Or bleu, Kigali veut supplanter Kinshasa

Le Rwanda intrigue de s’approprier le poste stratégique du secrétaire général du Conseil des ministres africains de l’eau, mieux connu sous son sigle anglais AMCOW. Au lendemain du « Forum africain de l’eau » qui s’est tenu à N’Djamena, au Tchad, où le Congolais Félix Tshisekedi était en vedette, Kigali annonce la tenue, dans un mois, soit du 17 au 21 août prochain, du Symposium africain sur le leadership en matière de systèmes d’eau et d’assainissement 2026.

Selon ce communiqué de Kigali, ce symposium est co-organisé par l’AMCOW et le gouvernement du Rwanda avec la facilitation de l’IRC, Centre international de l’eau et de l’assainissement. Mais la clé de voûte de cette rencontre sera la désignation du nouveau secrétaire exécutif de l’AMCOW en remplacement de l’Ougandais Rashid Mbazira dont le mandat a pris fin depuis novembre 2025. L’AMCOW est la plus haute instance décisionnelle du continent en matière d’eau et d’assainissement.

Le secrétaire exécutif assume les fonctions de secrétaire de cette instance et sera tenu d’assurer la liaison avec tous les ministres chargés de l’eau et de l’assainissement du continent, ainsi qu’avec d’autres parties prenantes clés dans l’exercice de ses fonctions.
Contrairement au Forum africain de l’eau de N’Djamena qui n’a réuni que cinq pays et quatre chefs de l’État, Kigali annonce une mobilisation des chefs d’État et de gouvernement, des acteurs majeurs des sphères de la technologie, de la finance et de la fiscalité à l’échelle internationale. Le symposium qui aura pour thème principal: « Accélérer la transformation de l’eau et de l’assainissement pour un impact durable », mettra en lumière, selon Kigali, la crédibilité financière, fondement indispensable pour débloquer des investissements durables et bâtir des systèmes résilients.

Pour l’administration de Kagame, les assises de Kigali seront l’occasion de partager les expériences nationales et de s’accorder sur des solutions permettant de fournir des services d’eau et d’assainissement crédibles et attractifs pour les investisseurs. Le pouvoir rwandais s’avance déjà sur les critères. Le (la) prochaine secrétaire exécutif(ve) « doit respecter en tout temps les principes de neutralité, d’indépendance et d’impartialité dans les relations entre États membres et partenaires, en particulier dans les contextes de différends ou de questions sensibles ». De quels différends ou questions sensibles ?. Dans sa présentation comme puissance hydrique continentale, le Rwanda se vante de disposer de « plus de 12000 cours d’eau et vastes zones humides » et d’avoir atteint en 2025, un taux d’accès à l’eau potable de 86%! Le problème est que la carte hydrographique du Rwanda que l’administration Kagame brandit aux yeux du monde, absorbe des cours d’eau de l’espace du Kivu congolais dont Luvimvi, Luvubu, Luberizi, Sange, Runingu , Kiliba, Kawizi, Muzinzi, etc., La RDC est avertie.

Les organisations régionales dont la CEPGL ont suffisamment démontré que « qui tout embrasse, finit étranglé». A N’Djamena pourtant, Félix Tshisekedi a donné de larges assurances d’ouverture. Estimant qu’« aucun État ne peut garantir seul sa sécurité hydrique ». Le chef de l’État congolais a plaidé pour une mobilisation continentale afin de « bâtir une gouvernance coopérative de l’eau ». Il a ainsi lancé un appel à « une coalition entre les États, pour élever l’eau au rang de priorité politique de premier ordre ».

A l’occasion, Tshisekedi a également appelé à « une coalition avec les institutions financières, pour réduire le coût du financement et accélérer les investissements ; avec le secteur privé, pour mobiliser les technologies, l’innovation et les capacités d’exécution ; et avec les collectivités, les communautés, les jeunes et les femmes, afin que les solutions répondent aux réalités locales et soient durablement appropriées ».

Alors même que la RDC espère encore que dans dix ans, donc « à l’horizon 2035, pour reprendre les propos du président congolais, nous voulons porter le taux d’accès à l’eau potable à 60 %, celui de l’accès aux services d’assainissement et d’hygiène à 50 %, et garantir un accès adéquat aux infrastructures d’eau, d’hygiène et d’assainissement dans 80 % de nos écoles et de nos établissements de santé.


Ouragan / Provinces26rdc.com

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