La pression militaire semble s’intensifier sur les positions de l’AFC/M23 dans plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Sur le terrain, des combats se poursuivent, tandis que des redditions de combattants rapportées ces derniers mois alimentent les interrogations sur la capacité du mouvement rebelle à maintenir ses effectifs et ses positions.
Dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, de violents affrontements ont de nouveau été signalés ce dimanche 4 octobre. Selon des sources locales citées dans plusieurs canaux de suivi du conflit, les combats ont commencé tôt dans la matinée dans le secteur de Katoyi.
Les Wazalendo auraient repris le contrôle de Mushongi après plusieurs heures d’affrontements. La localité se trouve à quelques kilomètres du centre de Katoyi.
La position de Mitimingi reste toutefois un point stratégique. Des combats y avaient déjà été signalés en septembre entre les Wazalendo, appuyés par les FARDC, et l’AFC/M23. Radio Okapi rapportait le 22 septembre que les Wazalendo tentaient de reprendre cette position, alors que des éléments de l’AFC/M23 lançaient des contre-attaques sur plusieurs axes.
Des combattants abandonnent les rangs
Au-delà des affrontements, plusieurs épisodes de reddition sont venus marquer les rangs du M23 au cours des derniers mois.
En avril, le commandement de la 34e région militaire avait annoncé la reddition de 263 combattants de l’AFC/M23 entre février et mars. Quatre officiers figuraient parmi les personnes ayant déposé les armes.
En mars, 20 combattants du M23-AFC et de Twiraneho s’étaient également rendus aux FARDC à Mikenge, dans le territoire de Fizi. Selon les autorités militaires citées à l’époque, certains avaient expliqué leur départ par les mauvaises conditions de vie et le traitement subi au sein des groupes armés. Des armes, dont des AK-47, une mitrailleuse PKM et un lance-roquettes RPG-7, avaient été remises aux FARDC.
En avril et mai, 204 autres combattants auraient déposé les armes dans plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, selon un bilan communiqué par la 34e région militaire. Certains se seraient présentés sans équipement, tandis que d’autres étaient décrits comme fortement épuisés.
Une nouvelle vague de redditions a encore été signalée en août dans le Sud-Kivu. Treize combattants de la coalition M23-Twiraneho-Red Tabara se sont rendus aux FARDC dans les localités d’Abala, Mulima et Kimete, selon l’Agence congolaise de presse, citant une source militaire.
Ces épisodes ne permettent pas, à eux seuls, de conclure à un effondrement du M23. Ils montrent néanmoins que le mouvement a connu plusieurs vagues de départs de combattants au cours de l’année.
Conditions difficiles et accusations d’abus
Les témoignages sur les conditions de vie au sein des structures contrôlées par le M23 sont particulièrement préoccupants.
Dans un rapport publié en juin, Human Rights Watch affirme avoir interrogé 102 anciens détenus, combattants et témoins. L’organisation documente des recrutements forcés, des détentions abusives, des passages à tabac, ainsi que des conditions marquées par la faim, la déshydratation et les maladies dans les camps de Rumangabo et de Tshanzu.
Selon les témoignages recueillis par l’organisation, certains détenus sont morts dans ces camps dans des circonstances liées notamment aux mauvais traitements, à la malnutrition, à la déshydratation ou à des exécutions.
Ces éléments concernent principalement la période allant de 2024 à 2025 et ne permettent pas, à eux seuls, d’établir la situation actuelle de l’ensemble des combattants du M23.
Des informations circulant actuellement sur les réseaux sociaux font par ailleurs état de combattants confrontés à des retards de solde, à la maladie et à de graves difficultés d’approvisionnement. Ces affirmations n’ont cependant pas pu être vérifiées indépendamment par notre rédaction.
Mushongi repris, Mitimingi reste stratégique
Dans le secteur de Katoyi, la bataille autour de Mitimingi reste déterminante pour les forces pro-gouvernementales.
Des analyses du conflit avaient déjà identifié cette position comme un point important sur l’axe Masisi-Kalehe-Walikale. Critical Threats indiquait en septembre que le M23 avait consolidé ses positions dans le sud de Masisi et que Mitimingi figurait parmi les secteurs disputés.
La reprise annoncée de Mushongi pourrait donc constituer un développement important pour les Wazalendo et les FARDC, mais son impact réel sur le rapport de forces reste à confirmer.
Les combats gagnent aussi le Sud-Kivu
Dans le territoire de Kalehe, au Sud-Kivu, des affrontements sont également signalés depuis ce dimanche entre les combattants du M23 et les Wazalendo dans les secteurs de Kafufula, Chambombo et Kashovu.
L’évolution de ces combats demeure difficile à établir avec précision, notamment en raison de l’accès limité aux zones concernées et de la circulation de bilans contradictoires.
Une chose est cependant claire : plusieurs fronts restent actifs dans les deux provinces du Kivu.
Une rébellion toujours capable de combattre
Malgré les redditions et les difficultés rapportées, il serait prématuré de parler de disparition du M23.
Le mouvement conserve des capacités militaires et contrôle toujours des territoires importants dans l’Est de la RDC. Les analyses récentes du conflit montrent qu’il a continué à consolider certaines positions, notamment dans le sud du Masisi, tout en menant des contre-attaques sur plusieurs axes.
Le tableau qui se dessine est donc plus nuancé : d’un côté, des redditions successives, des combattants qui quittent les rangs et des témoignages faisant état de conditions difficiles ; de l’autre, une structure armée qui conserve des capacités opérationnelles et continue de livrer bataille.
Dans ce contexte, la bataille de Katoyi, la position de Mitimingi et les combats signalés dans le Kalehe pourraient fournir de nouveaux indices sur l’évolution du rapport de forces dans les prochaines semaines.
Libre Grands Lacs / Provinces26rdc.com
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