À la suite d’une série de décisions contestées ayant provoqué des émeutes sanglantes à Lisala, le gouverneur de la province de la Mongala a quitté précipitamment ses fonctions, laissant la province dans un vide institutionnel critique. Dans une déclaration sans concession, le sénateur Bienvenu Essimba dresse le réquisitoire d’une gestion caractérisée par le déni de démocratie, l’autoritarisme et l’incompétence administrative.
La province de la Mongala traverse l’une des crises politiques et sécuritaires les plus graves de son histoire récente. Entre blocages institutionnels, détérioration des infrastructures de base et décisions fiscales impopulaires imposées par la force, la tension a fini par exploser à Lisala, le chef-lieu de la province.
Une cohabitation impossible et un blocage de deux ans
À l’origine de cette implosion, une crise de gouvernance qui remonte aux débuts du mandat provincial. Selon les révélations du sénateur Bienvenu Essimba, le gouverneur a neutralisé dès son élection son propre vice-gouverneur, l’empêchant d’exercer ses prérogatives constitutionnelles pendant près de deux ans.
Malgré les tentatives de conciliation menées à Kinshasa par le Vice-Premier Ministre en charge de l’Intérieur et diverses autorités compétentes, le chef de l’exécutif provincial s’est obstiné dans un refus de cohabitation, paralysant l’action publique et retardant le développement de la province alors que les entités voisines progressaient.
Négligence des infrastructures et mépris de la population
À ce blocage politique s’ajoute l’abandon des infrastructures vitales de la ville de Lisala. Déjà menacée par des têtes d’érosion dévastatrices ayant emporté plusieurs grandes artères, la ville a perdu son dernier pont stratégique, dit pont « Essimba », lors des dernières pluies.
« Alerté par la population sur la nécessité d’entretenir ces ouvrages pour éviter leur effondrement, le gouverneur a délibérément refusé d’intervenir, par simple revanche politique du fait que ces ponts avaient été bâtis sous une administration précédente », déplore l’ancien gouverneur de la Mongala.
Ce désintérêt pour les urgences sociales tranche avec les initiatives privées des figures politiques originaires de la province, à l’instar du ministre Molendo Sakombi. Reconnu comme l’un des grands bâtisseurs de la région, ce dernier a dû financer sur ses propres deniers des travaux d’urgence et d’équipement public, allant jusqu’à financer la clôture du gouvernorat et du siège de l’Assemblée provinciale pour pallier les carences de l’exécutif provincial.
L’étincelle fiscale et le drame de Lisala
Le déclencheur de la tragédie survenue le week-end dernier réside dans l’instauration unilatérale d’une nouvelle taxe provinciale et l’imposition brutale du paiement de 90 000 francs congolais pour l’immatriculation des taxis-motos.
De retour d’un déplacement en Italie, le gouverneur a ordonné un recouvrement forcé dès le lundi matin, sans aucune campagne préalable de sensibilisation ni concertation avec les corporations concernées ou les forces vives de la société — une méthode aux antipodes des démarches participatives observées au niveau national.
La répression des contestations populaires qui s’en est suivie a viré au drame. Le bilan provisoire ferait état de 5 morts, dont 2 agents de la Police Nationale Congolaise et 3 manifestants.
Dérive autoritaire et boucs émissaires
Face à l’indignation générale et à la convocation du gouvernement provincial, le chef de l’exécutif a tenté de se défausser de sa responsabilité lors du Conseil provincial de sécurité en désignant des instigateurs politiques. Il a publiquement mis en cause des personnalités majeures de la province, dont le ministre Molendo Sakombi, et même son propre parrain politique, le VPM Lihau, qui l’avait pourtant soutenu lors de son accession au pouvoir.
Départ dans la précipitation et absence d’intérim
Sous le coup d’une procédure de mise en accusation signée par 16 députés provinciaux, le gouverneur a quitté précipitamment la province pour se rendre à Kinshasa sans designer un intérimaire. Selon des informations recoupées à Lisala, il a été invité dans la capitale par la hiérarchie et aurait quitté la ville à 3 heures du matin à bord d’un canot rapide, sans signer d’ordonnance d’intérim ni déléguer ses pouvoirs.
Ce départ crée un vide juridique et sécuritaire majeur dans une province sous tension. Conformément à l’article 160 de la loi électorale, la mise en accusation ou la révocation du gouverneur entraîne automatiquement la démission de l’ensemble du gouvernement provincial.
Les forces politiques et citoyennes de la Mongala exigent désormais l’application stricte des textes légaux, qui imposent l’organisation d’un nouveau scrutin du gouverneur, conformément aux prescripts de la loi et afin de restaurer l’ordre constitutionnel et de relancer la gouvernance d’une province trop longtemps prise en otage.
congouni.info / Provinces26rdc.com
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