L’Asbl Nouvelle Vision de la Grande Léopoldville (NVGL) a réclamé la réhabilitation de la mémoire de Pierre Mulele auprès des autorités de la République démocratique du Congo par un procès symbolique et réparation, dans une déclaration parvenue, mercredi à l’ACP, signée par son président national.
« Nous sollicitons la réhabilitation de la mémoire de Pierre Mulele par un procès symbolique pour faire justice, son enterrement et la réparation. Avant son assassinat, il n’y avait aucun procès pour chercher la vérité sur sa mort. Pour arriver à cela, il faut un dialogue entre le Président Mobutu (Félix Antoine Tshisekedi) et Pierre Mulele (Nous et sa famille) », a déclaré Faustin Bimitia, président national de la NVGL.
Pour lui, Mulele fut assassiné deux fois, le 3 octobre 1968 et l’oubli dont sa mémoire fait l’objet dans la sphère politique constitue sa deuxième mort.
Dans ce document, il ne s’explique pas le fait que d’autres révolutionnaires, à l’instar de Ernesto Che Guevara, Thomas Sankara et autres qui sont honorés aussi bien dans leurs pays que dans le monde et qu’en RDC la mémoire de Pierre Mulele qui a combattu aux côtés de Lumumba pour arracher l’indépendance du pays soit réduite au silence, comme l’a voulu la presse des impérialistes.
A l’en croire, la coïncidence entre la date de la condamnation de Lumumba le 3 octobre et celle de l’assassinat du leader panafricain Mulele, est spirituelle, une sorte de passation des flambeaux dans le cadre de la libération du pays.
M. Bimitia établit par ailleurs un parallélisme entre le combat d’Etienne Tshisekedi d’heureuse mémoire et celui de Mulele assassiné sans obsèques, sans sépulture. « Etienne Tshisekedi prônait un Etat de droit, son fils Félix lui a emboité le pas, avec leur slogan ‘le peuple d’abord’. Mulele militait pour l’épanouissement des paysans. La lutte de ces deux révolutionnaires visent un triple objectifs, le social du peuple, l’Etat de droit et le patriotisme », a-t-il expliqué.
C’est ainsi qu’il invite le chef de l’Etat Félix Tshisekedi, dans le cadre de l’Etat de droit, à s’impliquer personnellement à la réhabilitation de la mémoire de Mulele comme il l’a fait avec le reste de Lumumba (la dent), qu’il a fait rapatrier et l’invite à dialoguer avec cet illustre disparu. Il dit compter alors à la volonté politique qui a toujours habité l’actuel président de la République.
Bimitia qui a immortalisé la mémoire de Mulele dans un livre qui sera bientôt publié, recommande que les idéologies révolutionnaires et les visions des élites Lumumba, Mulele, -que Mobutu considérait comme son épouvantail, soient sensibilisées et vulgarisées surtout pour les générations futures.
Qui était Pierre Mulele ? (3 octobre 1968 – 3 octobre 2025 : 57 ans déjà)
Cet ancien ministre de Patrice Lumumba, dont il affirmait être un des héritiers spirituels, était en effet considéré comme un des chefs de la rébellion congolaise les plus respectés, mais aussi les plus sanguinaires.
Pierre Mulele était un des plus proches amis de Patrice Lumumba dont il fut ministre de l’éducation nationale et des beaux-arts dans le premier gouvernement Lumumba après l’indépendance du Congo le 30 juin 1960.
Il est né le 11 juillet 1929 dans le petit village d’Isulu Matende, secteur de Lukamba, dans le territoire de Gungu, province de Bandundu, il était de l’ethnie Mbunda.
Il avait comme épouse Léonie Abo. Fils de Benoit Mulele, un infirmier et de Lwam Agnès mère au foyer.
Après des études primaires à Kikwit, il s’inscrit au petit séminaire de Kizambi mais pour des raisons d’indiscipline, il sera renvoyé. À Leverville, il sera de nouveau répudié par le directeur de l’école pour les mêmes raisons. Selon les témoignages de ses camarades de l’époque, il a été renvoyé pour avoir contesté la virginité de Marie, mère de Jésus Christ.
