RDC-Dialogue inclusif : Eugène Diomi Ndongala propose une feuille de route… une pyramide inversée

Ce mardi 8 septembre 2026, Eugène Diomi Ndongala, acteur politique congolais, une occasion pour lui de présenter sa « Feuille de route technique et séquencée » pour donner vie au dialogue bational pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, tel qu’annoncé le 27 août 2026 par le Président de la République, Félix Tshisekedi.

Selon lui, bien penser les étapes signifie bien organiser, avec une vision claire des objectifs.

La pyramide inversée du dialogue national

Le 27 août 2026, le Président de la République, Félix Tshisekedi Tshilombo, a fixé une doctrine : le dialogue ne part pas de Kinshasa, il y aboutit ; il ne partage pas le pouvoir, il consolide l’État ; il n’ouvre pas la table aux armes, il laisse Doha et Washington traiter la question militaire ; il refuse l’amnistie générale des crimes imprescriptibles ; il doit produire, en trois mois au plus, un Pacte national assorti d’une matrice d’exécution. Cette doctrine ne survit que si elle est convertie en organes, en textes, en barèmes de représentation et en actes vérifiables.

La pyramide inversée a cinq étages

À en croire ce notable Ne Kongo, le sommet n’a de légitimité que si chaque étage inférieur a produit un document public, signé, contradictoire et non réécrit. Inverser l’ordre, nommer d’abord les délégués de Kinshasa, puis « consulter » les provinces, tue le format.

Architecture des organes : séparer le stylo, la salle et le sceau

Trois fonctions, poursuit Diomi Ndongala, doivent rester distinctes. Les fusionner, c’est recréer le dialogue d’appareil.

Le comité d’organisation

Le comité d’organisation, explique-t-il, est un organe technique. Il n’arbitre pas le fond. Il rend possible la tenue matérielle du processus.

Compétences : identification et sécurisation des sites ; transport des délégués ; hébergement ; sonorisation et interprétation (lingala, swahili, kikongo, tshiluba, français) ; captation audio-vidéo ; plateforme numérique de dépôt ; chaîne de conservation des procès-verbaux ; exécution budgétaire ; liaison avec FARDC et PNC pour la protection des forums, sans que la sécurité ne préside les séances.

Composition type : coordinateur civil nommé par ordonnance ; secrétaires généraux ou directeurs de cabinet des ministères de l’Intérieur, de la Décentralisation, du Budget et des Affaires sociales ; un auditeur externe ; un officier de liaison sécurité sans droit de parole en séance politique ; un responsable archives.

Incompatibilités : mandat partisan exécutif, candidature électorale en cours, contentieux de détournement.

Premier livrable : rapport préliminaire au Président sous dix jours – carte des sites tenables province par province, budget détaillé, calendrier logistique, zones où un forum classique est impossible.

La commission préparatoire

Organe politique et méthodologique. Elle conçoit les règles, valide la remontée, empêche la confiscation. Elle ne gouverne pas.

Mission : rédiger le règlement intérieur ; fixer les quotas de désignation ; publier le cahier de diagnostic unique ; agréer les observateurs ; recevoir et consolider les 26 dossiers provinciaux ; produire la synthèse nationale ; proposer l’ordre du jour des assises ; garantir que Kinshasa ne rajoute pas, en catimini, des thèmes absents de la base.

Composition recommandée, 21 à 25 sièges, quatre pôles :

– Pôle indépendants (6) : constitutionnaliste, magistrat honoraire, expert foncier, expert DDR/stabilisation, statisticien ou démographe, praticien de médiation communautaire ;

– Pôle opposition non armée (5) : désignés par les plateformes elles-mêmes, extra-parlementaire comprises, dès lors qu’elles n’occupent pas le territoire par la force ;

– Pôle société civile et confessions (5) : CENCO, ECC, autres cultes à assise nationale, organisation nationale de femmes, organisation nationale de jeunes hors appareils de partis;

– Pôle institutions (5) : Présidence, Gouvernement, Assemblée nationale, Sénat, représentation des provinces.

Un rapporteur technique siège sans voix délibérative.

Présidence : personnalité acceptée par au moins trois pôles, ou coprésidence rotative de quinze jours.

Inéligibles : ministres en fonction, présidents de partis de la majorité parlementaire, officiers d’active, personnes poursuivies pour crimes de sang et crimes économiques graves. Déclaration d’intérêts publiée sous 72 heures. Récusation possible à la majorité des deux tiers de la Commission.

