L’Ouganda s’est progressivement imposé comme une plateforme régionale de raffinage et de négoce de l’or. Selon les données du ministère ougandais des Finances rapportées par Reuters, le pays a exporté pour 889 millions de dollars d’or au seul mois d’août 2026, soit près de 60 % de ses recettes d’exportation de marchandises, qui ont atteint environ 1,5 milliard de dollars sur la période. Les exportations d’or ont progressé de 68,9 % sur un an.
Une partie du métal précieux traité et exporté depuis l’Ouganda provient de pays voisins, dont la République démocratique du Congo (RDC). Dans une enquête publiée le 27 octobre 2026, l’organisation The Sentry documente notamment des circuits reliant des zones aurifères sous influence des Forces démocratiques alliées (ADF), dans l’est de la RDC, aux négociants de Butembo, aux raffineries ougandaises puis aux marchés internationaux.
Les ADF sont un groupe armé d’origine ougandaise affilié à l’État islamique. Selon The Sentry, leur financement s’est progressivement déplacé du soutien extérieur lié à l’État islamique vers des ressources locales, l’or de conflit constituant désormais leur principale source de revenus.
De Manguredjipa aux raffineries ougandaises

L’enquête situe le cœur de cette économie aurifère le long du corridor Manguredjipa–Mambasa–Bafwasende, qui traverse le nord du Nord-Kivu, le sud de l’Ituri et l’est de la Tshopo. Dans la région de Manguredjipa, les sites placés sous l’influence des ADF produiraient environ 800 kilogrammes d’or par an, soit une valeur proche de 98 millions de dollars aux prix retenus par The Sentry.
Le métal est ensuite intégré à une chaîne commerciale qui passe notamment par Butembo avant de rejoindre l’Ouganda puis les marchés internationaux.
Les prix relevés par les enquêteurs au 22 janvier 2026 illustrent cette progression. Le gramme d’or était acheté autour de 123 dollars par les négociants de Manguredjipa, puis revendu environ 131 dollars aux comptoirs de Butembo. Ceux-ci le cédaient autour de 138 dollars aux raffineurs ougandais, qui le commercialisaient ensuite auprès d’opérateurs basés à Dubaï entre 147 et 150 dollars le gramme. Le prix international retenu par The Sentry était alors d’environ 155 dollars.
Le rapport identifie plusieurs sites importants dans le secteur des Bapere, en territoire de Lubero, notamment Botambisi, Lata Bien, Mapendano, Bududyia, Mabuo et Isange. Les ADF y exerceraient leur influence notamment à travers leur présence dans certaines zones minières, des prélèvements économiques et des restrictions imposées aux populations.
À Botambisi, le nombre de creuseurs serait ainsi passé d’environ 3 000 à 350 entre octobre 2025 et janvier 2026, après l’arrivée des ADF dans la zone. Malgré ce recul, la production du site était encore estimée à cinq kilogrammes d’or par semaine.
Le métal est ensuite acheté par des négociants et intermédiaires. Selon les informations recueillies par The Sentry, au moins 30 des 54 acheteurs d’or encore actifs à Manguredjipa en mars 2026 achetaient sciemment de l’or provenant de sites contrôlés par les ADF ou d’autres groupes armés. Ils le revendaient ensuite notamment à des comptoirs officiellement agréés à Butembo.
Ces comptoirs approvisionnaient à leur tour des raffineries basées en Ouganda. D’autres négociants acheminaient directement l’or vers leurs propres acheteurs ougandais, selon le rapport. The Sentry estime que les mécanismes de traçabilité y sont insuffisants et facilement contournés.
Le rapport décrit ainsi une chaîne dans laquelle de l’or provenant de zones affectées par les conflits peut être mélangé aux circuits commerciaux régionaux avant de rejoindre les réseaux ougandais de raffinage et d’exportation.
Jusqu’à 1,6 million $ par an pour les ADF

L’or de conflit serait désormais la principale source de financement des ADF, devant notamment les prélèvements sur le cacao, le racket et les enlèvements.
Pour les seuls sites de la région de Manguredjipa, The Sentry estime que le groupe pourrait tirer environ 1 à 1,6 million de dollars par an de l’économie aurifère. Cette estimation repose notamment sur l’hypothèse que les ADF captent entre 15 % et 25 % de certaines marges générées par le commerce de l’or, sur la base de niveaux observés dans d’autres économies aurifères de conflit.
Il ne s’agit donc pas de recettes directement constatées dans la comptabilité du groupe, mais d’une estimation construite à partir des volumes, des marges commerciales et des prélèvements documentés par les enquêteurs.
The Sentry ne permet par ailleurs pas de déterminer quelle proportion des exportations totales d’or de l’Ouganda provient de RDC, ni quelle part est issue de zones sous influence des ADF ou d’autres groupes armés. L’Ouganda a exporté pour 889 millions de dollars d’or au seul mois d’août 2026, tandis que les sites de Manguredjipa étudiés dans le rapport produiraient environ 800 kg par an. Les deux données ne doivent donc pas être directement assimilées.
Pour la RDC, cette enquête met surtout en évidence les difficultés persistantes de contrôle et de traçabilité du commerce transfrontalier de l’or artisanal. Lorsqu’une partie de cette production échappe aux circuits officiels, l’État perd en visibilité sur les volumes commercialisés et les recettes fiscales correspondantes, tandis qu’une fraction des revenus peut alimenter des groupes armés.
DRC Gold Trading, entreprise publique chargée notamment d’acheter et de commercialiser de l’or artisanal, estime de son côté qu’environ 75 tonnes d’or quitteraient illicitement la RDC chaque année, notamment en direction du Rwanda et de l’Ouganda. Selon des études citées par l’entreprise, sans être publiquement identifiées, ces flux représenteraient près de 10 milliards de dollars de valeur échappant aux circuits officiels.
Bankable / Provinces26rdc.com
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