Autrefois l’un des moteurs de l’économie dans la plaine du lac Albert, la culture du coton traverse aujourd’hui une période difficile en Ituri. Baisse de la production, difficultés d’écoulement, routes dégradées, manque d’encadrement des producteurs et arrêt de certaines unités de transformation freinent le développement de cette filière. À l’occasion de la Journée mondiale du coton, célébrée le 7 octobre, l’opérateur économique et ancien vice-gouverneur de l’Ituri, Pacifique Keta, appelle à relancer toute la chaîne de valeur.
Dans la plaine du lac Albert, la culture du coton représentait autrefois une activité économique importante. Les périodes de culture et surtout de récolte contribuaient à dynamiser l’économie locale et procuraient des revenus à la population.
Aujourd’hui, la situation a changé. La production a baissé, notamment vers Mahagi, tandis que les producteurs font face à plusieurs obstacles pour écouler leurs récoltes.
« Pendant la période de culture et surtout de récolte du coton, on sentait que l’économie tournait. Mais avec tous les problèmes qu’a connus Sotexki, la situation s’est dégradée », explique Pacifique Keta.
Une production en baisse et des débouchés limités
Selon l’ancien vice-gouverneur de l’Ituri, les difficultés rencontrées par la Sotexki ont contribué au déclin de la filière. À cela s’est ajoutée la concurrence des tissus chinois, qui a affecté la compétitivité du coton produit localement.
« Je pense aussi qu’il y a eu la concurrence des tissus chinois, qui a fait que le coton n’était plus vraiment compétitif. La population continue à produire du coton, mais la production a baissé », souligne-t-il.
Malgré ces difficultés, des habitants continuent de cultiver le coton. Mais faute de débouchés suffisamment structurés, une partie de cette production prend la direction de l’Ouganda, selon Pacifique Keta.
Il dénonce particulièrement les circuits informels utilisés pour faire traverser la production à la frontière.
« Aujourd’hui, une grande partie du coton traverse vers l’Ouganda. Et souvent, ce n’est même pas dans le cadre d’une exportation légale : cela passe frauduleusement par la frontière, sans que l’État ni la population puissent réellement en bénéficier », affirme-t-il.
Relancer toute la chaîne de valeur
Pour Pacifique Keta, la relance du coton en Ituri nécessite une intervention sur plusieurs fronts. Il plaide notamment pour la réhabilitation des infrastructures, l’accompagnement des producteurs et la reprise de l’industrie textile.
L’amélioration des routes permettrait de faciliter l’évacuation des récoltes, tandis qu’un meilleur encadrement des producteurs pourrait contribuer à redynamiser la production. La reprise des activités de transformation constitue également un élément important pour recréer des débouchés pour le coton produit localement.
Au-delà des retombées économiques, Pacifique Keta établit également un lien entre les possibilités de revenus offertes à la population et la réduction de la violence dans la région.
« Je dis toujours que dès que la population est occupée et qu’elle a une activité qui peut lui procurer des revenus, il y a moins de violence dans la région. Mais lorsque la population n’a pas de quoi s’occuper, les difficultés s’accumulent », estime-t-il.
À l’occasion de la Journée mondiale du coton, l’enjeu en Ituri est donc de remettre sur pied une filière autrefois créatrice d’activité économique dans la plaine du lac Albert. Pour y parvenir, la réhabilitation des infrastructures, l’encadrement des producteurs, l’amélioration de l’écoulement des récoltes et la relance de la transformation apparaissent comme les principaux défis à relever.
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