résultats encore très éloignés des objectifs
Le redimensionnement intervient alors que l’exécution physique d’AGREE, approuvé en mars 2022, reste très en retrait par rapport aux objectifs initiaux. Dans son rapport du 22 septembre, la Banque mondiale maintient à « modérément insatisfaisant » son appréciation des progrès vers l’objectif de développement du projet. Le niveau global de risque reste classé « élevé ».
À juin 2026, l’indicateur mesurant le nombre de personnes bénéficiant d’un service électrique nouveau ou amélioré affichait encore zéro bénéficiaire comptabilisé, contre une cible de 4,047 millions de personnes en septembre 2029. Pour l’eau, l’indicateur relatif à l’accès à au moins un service de base restait également à zéro en septembre 2026, pour une cible finale de 1,17 million de personnes.
Le suivi du Compact énergétique dans le cadre de Mission 300 illustre également le retard pris dans l’électrification. Pour 2026, environ 24 000 personnes devraient être raccordées, principalement grâce à l’expansion du réseau de la SNEL à Gbadolite, contre une cible nationale annuelle de 2 millions de personnes. Ce chiffre représente environ 1,2 % de l’objectif.
Les difficultés d’exécution ne sont pas nouvelles. Dès mars 2025, une mission de supervision de la Banque mondiale relevait des retards dans plusieurs activités et avait ramené l’objectif de décaissement de l’exercice 2025 de 62 à 23 millions de dollars, notamment en raison des délais dans la préparation des marchés d’eau à Kananga et de la situation sécuritaire à Goma.
100 millions $ de décaissements visés en 2027
La faiblesse de l’exécution apparaît également dans les décaissements. Selon le rapport de septembre, environ 34,05 millions de dollars avaient été décaissés sur le crédit IDA de 200 millions de dollars, soit 17,03 %. Sur le don IDA associé, les décaissements atteignaient environ 22,28 millions de dollars, soit 7,57 % des près de 300 millions de dollars.
La Banque mondiale prévoit néanmoins une accélération et vise 100 millions de dollars de décaissements durant l’exercice 2027. Deux contrats représentant environ 130 millions de dollars ont été signés les 9 et 14 septembre pour les travaux d’eau à Kananga. Ils devraient générer une avance de 52 millions de dollars. Environ 30 millions supplémentaires sont attendus des contrats d’extension et de densification du réseau électrique de la SNEL à Kinshasa.
Malgré la réduction de son financement et de son périmètre, AGREE conserve ses trois objectifs initiaux : élargir l’accès à une électricité d’origine renouvelable et à l’eau potable dans certaines zones urbaines et périurbaines, améliorer les performances commerciales de la SNEL et de la REGIDESO et renforcer les capacités des institutions nationales et provinciales du secteur.
Bankable / Provinces26rdc.com
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