Mémoire, reconnaissance et justice réparatrice doivent devenir les fondements d’un engagement international durable envers le peuple congolais
Aujourd’hui, nous ne sommes pas réunis simplement pour parler du passé. Nous sommes réunis pour comprendre le présent et construire l’avenir. La commémoration du génocide congolais ne saurait se réduire à un simple exercice de mémoire. Elle constitue un acte de responsabilité envers les millions de Congolais qui ont perdu la vie, envers les survivants qui continuent de porter les blessures et les conséquences des violences, mais aussi envers les générations futures, qui ont le droit d’hériter d’un pays en paix.
Depuis plusieurs décennies, la République démocratique du Congo endure des cycles de conflits armés, de massacres, de déplacements forcés de populations, de violences sexuelles, de destructions de communautés et d’exploitation de ses ressources naturelles dans un contexte persistant d’insécurité.
Derrière chaque statistique se trouve une vie humaine. Une mère. Un père. Un enfant. Une famille. Une communauté. C’est pourquoi la mémoire est essentielle. Mais la mémoire, à elle seule, ne suffit pas.
De la mémoire à la reconnaissance
Lorsque nous commémorons les victimes des tragédies qui ont frappé le peuple congolais, nous ne demandons pas à la communauté internationale de simplement tourner son regard vers le passé. Nous lui demandons de comprendre combien les blessures d’hier continuent de façonner les réalités d’aujourd’hui.
Les violences subies par les communautés congolaises ne peuvent être dissociées des enjeux de justice, de responsabilité, de sécurité régionale et de protection des populations civiles. De même, aucune paix durable ne peut être construite si la souffrance des victimes est oubliée, relativisée ou reléguée au second plan.
La reconnaissance implique donc une responsabilité profonde. Elle signifie préserver la mémoire et la parole des victimes. Elle signifie documenter les violations commises.
Elle signifie accompagner et soutenir les survivants. Elle signifie combattre l’impunité. Et elle signifie surtout placer celles et ceux qui ont souffert au cœur des efforts de justice, de réparation et de réconciliation. La justice est indissociable de la paix
Il ne peut y avoir de paix durable sans justice.
La paix doit être bien davantage qu’une simple absence, même temporaire, des armes. Elle doit créer les conditions permettant aux citoyens congolais de vivre sans peur, aux familles déplacées de retourner dans leurs communautés en toute sécurité, aux enfants d’aller à l’école, aux femmes de vivre sans la menace permanente de la violence et aux communautés meurtries de reconstruire leur avenir dans la dignité.
Cela exige que les responsabilités soient établies. Cela exige également une véritable justice réparatrice. Les victimes et les survivants méritent davantage que notre compassion. Ils ont droit à des institutions capables de reconnaître leurs souffrances et à des mécanismes susceptibles de répondre concrètement aux conséquences des violences qu’ils ont endurées.
La justice ne doit donc pas être considérée comme un obstacle à la réconciliation. Elle en constitue, au contraire, l’un des fondements essentiels.
La communauté internationale a une responsabilité
La tragédie vécue par la République démocratique du Congo ne peut continuer à demeurer en marge de la conscience internationale. Le monde doit entendre la voix des victimes congolaises avec la même attention, la même considération et la même humanité que celles accordées aux victimes d’atrocités de masse ailleurs dans le monde.
Notre responsabilité collective est de faire en sorte que les souffrances du Congo ne soient ni banalisées ni oubliées. La République démocratique du Congo a besoin d’une solidarité internationale qui dépasse les simples déclarations de préoccupation.
Cette solidarité exige un engagement diplomatique soutenu, une protection effective des populations civiles, un appui aux mécanismes de justice et de lutte contre l’impunité, le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de notre pays, ainsi qu’un engagement véritable en faveur de la fin des cycles de violence qui ont meurtri plusieurs générations.
La communauté internationale doit également comprendre que la paix en République démocratique du Congo n’est pas seulement une question congolaise. Un Congo stable contribue à la stabilité de l’Afrique centrale, de la région des Grands Lacs et du continent africain. Dans un monde où les interdépendances économiques, environnementales et stratégiques sont de plus en plus fortes, la stabilité de la République démocratique du Congo revêt également une importance internationale croissante.
Bâtir l’avenir
Toute commémoration nous place finalement devant une question fondamentale :
Quel avenir voulons-nous bâtir à partir de la mémoire de celles et ceux que nous avons perdus ?
Notre réponse doit être celle d’un avenir dans lequel la dignité humaine est protégée. Un avenir dans lequel les victimes sont entendues. Un avenir dans lequel la justice se substitue à l’impunité.
Un avenir dans lequel les enfants congolais héritent d’opportunités plutôt que de conflits. Un avenir, enfin, dans lequel la République démocratique du Congo sera connue dans le monde non pas principalement pour les tragédies qu’elle a traversées, mais pour la résilience et la force de son peuple, la richesse de sa culture, l’immensité de son potentiel et sa contribution à l’avenir de l’humanité.
C’est tout le sens de notre rassemblement. Nous nous souvenons du passé parce que les victimes ont droit à la mémoire. Nous cherchons à comprendre le présent parce que les causes et les conséquences de la violence doivent être affrontées avec lucidité et responsabilité.
Et nous construisons l’avenir parce que la mémoire doit conduire à la responsabilité, à la justice et à l’action. Aujourd’hui, nous ne sommes pas réunis simplement pour parler du passé. Nous sommes réunis pour comprendre le présent et construire l’avenir. Puissent ces paroles être davantage que le message d’une commémoration.
Puissent-elles devenir un engagement — celui de la République démocratique du Congo et de toutes celles et ceux qui, à travers le monde, considèrent que la vie, la dignité, la justice et l’avenir du peuple congolais comptent.
Mme Kapinga Yvette Ngandu
Ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de la République démocratique du Congo auprès des États-Unis d’Amérique
Ouragan / Provinces26rdc.com
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