Le sceau présidentiel et le droit commun

Le Président convoque, garantit sécurité et indépendance, promulgue le Pacte dans les formes. Il ne rédige pas la synthèse provinciale. Le Gouvernement exécute ensuite. Le Parlement traduit en lois. La Cour constitutionnelle, saisie s’il y a lieu, tranche le contentieux de conformité. Aucun « comité de sages » parallèle ne s’interpose entre le Pacte et les institutions.

Deux ordonnances suffisent, à condition d’être précises

Ordonnance A : institution du Comité d’organisation ; liste nominative ou critères de désignation ; délai du rapport préliminaire ; régime financier et contrôle.

Ordonnance B : convocation du Dialogue ; institution de la Commission préparatoire ; principes directeurs (souveraineté du processus, non-négociation avec l’agresseur, maintien des institutions, refus d’amnistie générale des crimes imprescriptibles, ancrage territorial) ; étapes ; modalités de représentation ; mécanisme de suivi ; représentation des confessions au sein de la Commission.

Sans l’ordonnance B publiée, aucun forum provincial n’a de base juridique opposable.

Le règlement intérieur : ce qui doit être écrit avant le premier micro

La Commission prépare, en dix jours, un règlement de quinze à vingt articles. Minimum indispensable :
– objet et limites du dialogue (ce qui est sur table, ce qui reste à Doha/Washington, ce qui est constitutionnellement hors d’atteinte sans révision ultérieure) ;

– définition des composantes admises et des exclusions « à l’ouverture du processus » : lutte armée contre l’ordre constitutionnel, occupation du territoire, administration illégale d’entités, action au service d’une puissance étrangère comme motifs d’exclusion;

– voie individuelle de réintégration : renonciation sincère et vérifiable, condamnation de l’agression, bascule vers les mécanismes DDR, justice et relèvement – jamais qualité de « composante politique armée » ;

– règle du contradictoire et annexes minoritaires ;

– présidence de séance : interdiction au gouverneur de présider le forum de sa province ; présidence par un binôme Commission + confession ou indépendant ;

– publicité : procès-verbal lu en séance, mis en ligne sous 48 heures, archives audio conservées ;

– observateurs : CENCO/ECC, barreaux, universités, médias locaux accrédités, éventuelle observation méthodologique UA/CIRGL- observation, pas médiation politique du fond ;

– discipline de parole : interdiction des appels à la haine, à la violence et aux milices ; exclusion temporaire du contrevenant ;

– protection des participants et des lanceurs d’alerte ;

– conflit d’intérêts et récusation ;

– quorum et modes de priorisation (pas nécessairement un « consensus pur» qui efface les clivages).

Ce règlement est publié au Journal officiel ou, à défaut, sur le site de la Présidence et affiché dans chaque site de forum. Un règlement resté dans un tiroir de cabinet n’existe pas.

Le cahier de diagnostic unique : la langue commune de la base

Sans canevas unique, on aura vingt-six catalogues incomparables et une synthèse inventée à Kinshasa.

Cinq rubriques obligatoires, les mêmes partout :
1. Sécurité et autorité de l’État : groupes armés locaux, tracasseries, vacance de la justice, circulation des armes, rapport FARDC/PNC/Wazalendo, zones de non-droit.

2. Foncier, coutume et conflits de terre : titres, chefferies, spoliations, conflits intercommunautaires liés à la terre, rôle des cadastres.

3. Services publics et administration : état civil, santé, école, voirie, corruption de guichet, déconcentration réelle.

4. Économie réelle : agriculture, mines artisanales, fiscalité locale, informel, accès au marché, emplois des jeunes.

5. Cohésion, discours et citoyenneté : haine identitaire, rumeurs, stigmatisation, place des femmes et des minorités, rapport à la diaspora.

Pour chaque rubrique, quatre champs seulement : faits constatés ; causes identifiées ; cinq propositions priorisées (P1 à P5) ; institution ou niveau de pouvoir pressenti pour agir (territoire, province, État central, justice).

Le cahier devrait tenir en huit à douze pages. Il est bilingue ou trilingue selon la province. Il circule en version papier dans les zones sans réseau et en version numérique ailleurs. Toute contribution hors canevas est annexée, jamais perdue, jamais fondue.

Palier 1 – Territoires et communes : là où la pyramide commence clairement

Durée : sept à dix jours, en parallèle dans le plus grand nombre possible de territoires. On n’attend pas que les 145 territoires aient fini pour ouvrir les provinces, mais aucune province ne tient son forum de synthèse avant d’avoir reçu une masse critique de cahiers territoriaux (seuil à fixer par la Commission, par exemple 60 % des territoires accessibles).

