Le Burkina ne rompt pas avec la France, il organise son isolement

Le 26 juin dernier, la junte au Burkina prenait l’initiative de rompre ses relations diplomatiques avec la France. Vous nous donnez quelques clés pour comprendre cette décision.

Une singulière conception des relations internationales fonctionnant au culot à la façon du caïd du quartier. La souveraineté n’appartient pas au peuple, mais au souverain qui a tous les droits. Une conception singulière aussi du pays. Un enclos où vivent des habitants dont il faut organiser l’accès aux prairies où l’herbe a des vertus endorphines. Mais comme on n’est jamais assez prudent, il faut couper le pays des mauvaises influences extérieures. La France, ancienne puissance coloniale, promeut la démocratie et les droits humains, valeurs désormais exécrées sous ces latitudes sahéliennes. Dans l’enclos, on prend le pouvoir par la Kalachnikov et on tient le peuple par la terreur, en prenant soin d’éloigner les organisations régionales et internationales, enquiquineuses, la presse libre manipulatrice, interdite et honnie, mais regardée, malgré tout, en cachette par les censeurs. C’est la cour de Néron. Si l’empereur est fou, son entourage l’entretient dans cet état.

Y aurait-il un contentieux spécifique avec la France ?

Contrairement à Thomas Sankara, Ibrahim Traoré est né bien longtemps après les indépendances. Il a souffert bien plus de la malgouvernance des nationaux, qu’il reproduit, que des méfaits directs d’une ancienne colonisation. Mais dans cette Afrique des souffrances, chaque génération recycle les douleurs d’un passé, au lieu de le dépasser. La vision de Sankara était le dépassement. Celle d’Ibrahim Traoré est l’instrumentalisation. Sur son échiquier, il y a la France épouvantail, coupable parfait, qu’il faut brandir à chaque fois que tout va mal. Puis la myriade de petites mains, les activistes et les trolls, les chiens de garde de cette souveraineté qui aboient à la commande. Lénine les aurait qualifiés d’idiots utiles. Avec les réseaux sociaux, pour reprendre Umberto Eco : « Une légion de malfaisants qui avant ne parlaient que dans les grains, et ne causaient aucun tort à la collectivité ».

La France n’est pas seule à ne plus être la bienvenue au Burkina

Le Haut-Commissariat des droits de l’homme des Nations Unies, la junte fait fermer ses bureaux pour ne plus entendre les jérémiades de Volker Türk sur un « espace civique à préserver ». La CPI, un isolement pour s’aménager une impunité. Dans un Sahel tenaillé par les groupes terroristes, les juntes n’imaginent pas une stratégie de contreterrorisme différente de celle pratiquée par ceux qu’elles combattent. Elles veulent donc escalader avec les terroristes, sans témoins gênants. Elles appliquent ce que disait Staline : « Plus d’hommes, plus de problèmes. »

Ibrahim Traoré en difficulté, pense-t-il à la postérité ?

La base sociale de la junte, le mouvement sunnite, est en ébullition depuis l’arrestation, le 26 mai, de son guide spirituel, Imam Kindo. Ses partisans qui lisaient, à en perdre le souffle, le qunut – invocations spéciales en islam – pour que rien de fâcheux n’arrive à Ibrahim Traoré, n’en reviennent toujours pas de la brutale répression qui s’est abattue sur eux, quand ils ont exprimé leur réprobation. Au sommet du pouvoir, le numéro deux, le redoutable chef des Renseignements, Oumarou Yabré, qu’on dit proche de l’imam Kindo, n’a plus été vu en public depuis le 26 mai. Scénario classique de la guerre des numéros des pouvoirs militaires ? Fort possible. Rompre avec la France, quand tout va mal, c’est anticiper un récit de martyr. La rancunière France endossera d’avoir brisé le destin d’un authentique héros africain.


rfi / Provinces26rdc.com

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