L’UDPS se lance dans la bataille. Face à la montée en cadence de la plateforme C-64, le parti présidentiel dégaine sa propre mécanique politico-idéologique : la C-4, une gigantesque architecture de persuasion destinée à préparer l’opinion au changement de la Constitution. À la 10e rue Limete, plus personne ne dissimule les intentions. Le régime Tshisekedi veut remodeler l’ossature constitutionnelle du pays. L’opposition, elle, promet un baroud de résistance. Entre les deux camps, l’affrontement s’annonce titanesque.
Augustin Kabuya a levé le lundi 25 mai 2026, au cours d’une conférence de presse au ton offensif, le voile sur la stratégie du camp présidentiel. Le secrétaire général de l’UDPS a officialisé les consultations nationales autour de la “Coalition des Congolais pour le changement de la Constitution”, baptisée C-4. Une dénomination soigneusement calibrée, conçue comme une riposte directe à la coalition C-64 portée par les adversaires du régime. La guerre des plateformes est engagée. Désormais, chaque camp cherche à conquérir l’imaginaire collectif avant même l’épreuve du terrain.
Dans un discours truffé de messages subliminaux, AK a assumé l’objectif poursuivi par la C4 : « Nous ne pouvons pas laisser la place à l’opposition , nous allons changer cette Constitution », a-t-il martelé, dans une phrase qui résume à elle seule l’état d’esprit régnant au sommet de la majorité présidentielle.
Très déterminée, l’UDPS veut faire plier les opposants. Tout est fait . Le parti au pouvoir entend encadrer les consciences, agréger toutes les forces susceptibles de légitimer l’idée d’une nouvelle loi fondamentale. La mission de la C4 est de bâtir un gigantesque front de soutien populaire capable d’étouffer l’offensive narrative de la C-64.
Et pour y parvenir, le camp présidentiel voit grand. Très grand même. Kabuya annonce déjà l’implantation de la Dynamique dans les 145 territoires ainsi que dans les 26 chefs-lieux provinciaux. Une véritable machine de maillage politique destinée à irriguer le pays jusque dans ses profondeurs sociologiques. L’initiative ne se limite plus aux partis. Confessions religieuses, mouvements associatifs, société civile : tout le monde est appelé à descendre dans l’arène. Le régime veut transformer le débat constitutionnel en croisade nationale.

Dans cette gigantesque partie d’échecs, chaque symbole compte. Même l’appellation “C4” relève d’une stratégie minutieusement pensée. Selon Kabuya, le chiffre 4 représente les quatre espaces linguistiques ainsi que les quatre grandes aires géographiques du pays, à savoir : Bangala, Swahili, Kongo et Luba. L’UDPS cherche donc à nationaliser son projet. À l’universaliser. À le présenter comme une ambition collective plutôt qu’une entreprise partisane.
La C4, le chiffre 4, symbolise les quatre zones linguistiques. Le chiffre 4 symbolise les quatre espaces géographiques. Ce n’est pas l’affaire d’une seule communauté. Puisque aujourd’hui, vous le savez comme moi, le président de la République appartient à une communauté bien connue. Et si aujourd’hui on ne met pas cette dynamique en place, les gens risquent de dire qu’ils sont en train de se battre pour protéger le pouvoir de leur frère. Mais ici, l’affaire concerne tout le peuple congolais dans leur ensemble, a soutenu Augustin Kabuya.
C’est une rupture historique. Une remise à plat de l’édifice constitutionnel. Augustin Kabuya revendique même l’héritage doctrinal d’Étienne Tshisekedi, affirmant que le parti avait promis depuis longtemps de modifier la Constitution une fois arrivé au pouvoir. Selon lui, l’actuelle loi fondamentale demeure “le fruit des belligérants”, imposée dans le contexte des guerres ayant ravagé le Congo.
L’UDPS avait promis au peuple congolais qu’une fois au pouvoir, nous allons toucher à cette Constitution. Aujourd’hui, nous sommes rattrapés par cette réalité historique. Nous sommes au pouvoir. Allons-nous négliger la promesse faite par notre père fondateur, docteur Étienne Tshisekedi, ou bien nous allons faire la volonté des belligérants ? N’oubliez pas que cette Constitution est le fruit des belligérants, a déclaré Kabuya.

Et d’ajouter : « En 1992, il y avait déjà un ordre politique en cours. Mais avec l’arrivée de l’AFDL, cet ordre politique a été stoppé et placé dans les oubliettes. Et quelques jours après, quand ils ne s’étaient pas mis d’accord, ils ont créé la guerre que tout le monde connaît, qui avait occasionné plus de six millions de morts. Et on nous a imposé cette Constitution par les belligérants. Le 16 février 1992, il y a eu des morts dans ce pays. Des gens réclamaient l’ouverture de la Conférence nationale souveraine. En mémoire de nos martyrs, nous disons ceci : nous allons utiliser la Constitution de 1992 et cette Constitution sera adaptée aux réalités actuelles ».
Une manière de délégitimer le texte actuel afin de justifier l’avènement d’un nouvel ordre constitutionnel. Le discours devient alors nettement plus idéologique. L’UDPS oppose la mémoire des combattants de la Conférence nationale souveraine à celle des groupes armés ayant participé aux arrangements politiques post-conflit. Kabuya invoque les martyrs du 16 février 1992, cite Laurent Monsengwo Pasinya, puis affirme vouloir revenir à l’esprit constitutionnel de 1992, adapté aux réalités contemporaines.
Le message politique est d’une rare brutalité : C’est donc très clair comme l’eau de roche. Le régime considère que le système actuel ne reflète plus la souveraineté populaire congolaise. Dans cette confrontation, l’opposition apparaît comme l’obstacle principal à neutraliser. À écouter Kabuya, la C-64 constitue bien plus qu’une simple coalition adverse, elle représente un danger stratégique susceptible d’influencer l’opinion avant même l’ouverture officielle du chantier constitutionnel. D’où cette volonté manifeste de verrouiller les relais communautaires, de rallier les autorités religieuses, d’investir les territoires.
Officiellement, AK assure que la démarche ne vise nullement une confiscation du pouvoir. Kabuya insiste : “ce n’est pas pour s’éterniser au pouvoir”. Pourtant, malgré cette tentative d’apaisement, les soupçons persistent déjà dans les milieux politiques. Dans l’imaginaire africain, toute initiative de révision constitutionnelle déclenche immédiatement des interrogations sur la limitation des mandats ou encore la pérennisation des régimes en place. Le bras de fer ne fait que commencer. L’UDPS prend le devant de la scène et s’assume pour donner au pays une nouvelle loi suprême.
Ouragan / Provinces26rdc.com
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