Israël et les Etats-Unis ne poursuivent pas forcément les mêmes buts en Iran

Interrogé lundi dans La Matinale de la RTS, le spécialiste du Moyen-Orient Jean-Paul Chagnollaud a pointé du doigt le flou qui entoure les objectifs du gouvernement américain en Iran. A l’inverse, le but d’Israël est plus net et n’a pas varié depuis plusieurs années: détruire la République islamique.

Dans cette guerre, Washington et Tel-Aviv ne poursuivent pas exactement les mêmes buts, estime le professeur Jean-Paul Chagnollaud, pour qui celui des Américains est flou: « Franchement, on peut s’interroger sur les raisons de Donald Trump, si ce n’est évidemment le fait que ce régime a souvent menacé les Etats-Unis ».

Celui d’Israël, en revanche, est plus clair depuis la prise de pouvoir de Benjamin Netanyahu: détruire le régime iranien. « Très souvent, dès les années 2012-2013, il a essayé de mettre en place des attaques contre l’Iran, mais les Etats-Unis ont toujours dit non. Là, dans une configuration tout à fait singulière, il a pu le faire avec l’appui concret, matériel et opérationnel des Etats-Unis », commente-t-il.

Les Etats-Unis sont en couverture. Ceux qui sont réellement à la manœuvre, ce sont les Israéliens

Karim Sader, politologue spécialiste du golfe Persique

Benjamin Netanyahu remis en selle

Cette opération militaire « est d’abord et avant tout une opération israélienne dans laquelle les Etats-Unis ont été entraînés parce qu’ils doivent venir en soutien », va même jusqu’à estimer le politologue Karim Sader, interrogé lui aussi dans La Matinale. « Les Etats-Unis sont en couverture. Ils apportent leur logistique évidemment militaire, leurs équipements… Mais ceux qui sont réellement à la manœuvre, ce sont les Israéliens ».

Autres facteurs pointés par Jean-Paul Chagnollaud, les questions de politique intérieure qui, côté israélien, ont joué en faveur d’une intervention: « Pour Netanyahu, il y a une autre raison très importante, c’est rester au pouvoir. Il était en baisse dans les sondages. Or, il y a unanimité en Israël contre l’Iran. Ça le remet donc en position de force. Et puis […] on a enseveli la question palestinienne. Tout ce qui se passe à Gaza, en Cisjordanie, est complètement enseveli par ce qui se passe en Iran », constate le spécialiste du Moyen-Orient.

Par la force, on obtient bien sûr des résultats! Mais derrière eux, il y a des morts, des cendres, des ruines, des destructions. Il n’y a rien de construit

Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des universités et président d’honneur de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient

Israël, seule grande puissance du Moyen-Orient?

Israël est-il en train d’atteindre son objectif final, redessiner le Moyen-Orient pour occuper la place de seule grande puissance de la région? « Si on parle de puissance simplement militaire, oui. Mais là, dominer sur le plan militaire, ça veut dire écraser les autres », nuance Jean-Paul Chagnollaud. « Ecraser le Liban, la Syrie, les Palestiniens, la société iranienne… »

« Par la force, on obtient bien sûr des résultats! Mais derrière eux, il y a des morts, des cendres, des ruines, des destructions; il n’y a rien de construit. Or, ce qui est fondamental si on veut un nouvel ordre au Moyen-Orient, c’est de construire. Et le seul moyen de le faire passe par la diplomatie, la négociation, la paix. Avec par exemple un traité de paix entre Israéliens et Palestiniens. On est à 1000 années-lumière de ça », déplore-t-il, avant de pointer le terrain perdu par rapport à l’accord sur le nucléaire de 2015 entre l’Iran et l’Occident.

« Imaginons que cet accord ait été maintenu. Il y aurait aujourd’hui un tas de sociétés internationales en Iran, il y aurait un autre monde… », conclut Jean-Paul Chagnollaud.

Une guerre lancée en totale indifférence au droit international

L’opération conjointe menée par les Etats-Unis et Israël est menée hors de tout consensus international, a tenu à souligner Jean-Paul Chagnollaud en préambule de son interview sur les ondes de RTS-Première.

On est évidemment dans la violation complète du droit international, et sans doute aussi du droit humanitaire

Jean-Paul Chagnollaud

« Si vous regardez la Charte des Nations unies, c’est extrêmement simple. On peut utiliser la force dans deux cas: en cas de légitime défense et si le Conseil de sécurité des Nations unies l’a autorisé. On n’est absolument pas dans ces cas-là en ce qui concerne les Etats-Unis. En aucune manière l’Iran ne les menaçait concrètement […] Et pour Israël, c’est la même chose, même s’il y a bien entendu une énorme intensité conflictuelle entre eux. On est donc, évidemment, dans la violation complète du droit international, et sans doute aussi du droit humanitaire », tranche Jean-Paul Chagnollaud.

L’accord sur le nucléaire iranien de 2015, une nouvelle ère qui n’a pas duré

De Washington à Moscou en passant par Téhéran, les dirigeants du monde entier avaient salué l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015 à Vienne, y voyant la « chance » d’une nouvelle ère dans les relations internationales.

« Cet accord nous donne une chance d’aller dans une nouvelle direction. Nous devons la saisir », s’était félicité le président américain Barack Obama depuis la Maison Blanche. Fait rare, son allocution avait été retransmise en direct par la télévision publique iranienne.

Derrière cette quasi-unanimité, une voie discordante: celle du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. « Cet accord est une erreur historique pour le monde », avait-il déclaré depuis Jérusalem, avant de lancer: « L’Iran va recevoir des centaines de milliards de dollars qui vont lui permettre de faire fonctionner sa machine de terreur, son agression et son expansion au Moyen-Orient et dans le monde entier ».


RTS / Provinces26rdc.com

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