Germanium : pourquoi la Belgique sécurise les approvisionnements d’Umicore en RDC

Le Conseil des ministres belge a approuvé l’octroi d’une garantie de l’État destinée à soutenir le préfinancement des approvisionnements d’Umicore en germanium auprès de la Société pour le traitement du terril de Lubumbashi (STL), filiale de Gécamines. La décision a été annoncée le 29 juillet 2026 par le ministère congolais des Mines, après l’examen du dossier par le gouvernement belge le 10 juillet.

Selon plusieurs médias belges, le mécanisme devrait être mis en œuvre par Credendo, l’agence belge d’assurance-crédit. Aucun document détaillé n’a toutefois été publié sur le montant couvert, la durée de la garantie, la part du risque prise en charge ou les conditions de son activation.

Ce soutien public ne crée pas une nouvelle relation commerciale entre les deux entreprises. Umicore et STL sont déjà liés depuis mai 2024 par un accord exclusif de long terme portant sur le germanium récupéré dans les résidus miniers de Big Hill, à Lubumbashi.

Dans le cadre de cet accord, Umicore apporte son expertise technique à STL afin d’optimiser son unité hydrométallurgique, d’accroître progressivement sa capacité de production et de stabiliser la qualité du concentré de germanium.

En contrepartie, le groupe belge bénéficie d’un accès exclusif et pluriannuel au germanium produit par STL. Umicore présentait déjà ce partenariat comme une source de volumes substantiels appelée à diversifier ses approvisionnements.

En octobre 2024, l’entreprise annonçait la préparation de l’expédition vers la Belgique du premier lot de concentré de germanium produit dans la nouvelle usine de STL.

La garantie approuvée par la Belgique vise donc avant tout à accompagner la montée en puissance des futurs volumes, en réduisant le risque financier associé aux avances consenties par Umicore à son fournisseur congolais.

Chaîne de valeur asymétrique

Le germanium provient de Big Hill, un ancien terril contenant environ 10 millions de tonnes de scories accumulées au cours de plusieurs décennies d’activités minières et métallurgiques. À partir de ces résidus, STL récupère plusieurs métaux, notamment le zinc, l’argent, le cobalt, le cuivre et le germanium.

La mise en service, en 2023, d’une installation hydrométallurgique permet désormais à STL d’extraire le germanium et de produire un concentré en RDC. Auparavant, cette matière était traitée par des raffineurs établis à l’étranger.

Cette évolution constitue une avancée dans la valorisation locale des ressources minérales. La RDC ne se contente plus d’exporter des résidus miniers et réalise désormais une première étape de transformation industrielle sur son territoire.

La transformation demeure toutefois incomplète. Après son traitement à Lubumbashi, le concentré est expédié en Belgique, où Umicore le raffine avant de le transformer en matériaux utilisés notamment dans les fibres optiques, les cellules solaires, les composants électroniques et d’autres applications de haute technologie. Le groupe belge dispose notamment, sur son site d’Olen, d’installations spécialisées dans la production de lingots et de substrats de germanium de haute pureté.

Ce schéma s’inscrit dans les objectifs de la feuille de route lancée en décembre 2024 entre la RDC et l’Union européenne sur les chaînes de valeur des substances minérales stratégiques et critiques. Celle-ci vise notamment à promouvoir la transformation locale, le transfert de technologies, le développement des infrastructures, la traçabilité ainsi que le renforcement des compétences.

La chaîne de valeur demeure donc répartie de manière asymétrique : STL assure le retraitement des scories et la production du concentré, tandis que les opérations de raffinage de haute pureté et de fabrication des matériaux à plus forte valeur ajoutée restent réalisées en Belgique.

Enjeu stratégique pour l’Union européenne

La garantie accordée par la Belgique répond à un objectif de sécurisation des approvisionnements d’Umicore. Elle vise à soutenir une entreprise nationale disposant de capacités industrielles rares, tout en contribuant à diversifier ses sources de matières premières.

Le germanium figure parmi les matières premières critiques pour plusieurs secteurs stratégiques, notamment les télécommunications, l’électronique, les technologies spatiales, la défense et la transition énergétique. La sécurisation de son approvisionnement constitue ainsi un enjeu de politique industrielle pour l’Union européenne.

Deux projets d’Umicore liés au germanium figurent d’ailleurs parmi les projets stratégiques retenus par la Commission européenne afin de renforcer les capacités industrielles du continent, notamment dans le recyclage et l’utilisation durable de ce métal.

Pour la RDC, ce partenariat constitue l’un des premiers exemples de transformation locale appliquée à une substance minérale critique. Il permet de valoriser un ancien stock de résidus miniers, de développer des compétences industrielles et de sécuriser un débouché auprès d’un acheteur international.

Il met toutefois en évidence les limites actuelles de cette montée en gamme. Si la RDC réalise désormais une première étape de transformation industrielle, le raffinage de haute pureté et la fabrication des composants les plus rémunérateurs demeurent, à ce stade, localisés en Belgique.

 


Bankable / Provinces26rdc.com

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