RDC : Consultations, Mbata bat en retraite

La marche arrière étonne. Pris dans l’étau d’une polémique qu’il a lui-même déclenchée, André Mbata choisit de baisser le ton et de revoir sa copie. L’homme fort du secrétariat permanent de l’Union sacrée, qui avait dégainé un communiqué perçu comme une véritable bombe politique, préfère désormais battre en retraite.

Sous une pression invisible, l’ex-cadre UNC s’emploie à redéfinir le sens de son initiative, transformant ce qui ressemblait à une offensive en une simple démarche technique. Mais le mal est fait : son texte du 20 avril, véritable lance-pierre dirigé contre les adversaires de toute révision constitutionnelle, a déjà dévoilé l’intention.

Le scénario est presque. embarrassant. En moins de 48 heures, le secrétariat permanent de l’Union sacrée de la nation est passé d’une posture d’initiative politique assumée à une tentative de repli sémantique. Ce qui ressemblait, le 20 avril, à l’ouverture d’un chantier de révision ou de changement constitutionnel est désormais présenté, le 21 avril, comme une simple opération de transmission d’opinions citoyennes.

 Le communiqué du recul ? 

Face à ce que son bureau qualifie « d’interprétation erronée » de son texte initial, André Mbata a publié un communiqué de clarification qui précise point par point le sens de sa démarche. L’élu Udps rappelle d’abord que le communiqué du 20 avril faisait suite à des demandes de réforme constitutionnelle exprimées par plusieurs milliers de compatriotes rencontrés dans le cadre de sa mission de redynamisation de la plateforme, mission lui confiée par le président de la République. Il précise également que plusieurs initiatives similaires existent déjà, portées notamment par des députés nationaux, des sénateurs, des partis politiques, des associations et même certaines confessions religieuses, engagés dans des campagnes de récolte de signatures, sans toutefois détailler les dispositions constitutionnelles visées.

Le texte souligne ensuite que, lors de ses déplacements au pays et à l’étranger, le secrétaire permanent a été régulièrement saisi par des partisans de la réforme lui demandant de transmettre leurs souhaits à la Haute autorité politique. Le communiqué insiste sur le fait que celui du 20 avril avait pour seul objectif de préparer un cadre permettant de canaliser et transmettre ces contributions à la Haute autorité politique pour information, et non de lancer une initiative institutionnelle. Il est en outre clairement mentionné que cette démarche ne pouvait en aucun cas être interprétée comme une initiative de l’Union sacrée de la nation ni de la Haute autorité politique.

Le secrétariat permanent rappelle aussi que le communiqué initial évoquait la mise en place d’une commission technique, chargée de résumer les différentes propositions et de préparer un rapport à transmettre au chef de l’État. Par ailleurs, le document revient sur les règles internes de fonctionnement de la plateforme. Il indique que le secrétaire permanent ne dispose pas du pouvoir de convoquer le présidium, cette compétence revenant exclusivement à la Haute autorité politique, conformément à l’article 36 de la Charte.

En revanche, André Mbata rappelle que la Charte lui reconnaît néanmoins la possibilité de mettre en place des structures techniques, telles que des task forces ou commissions, pour traiter des questions spécifiques, comme prévu à l’article 45. Enfin, il déplore que certaines personnes aient cherché à opposer le secrétaire permanent aux organes supérieurs de l’Union sacrée, et appelle à rester unis derrière le président de la République, tout en exprimant l’espoir que cette clarification mette fin aux interprétations jugées erronées du texte initial.

Le communiqué qui dérange l’opposition 

Le problème est ailleurs, estime un membre de l’opposition. Il est dans la perception politique. Et celle-ci est déjà installée. Pour rappel, le 20 avril, le secrétariat permanent ne s’est pas contenté de transmettre une doléance. Il a ouvert explicitement des consultations nationales. Dans ce document, Mbata a fixé un calendrier où Il appelle à une mobilisation généralisée. Il prévoit un mécanisme d’analyse. Il annonce aussi un rapport destiné au chef de l’État. Partis politiques, confessions religieuses, organisations citoyennes, diaspora, universitaires… tous ont été appelés à contribuer. Une dynamique nationale est enclenchée. Une machine est lancée. Difficile, dans ces conditions, de soutenir qu’il ne s’agissait que d’un simple relais d’opinion, hurle un cadre de Lamuka .

Une stratégie qui se dévoile 

Derrière cette histoire, une impression domine : celle d’un pouvoir qui avance sans dire son nom. Qui teste, ajuste, sans jamais renoncer. Le communiqué de clarification ne ferme aucune porte. Il ne nie pas l’existence des demandes de réforme. Il ne remet pas en cause la possibilité d’un changement constitutionnel. Il se contente de redéfinir le rôle de celui qui en a enclenché la dynamique.

En réalité, la mécanique reste intacte. Les arguments des partisans de la réforme sont déjà posés : la Constitution est jugée inadaptée. Du coup, il faut la réviser ou la changer. Le terrain est préparé. Face aux pro-changement, les opposants ne désarment pas, Ils persistent et continuent de dénoncer un risque de glissement, une menace sur la cohésion nationale, voire une tentative de prolongation du mandat de Félix Tshisekedi au-delà de 2028.

La bataille est donc lancée, malgré les démentis. Qu’on le veuille ou non, le processus est en marche. Le communiqué du 21 avril ne l’arrête pas. Il ne l’efface pas non plus mais il le maquille, tranche un analyste.


Ouragan / Provinces26rdc.com

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