En France, à près d’un an du scrutin, ce n’est ni un candidat ni un programme qui fait débat, mais le calendrier. Le Conseil des ministres a arrêté, mardi 30 juin, les dates de l’élection présidentielle de 2027 : le premier tour se tiendra le dimanche 18 avril et le second le dimanche 2 mai. Un choix conforme aux exigences de la Constitution, mais qui suscite déjà de nombreuses interrogations. Car cela soumet la fête du Travail, le 1er-Mai, à la règle du silence politique.
Avec ces dates, les plus tardives autorisées par la Constitution, certains pointent le choix du président français Emmanuel Macron comme politique. Car le choix du futur président se faisant le lendemain du 1er-Mai, la Fête du Travail sera soumise au silence électoral. La veille d’un scrutin, le code électoral prévoit une pause de la campagne et interdit donc « toute propagande officielle », « toute réunion électorale », « toute distribution de tracts », ou tout entretien d’un candidat dans les médias.
Plus largement, les camps politiques doivent s’abstenir de poursuivre les débats qui auront animé la campagne.
Or, le 1er-Mai est historiquement une journée de mobilisation syndicale aux accents souvent politiques.
Le candidat des Républicains à l’élection présidentielle, Bruno Retailleau, a dénoncé un exécutif qui aurait fait « le choix de la gauche » : « Ce choix n’est pas neutre » et « pas normal sur le plan démocratique », a-t-il insisté sur Europe 1 et Cnews, des chaînes dans le giron du milliardaire ultraconservateur Vincent Bolloré. Il a estimé que les manifestations syndicales de la Fête du travail étaient parfois marquées par des « débordements », soupçonnant l’exécutif d’adopter une « stratégie du chaos » et de faire « le choix de la gauche » qui « pense qu’un second tour après le 1er-Mai, ça l’avantagera ».
« S’il y a de la casse la veille du vote, cela peut favoriser les partisans de l’ordre »
« Intuitivement, j’aurais dit le contraire : s’il y a de la casse la veille du vote, cela peut favoriser les partisans de l’ordre », répond un conseiller de l’exécutif.
À l’Assemblée nationale, la critique de Bruno Retailleau ne fait toutefois pas l’unanimité au sein même de la droite. Le député LR Hubert Bricout estime que le calendrier n’aura aucune incidence sur le résultat. « Je ne vois pas bien ce que cela changera. Les Français auront déjà fait leur choix le 1er-Mai », fait-il valoir.
La députée écologiste Sandrine Rousseau tourne la polémique en dérision. « S’ils perdent, ce ne sera pas à cause du 1er-Mai, ce sera à cause de la faiblesse de leur programme ou du ras-le-bol des Françaises et des Français des programmes libéraux de droite. Que ce soit juste avant ou juste après le 1er-Mai, cela ne changera strictement rien », affirme-t-elle.
Le baron du Rassemblement national Sébastien Chenu a lui aussi déploré une « petite manœuvre » pour « voir le 1er-Mai les habituels opposants du RN bras dessus bras dessous » contre le candidat du parti lepéniste, s’il est qualifié pour le second tour comme le prédisent tous les sondages à ce jour. D’autant que ce jour-là, la formation d’extrême droite tient traditionnellement son propre meeting, ce qui ne sera « probablement pas » possible en 2027 en raison du « silence électoral », reconnaît Sébastien Chenu devant l’Association des journalistes parlementaires.
À gauche, le coordinateur de La France insoumise Manuel Bombard a expliqué à l’AFP que son mouvement avait « défendu » les dates les plus tardives, car elles « permettent d’avoir une campagne plus longue ». Il a convenu que le camp de son candidat, Jean-Luc Mélenchon, « ne pourra évidemment pas prendre la parole le 1er-Mai ».
Le gouvernement appelle à relativiser
Aucun choix n’était idéal, toutefois : soit les 11 et 25 avril, soit les 18 avril et 2 mai. L’exécutif devait trancher entre la fin de son quinquennat, les vacances scolaires et le symbole du 1er-Mai.
La porte-parole du gouvernement Maud Brégeon assure pour sa part que « les règles seront les mêmes qu’à l’habitude ». Elle rappelle qu’« il y a une période de réserve » et que « des dates ont été fixées », estimant que d’autres choix auraient également suscité des critiques, notamment en raison des vacances scolaires. « J’entends que cela ne convienne jamais parfaitement aux uns et aux autres. Là, je crois qu’il faut relativiser », conclut-elle.
En fixant le second tour au 2 mai, Emmanuel Macron choisit la date la plus proche de la fin effective de son quinquennat. Le chef de l’État a indiqué à plusieurs reprises qu’il gouvernerait jusqu’au « dernier quart d’heure ».
rfi / Provinces26rdc.com
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