Le Brésil demande le départ de l’ambassadeur argentin sur fond de tensions avec Javier Milei

Buenos Aires a annoncé mardi avoir été informé que Brasilia avait demandé le départ de son ambassadeur et abaissait le niveau de sa représentation diplomatique en Argentine. Cette décision intervient après de nouvelles attaques de Javier Milei contre Luiz Inacio Lula da Silva.

Nouvelle crise diplomatique entre les deux géants d’Amérique du Sud. Le gouvernement argentin a annoncé mardi 4 août avoir été informé que le Brésil avait sollicité le départ de l’ambassadeur argentin à Brasilia et réduirait désormais sa représentation diplomatique à Buenos Aires au niveau de chargé d’affaires.

Ce pic inédit de tension entre les deux géants voisins d’Amérique du Sud intervient sur fond d’insultes répétées du président ultralibéral argentin Javier Milei envers son homologue de centre gauche Luiz Inacio Lula da Silva, qui avaient déjà valu la semaine dernière le rappel de l’ambassadeur brésilien à Brasilia pour consultations.

Dans un communiqué publié mardi soir, le ministère argentin des Affaires étrangères a annoncé que son ambassadeur au Brésil avait été convoqué dans la journée par la chancellerie brésilienne, qui lui a communiqué la décision « de réduire le niveau de représentation diplomatique bilatérale à celui de chargé d’affaires et de demander son retour » en Argentine.

Le gouvernement argentin « prend note de cette décision adoptée unilatéralement » par le Brésil, et « regrette sa décision de continuer à s’isoler du reste de la région pour des raisons purement idéologiques », ajoute le communiqué de la chancellerie argentine.

« Voleur », « corrompu »

Cette escalade de crispation survient deux jours après des attaques renouvelées de Javier Milei contre Lula. Dans une interview sur une télévision argentine dimanche, il l’avait traité de « voleur » et de « corrompu ».

Une récidive, en réalité, car il avait déjà tenu des propos similaires à l’origine d’un début de crise diplomatique. Fin juillet, Javier Milei avait ainsi qualifié Lula de « prisonnier » et « voleur » lors d’un meeting de soutien à la candidature présidentielle brésilienne de Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro, allié de Javier Milei.

Lula avait passé 580 jours en prison en 2018-2019 pour corruption dans le cadre d’un scandale retentissant. Mais ses condamnations avait ensuite été annulée, pour des motifs de procédure et parce que le juge avait été considéré comme partial.

Dans la foulée des propos de Javier Milei il y a dix jours, Brasilia avait rappelé pour consultation son ambassadeur en Argentine et convoqué l’ambassadeur argentin pour transmettre sa « réprobation ». Pour autant, l’Argentine, dans les jours suivants, avait tenté de minimiser l’incident, estimant que les divergences entre les deux dirigeants, à l’inimitié notoire, relevaient « d’une dimension idéologique et politique ».

Des élections à venir

Le chef de la diplomatie argentine, Pablo Quirno, avait abondé en ce sens, soulignant que du point de vue argentin, « il n’y a absolument aucune possibilité que, de (leur) côté, la relation (diplomatique) se rompe ». « Nous n’avons jamais répondu à un différend politique par une mesure institutionnelle, a réaffirmé la chancellerie argentine mardi. C’est ce critère que l’Argentine soutient aujourd’hui. »

Reste que l’annonce du rabaissement de la représentation brésilienne à Buenos Aires au niveau de chargé d’affaires marque un cran de plus. Cette crispation sans précédent récent a un arrière-plan commun dans les deux pays : des élections.

Revenu au pouvoir en 2023, Lula, s’est lancé dimanche, à 80 ans, dans la course pour un quatrième et dernier mandat lors du scrutin d’octobre prochain au Brésil, se déclarant « en pleine forme ». Et en Argentine, Javier Milei, président depuis décembre 2023, évoque désormais de plus en plus ouvertement une candidature à sa succession, lors d’élections en octobre 2027.

« Je le fais parce que je suis un croisé des idées de la liberté », avait justifié dimanche l’ultralibéral argentin, en référence à ses sorties virulentes contre des gouvernements de gauche ou centre gauche, en Amérique latine ou ailleurs, comme l’Espagne de Pedro Sanchez.

 


AFP / France 24 / Provinces26rdc.com

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