En février 1959, il crée le PSA (Parti solidaire africain) avec Antoine Gizenga et son ami Kama Sylvain.
Suite à l’arrestation et l’assassinat de Patrice Lumumba 16 janvier 1961 et l’arrestation d’Antoine Kizenga en 1962, Pierre Mulele devient l’un des lumumbistes qui poursuit le combat de Patrice Lumumba. Avec ses compagnons, ils s’exilent et vont suivre une formation militaire en Chine.
Le 31 décembre 1963, il est à la tête d’un mouvement de rébellion contre le pouvoir de Kinshasa.
La rébellion des « Simba »éclate au mois de janvier en 1964, elle est conduite par Pierre Mulele, Gaston Soumialot et Christophe Gbenye, tous membres du parti politique PSA (Parti solidaire africain) de Gizenga.
Pierre Mulele se sert des techniques de la guérilla apprises en Chine et du pouvoir ancestral.
Il mène la rébellion Maï-Maï dans la région du Kwilu, ses milices causent de nombreuses victimes.
C’est un doctrinaire, formé à la guérilla en Chine populaire, il acquit une audience qui dépasse très largement le cadre de la seule province du Kwilu.
Il bénéficie de sympathies solides dans la plupart des pays africains » révolutionnaires « , de la Guinée au Congo-Brazzaville, en passant par le Mali.
Défait par l’armée de Mobutu, le 2 septembre 1963, il se rend à Brazzaville, le 13 septembre 1968, il est mis sous résidence surveillée.
Le président Marien Ngouabi négocie son retour dans le cadre de l’amnistie générale décidée par les autorités de Kinshasa.
Monsieur Justin Bomboko ministre des Affaires étrangères de Kinshasa, viendra à Brazzaville le 28 septembre en vue de signer un accord avec les autorités.
M. Bomboko déclare : « L’amnistie générale décrétée à Kinshasa par le général Mobutu, est valable pour tous. Nous accueillons donc M. Mulele en frère. Il travaillera avec nous pour la libération totale de notre pays».
Les lumumbistes essayeront en vain de convaincre les autorités de Brazzaville que Mobutu les attire dans un guet-apens mais sans succès.
Le 29 septembre à 11 heures, M. Bomboko offre une réception sur le bateau présidentiel à laquelle assistent Mulele et les autorités de Brazza.
L’après-midi, M. Bomboko traverse avec Pierre Mulele, Léonie Abo, Joseph Makinda, et deux autres partisans. Arrivés à Kinshasa, Mulele et sa femme passeront la nuit dans la résidence privée de M. Justin Bomboko.
Les trois jours suivants, des dizaines d’amis de Mulele viennent le saluer dans la parcelle de Bomboko.
Leurs noms sont enregistrés par des militaires de la garde.
Germain Mwefu, un ami de jeunesse de Mulele, lui dit: « À l’extérieur, nous entendons des rumeurs disant que l’on va te tuer. La situation est grave, il faut que tu prennes la fuite».
Mulele répond: «Je ne suis pas allé à Brazzaville pour arriver à Kinshasa. Il y a eu un changement là-bas et cela m’a amené ici. Il y a trois choses: la naissance, la vie et la mort. J’ai fait tout ce que je pouvais, j’ai semé les bonnes graines, elles ne sont pas tombées sur les rochers mais dans la bonne terre. J’attends maintenant mon dernier jour».
Le 2 octobre à 17 heures, Mulele, sa soeur Thérèse, Abo et Mibamba sont amenés vers la prison dans l’enceinte du camp militaire Kokolo. Dans la nuit du 2 octobre 68, les militaires ont commencé à torturer Mulele et Bengila.
Pierre Mulele a été tué avec une cruauté bestiale, on lui a arraché les oreilles, coupé le nez, tiré les yeux des orbites. On lui a arraché les organes génitaux. Toujours vivant, on lui a amputé les bras, puis les jambes. Les restes humains ont été jetés dans un sac et immergés dans le fleuve.
La mère de Mulele a été arrêtée et traînée devant les villageois de Lukamba. Elle fut aussi fusillée.
Tous les habitants du village de Lukamba Ingudi furent brûlés vifs après la rébellion avec le chef du village, le roi Kingoma.
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