Législatives en Israël : Benyamin Netanyahou et Gadi Eisenkot revendiquent conjointement la victoire après un vote indécis

Au lendemain des législatives en Israël, Benyamin Netanyahou apparaît fragilisé, mais son rival Gadi Eisenkot ne dispose pas d’une majorité claire. L’issue du scrutin reste incertaine.

issue du scrutin reste incertaine en Israël. Au lendemain des élections législatives du 27 octobre, les sondages à la sortie des urnes placent le Premier ministre sortant, Benyamin Netanyahou, au coude-à-coude avec son principal rival, Gadi Eisenkot. Si les premières projections laissent entrevoir un recul de la coalition de droite au pouvoir, elles ne permettent pas de désigner un vainqueur incontestable.

Les chaînes Kan 11 et Channel 13 créditent les deux blocs de 51 sièges chacun à la Knesset, tandis que Channel 12 accorde un léger avantage au camp mené par le Likoud de Netanyahou, avec 52 sièges contre 49 pour son adversaire. Dans les trois scénarios, aucun camp n’atteint les 61 sièges nécessaires pour obtenir la majorité absolue au Parlement, qui compte 120 députés.

Les résultats définitifs doivent encore confirmer ces projections. Selon la Commission électorale centrale, la participation a atteint 77,7 %, soit environ sept points de plus qu’en 2022 et son niveau le plus élevé depuis plusieurs décennies.

Une défaite annoncée, sans victoire pour l’opposition

Au lendemain du vote, les deux hommes ont revendiqué leur légitimité à diriger le pays, sans toutefois proclamer leur victoire. Dans la nuit, au siège du Likoud à Jérusalem, Benyamin Netanyahou a appelé à la formation d’un « gouvernement national fort, ancré à droite ».

Le Premier ministre sortant a également mis en avant les succès militaires d’Israël, évoquant une occasion historique d’éliminer la menace iranienne avec le soutien du président américain Donald Trump. Il a ainsi continué de défendre son bilan sécuritaire, alors que son gouvernement est vivement critiqué pour n’avoir pas empêché les attaques du Hamas du 7 octobre 2023.

De son côté, Gadi Eisenkot a estimé que les électeurs avaient rejeté le maintien de Benyamin Netanyahou au pouvoir. « Le peuple israélien a voté contre le mandat de Netanyahou en tant que Premier ministre d’Israël », a-t-il déclaré devant ses partisans à Tel-Aviv, appelant son rival à se retirer de la vie politique.

Le chef de l’opposition Yaïr Lapid a lui aussi dénoncé une défaite du Likoud, affirmant que la population avait signifié à ses dirigeants qu’il était temps de partir.

Pour Yohanan Plesner, président de l’Institut israélien pour la démocratie, les sondages de sortie des urnes témoignent d’un revers majeur pour la coalition de Netanyahou. Il a toutefois souligné que Gadi Eisenkot ne pouvait pas encore être considéré comme un vainqueur incontestable, les rapports de force étant susceptibles d’évoluer pendant le dépouillement.

Les négociations de coalition, prochain obstacle

L’absence de majorité claire ouvre une période de négociations qui pourrait durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Dans le système parlementaire israélien, aucun parti n’a jamais obtenu seul la majorité absolue, rendant indispensable la formation de coalitions.

Les partis religieux d’extrême droite dirigés par Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich devraient obtenir ensemble 13 sièges dans le camp de Netanyahou, selon les projections. Les partis arabes, qui ne sont alignés sur aucun des deux grands blocs, pourraient quant à eux disposer de 18 sièges et jouer un rôle déterminant dans la constitution d’une majorité.

Mais cette configuration ne garantit pas à Gadi Eisenkot une accession au pouvoir. Le chef du parti Yashar, ancien chef d’état-major, a pratiquement exclu une alliance gouvernementale avec les partis arabes, compliquant ainsi ses possibilités de réunir une majorité parlementaire.

Cette impasse pourrait paradoxalement servir Benyamin Netanyahou. Le Premier ministre sortant pourrait rester en fonction à titre intérimaire pendant les négociations, voire jusqu’à la tenue de nouvelles élections si aucun accord ne permet de former un gouvernement. Une perspective à laquelle Eisenkot s’oppose, notamment au regard de la forte mobilisation électorale.

Pour être représentée à la Knesset, une liste doit recueillir au moins 3,25 % des suffrages, un seuil qui lui permet d’obtenir quatre sièges. Dans un Parlement fragmenté, les petites formations pourraient donc peser lourd dans les discussions à venir.

La sécurité au cœur du scrutin

Ce vote constitue le premier scrutin national organisé depuis les attaques meurtrières du Hamas du 7 octobre 2023. Ce jour-là, environ 1 200 personnes ont été tuées en Israël et 251 autres prises en otage, selon les chiffres rapportés dans les articles. L’attaque a déclenché une succession de conflits à Gaza, au Liban contre le Hezbollah et face à l’Iran.

Benyamin Netanyahou a été vivement critiqué pour les défaillances sécuritaires ayant permis cette attaque. Il a néanmoins défendu sa politique en affirmant avoir rendu Israël et le monde plus sûrs grâce à l’élimination de dirigeants du Hamas, du Hezbollah et de l’Iran.

Son rival a, lui aussi, placé la sécurité au centre de sa campagne, tout en critiquant la conduite de la guerre à Gaza. Gadi Eisenkot, qui a perdu un fils et deux neveux dans le conflit, met en avant son expérience militaire et se présente comme un centriste sur le plan intérieur.

Son opposition à Benyamin Netanyahou ne signifie toutefois pas une rupture avec la ligne sécuritaire dominante en Israël. Gadi Eisenkot s’oppose à la création d’un Etat palestinien et estime que la branche militaire du Hamas doit être détruite ou démantelée. Il considère néanmoins que la réponse israélienne à l’attaque du 7 Octobre a échoué, puisque le mouvement palestinien demeure au pouvoir à Gaza. Il s’est également montré critique envers les violences commises par des colons juifs contre les Palestiniens en Cisjordanie occupée, en recrudescence depuis 2023.

Un vote sanction après le traumatisme du 7 Octobre

Au-delà des rapports de force parlementaires, le scrutin a pris la forme d’un référendum sur la direction politique du pays depuis les attaques du Hamas. Les choix de la coalition de droite de Netanyahou ont accentué les divisions internes et contribué à l’isolement international d’Israël.

Le Premier ministre a toutefois continué de se présenter comme le dirigeant capable de tenir tête aux ennemis de l’Etat hébreu. Son parcours politique, marqué par près de 19 années cumulées à la tête du gouvernement, témoigne de sa capacité à surmonter des crises successives. Il aborde néanmoins cette nouvelle échéance fragilisé par les critiques sur les défaillances des services de renseignement et par les accusations de corruption auxquelles il fait face, qu’il conteste.

La mobilisation des électeurs arabes constitue également un élément notable du scrutin. A Nazareth, au siège de la Liste unifiée, alliance de plusieurs partis arabes, les résultats des sondages de sortie des urnes ont suscité des réactions mêlant applaudissements et sifflets. Les candidats espéraient qu’une participation élevée permettrait à leurs formations de peser dans la formation du prochain gouvernement.

 


Reuters / L’Express / Provinces26rdc.com

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