Convocation. L’administrateur du territoire ou le bourgmestre signe la convocation, contresignée par le délégué provincial de la Commission. Le gouverneur n’est pas celui qui convoque tout seul, ni président de séance.

Qui entre dans la salle

Quota fonctionnel type, ajustable selon la densité urbaine ou rurale :

– 35 à 40 % société locale (associations de femmes, jeunes, personnes handicapées, comités de déplacés, syndicats de motards, associations d’enseignants et de soignants) ;

– 20 % autorités coutumières ;

– 15 à 20 % élus locaux et ETD ;

– 15 % services déconcentrés (hors rôle de présidence) ;

– 10 % opérateurs économiques de proximité, y compris l’informel.

Les partis politiques ont voix au palier provincial, pas en domination du palier territorial. S’ils sont présents au territoire, ils ne dépassent pas 10 % des sièges.

Conduite de séance

Deux demi-journées par rubrique prioritaire, ou un format condensé de deux jours. Un facilitateur, un rapporteur, un observateur. Lecture finale du procès-verbal. Signature des présidents de séance et de trois témoins issus de composantes différentes. Mise en ligne ou affichage public.

Zones inaccessibles ou occupées

Trois modalités, jamais une quatrième qui serait la fiction :

– consultation dans les sites de déplacés ;

– consultation des autorités légitimes déplacées et du personnel encore en poste (santé, école) ;

– contributions écrites sécurisées.

Le document porte l’en-tête : « Parole des communautés affectées. Ne vaut pas reconnaissance d’une administration illégale. »

Diaspora de proximité. Congolais de la province établis à l’étranger : formulaire en ligne authentifié (numéro d’électeur, passeport ou attestation consulaire) et synthèse annexée au dossier provincial, plafonnée pour ne pas écraser la parole de l’intérieur.

Palier 2 — Forums provinciaux : consolider, non recréer

Durée : trois à quatre jours au chef-lieu. Objet unique : fusionner les cahiers territoriaux en un dossier provincial.

Composition type, 80 à 140 personnes selon la taille de la province :

– députés nationaux et sénateurs élus de la province ;

– députés provinciaux ;

– représentants des ETD et services déconcentrés ;

– partis et regroupements de la majorité et de l’opposition ;

– société civile provinciale ;

– autorités coutumières ;

– confessions religieuses ;

– université et milieux scientifiques ;

– patronat et économie informelle structurée ;

– organisations de femmes, de jeunes, de travailleurs, de personnes handicapées ;

– au moins un porteur par territoire des opinions minoritaires annexées.

Présidence. Binôme désigné par la Commission : un membre de la Commission ou un indépendant + un représentant des confessions. Le gouverneur ouvre, salue, quitte le perchoir.

Méthode de fusion. On ne vote pas « pour ou contre la République ». On priorise. Pour chaque rubrique, les propositions territoriales sont classées par fréquence (nombre de territoires) et par intensité (rang P1-P5). Les clivages restent visibles : colonne « accord large », colonne « désaccord structurant », annexe « opinions minoritaires ». Effacer un désaccord pour produire une « unité de façade » est une faute de procédure.

Sortie. Un dossier provincial de 25 à 40 pages + annexes territoriales + liste d’émargement + fichiers audio. Transmission numérique horodatée à la Commission et copie physique sous pli.

Palier 3 – Synthèse nationale : ce qui empêche Kinshasa d’inventer le pays

Durée : sept à dix jours de travail fermé de la Commission, puis publication.

Livrable : synthèse de 40 à 80 pages, structurée selon les cinq rubriques, avec pour chaque proposition majeure :

– nombre de provinces porteuses ;

– intensité moyenne de priorité ;

– nature du clivage s’il existe ;

– niveau de pouvoir concerné ;

– compatibilité apparente avec la Constitution en vigueur.

Règle d’or : aucun thème nouveau n’entre dans l’ordre du jour des assises s’il est absent de la synthèse, sauf urgence sécuritaire documentée et adoptée par la Commission à la majorité qualifiée (deux tiers), avec motivation publiée.

Cette synthèse est le contrat entre la base et le sommet. La modifier après publication, sans erratum motivé, casse la pyramide.

Décrispation politique : une condition de salle, pas une monnaie de marchandage

Avant l’ouverture massive des forums provinciaux, le Gouvernement prend des mesures déjà exécutables, dans le respect de la séparation des pouvoirs :

– consignes de circulation et de sécurité pour les responsables d’opposition non armée qui acceptent le cadre ;

– revue accélérée, dossier par dossier, des détentions présentées comme politiques, distincte de toute amnistie des crimes de sang ;

– instruction aux médias publics de cesser les qualifications d’ennemis intérieurs à l’égard des critiques non armés ;

– garantie que la participation au forum n’expose pas à des représailles administratives.

