« Les vies congolaises ont la même valeur que les vies ukrainiennes », interpellent deux eurodéputés

Deux députés européens belges dénoncent le silence de l’Union européenne face à l’escalade du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo. Ils réclament des sanctions ciblées contre les responsables de la déstabilisation, notamment Joseph Kabila et les dirigeants rwandais accusés de soutenir le M23, ainsi qu’un renforcement de l’aide humanitaire.

Le silence de l’Europe face à la détérioration de la situation sécuritaire en République démocratique du Congo (RDC) devient difficilement justifiable. Dans un communiqué de presse conjoint, Elio Di Rupo, député européen du groupe des Socialistes et démocrates (S&D), et Hilde Vautmans, membre du groupe Renew Europe, appellent l’Union européenne à sortir de sa réserve et à passer des déclarations aux actes.

Au cœur de leur préoccupation : l’aggravation de la crise humanitaire dans l’est du pays et l’annonce par l’ancien président congolais Joseph Kabila de la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), un mouvement politico-militaire qui, selon les deux élus, inclut le M23. Une évolution qu’ils considèrent comme une nouvelle étape dans l’escalade du conflit et une menace pour la stabilité de l’ensemble du pays.

« Les vies congolaises ont la même valeur que les vies ukrainiennes », martèlent les deux parlementaires belges, estimant que la mobilisation européenne en faveur de l’Ukraine ne saurait justifier un traitement différencié des crises. « L’Europe doit sortir de son silence », insistent-ils, dénonçant une solidarité internationale qui semblerait dépendre davantage de la visibilité médiatique des conflits que de leur gravité humaine.

Une catastrophe humanitaire reléguée au second plan

Les chiffres avancés dans leur communiqué donnent la mesure de l’urgence. Environ 18,5 millions de personnes auraient besoin d’une assistance humanitaire en RDC, tandis que 26,5 millions seraient confrontées à une insécurité alimentaire aiguë. Les estimations des Nations unies évoquées par les deux élus font également état de 6,4 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays.

À cette crise s’ajoute un bilan humain qui se chiffre en millions de morts depuis les guerres qui ravagent le Congo depuis les années 1990. Pour Elio Di Rupo et Hilde Vautmans, cette tragédie ne peut plus être reléguée au second plan de l’agenda international.

Si l’attention portée à la guerre en Ukraine est légitime, soulignent-ils, elle ne doit pas conduire à instaurer un « deux poids, deux mesures » dans la réponse européenne aux conflits. Une différence de traitement qui, à leurs yeux, fragilise la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale.

Les deux députés plaident ainsi pour une réponse européenne à la hauteur des souffrances des populations congolaises, combinant pression diplomatique, sanctions ciblées et assistance humanitaire accrue.

Joseph Kabila, un acteur supplémentaire de l’escalade ?

L’annonce de la création du Front pour la refondation de la nation constitue, selon les deux parlementaires, un tournant préoccupant. Ils estiment que l’association de Joseph Kabila à une coalition politico-militaire comprenant le M23 fait peser un risque supplémentaire sur la stabilité de la RDC.

Les deux élus accusent cette rébellion, qu’ils affirment soutenue directement par le Rwanda, d’être responsable de graves exactions contre les populations civiles.

À leurs yeux, l’ancien chef de l’État congolais franchit un seuil en choisissant de s’inscrire dans une dynamique armée plutôt que de défendre ses ambitions par les voies politiques. Ils lui reprochent notamment de revendiquer le recours à la force pour renverser le pouvoir de Kinshasa, « par tous les moyens, y compris la force ».

Pour Elio Di Rupo et Hilde Vautmans, cette évolution dépasse désormais la seule dimension territoriale du conflit dans l’Est. Elle fait peser une menace sur l’équilibre politique de l’ensemble de la RDC et pourrait accentuer les tensions dans la région des Grands Lacs.

Dans ce contexte, les deux parlementaires réclament des sanctions ciblées contre Joseph Kabila et les responsables de son mouvement, estimant que l’Union européenne ne peut rester spectatrice face à une nouvelle escalade.

Kigali appelé à respecter l’accord de Washington

Le Rwanda occupe également une place centrale dans les préoccupations exprimées par les deux élus européens. Ils appellent Kigali et le président Paul Kagame à respecter les engagements pris dans le cadre de l’accord de Washington, présenté dans leur communiqué comme un instrument essentiel pour ramener la paix dans la région.

Le texte évoque notamment la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), le désengagement des forces rwandaises de la RDC et la levée des mesures défensives du Rwanda.

Pour les deux députés, ces engagements sont indissociables et doivent faire l’objet d’une mise en œuvre coordonnée et vérifiable. Ils estiment que Kigali ne peut invoquer la neutralisation des FDLR tout en faisant abstraction des obligations relatives au retrait de ses forces du territoire congolais et à la fin de son soutien au M23.

Elio Di Rupo et Hilde Vautmans demandent ainsi à l’Union européenne d’exiger l’application intégrale des engagements de Washington, d’appuyer leur vérification indépendante et de sanctionner les responsables qui contribueraient à la poursuite des hostilités.

Leur message est sans équivoque : un accord de paix ne saurait être appliqué de manière sélective. Sa crédibilité dépend, selon eux, de la capacité des parties à traduire leurs engagements en actes concrets.

Des sanctions ciblées et une aide humanitaire renforcée

Au-delà de la dénonciation politique, les deux parlementaires belges appellent les institutions européennes à mobiliser leurs leviers diplomatiques. Ils réclament des mesures restrictives visant aussi bien les responsables congolais qu’ils accusent de contribuer à la déstabilisation que les responsables rwandais impliqués, selon eux, dans le soutien au M23.

Joseph Kabila et les dirigeants du FRN figurent parmi les personnalités qu’ils souhaitent voir visées par ces sanctions. Ils demandent également que les responsables rwandais concernés soient tenus de rendre des comptes.

Parallèlement, les deux élus insistent sur la nécessité de maintenir et d’amplifier l’assistance humanitaire destinée aux populations civiles, premières victimes des affrontements et des déplacements forcés.

À leurs yeux, la réponse européenne ne peut se limiter aux condamnations diplomatiques. Elle doit se traduire par des mesures concrètes susceptibles de contribuer à la désescalade, au respect de la souveraineté congolaise et à la protection des civils.

« Condamner ne suffit pas, et les lamentations sont stériles ! », préviennent-ils, appelant l’Union européenne à assumer pleinement son rôle dans la recherche d’une solution durable à la crise.

Pour Elio Di Rupo et Hilde Vautmans, la crédibilité de l’Europe se joue désormais dans sa capacité à faire respecter les accords de paix qu’elle défend. Alors que la population congolaise continue de payer un lourd tribut au conflit, ils estiment que l’heure n’est plus aux déclarations de principe, mais à une action diplomatique et humanitaire déterminée.

 


Le Potentiel / Provinces26rdc.com

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