Ces mesures ne rachètent pas une exclusion illégitime des armes. Elles évitent que la base soit boycottée par ceux-là mêmes dont le discours réclame la présence.

Palier 4 – Assises de Kinshasa: forger le pacte, pas un gouvernement

Durée : dix à quinze jours, dans l’enveloppe globale de trois mois.

Délégations. Elles montent des provinces. Chaque délégation reflète le dossier provincial, y compris un siège d’opinion minoritaire. On n’ajoute pas à Kinshasa une « liste présidentielle » qui dilue la remontée. La diversité nationale (femmes, jeunes, scientifiques) se calcule d’abord dans les délégations provinciales, ensuite par un correctif national plafonné, public, motivé.

Quatre commissions, pas vingt

1. Autorité de l’État et sécurité intérieure :reconstitution de l’administration, justice de proximité, DDR individuel, rapport aux groupes locaux, ligne rouge sur l’occupation étrangère.

2. Cohésion et citoyenneté : discours de haine, conflits identitaires, décentralisation réelle, statut des coutumiers.

3. Économie de la paix : foncier, minerais, fiscalité locale, services de base, informel.

4. Architecture institutionnelle : ce qui relève de la loi ordinaire et du règlement ; ce qui, le cas échéant, relèverait d’un débat constituant ultérieur.

Mur avec Doha et Washington

Les assises formulent des principes : retrait des forces étrangères, non-conversion des conquêtes en légitimité, justice aux victimes, réintégration individuelle sous conditions. Elles ne négocient ni le cantonnement, ni le partage opérationnel du terrain, ni la composition d’un gouvernement d’union.

Produit final. Un pacte national court — principes et engagements — et une matrice publique

Chaque ligne de matrice contient : libellé d’action ; institution pilote ; institutions associées ; délai (90, 180, 365 jours) ; indicateur vérifiable ; date du premier rapport ; source de financement pressentie. Ce qui n’a pas de pilote nommé n’est pas un engagement.

Publication au Journal officiel.
Le Parlement est saisi des traductions législatives. Le Gouvernement arrête le plan d’exécution. Les institutions restent en fonction.

Palier 5 — Après la photo : le suivi ou l’oubli

Le Comité d’organisation se dissout à la clôture. La Commission préparatoire se réduit à un collège de suivi de douze membres, même équilibre des pôles, mandat de six à douze mois. Rapport public tous les quatre-vingt-dix jours, audition parlementaire, tableau de bord en ligne. Les partenaires (UA, UE, États-Unis, Qatar) peuvent financer l’audit technique du suivi, non le contenu politique du Pacte.

Trois tests de sincérité, à administrer dès les premières semaines :

1. le gouverneur ne préside pas le forum de sa province ;

2. les cahiers territoriaux sont publics avant le forum provincial ;

3. la synthèse nationale contient des propositions que le centre n’aurait pas écrites seul.

Si l’un des trois manque, la pyramide s’est retournée. On aura consulté le pays pour mieux l’ignorer.

Calendrier-type dans l’enveloppe de trois jours

J0–J7 : ordonnances A et B ; installation des deux organes ; déclarations d’intérêts.

J8–J17 : règlement, cahier unique, barème, formation accélérée des facilitateurs, carte sécuritaire.

J18–J35 : palier territorial, par vagues selon l’accessibilité.

J28–J45 : forums provinciaux dès que le seuil de cahiers est atteint.

J46–J55 : synthèse nationale et publication.

J56–J70 : assises de Kinshasa.

J71–J90 : adoption du Pacte, matrice, premières saisines législatives, bascule vers le collège de suivi.

Si la sécurité interdit le respect mécanique de ce calendrier dans l’Est, on décale le palier territorial de ces provinces sans geler tout le pays, et on documente le décalage. On ne fabrique pas un diagnostic de substitution à Kinshasa.

Le format annoncé le 27 août n’est pas une conférence. C’est une machine à faire monter une parole située, puis à l’obliger à devenir droit.

La technique décide de la politique : qui convoque, qui préside, qui fusionne, qui a le droit d’ajouter une ligne à Kinshasa.

Tant que ces quatre leviers restent dans une seule main, la pyramide inversée n’est qu’une métaphore.

Lorsqu’ils sont séparés, publiés et contrôlés, elle devient un processus.

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