RDC-Dialogue national : Le professeur Kongo Mabilama qualifie l’initiative comme une « démocratie directe » et se dit prêt à y participer

Le dialogue national annoncé par le président de la République, Félix Tshisekedi, continue de susciter des réactions dans les milieux sociopolitiques congolais. Parmi les premières personnalités à prendre publiquement position figure le professeur Innocent Kongo Mabilama, notable Kongo, président du Parti du Peuple Africain (PPA) et coordonnateur de l’Union des Fédéralistes Kongo (UFEKO).

Dans sa réaction, Kongo Mabilama apporte son soutien à l’initiative présidentielle, qu’il considère comme une opportunité de réunir les Congolais autour d’une même table afin de rechercher des solutions à la crise que traverse le pays, particulièrement la guerre et les divisions qui fragilisent la cohésion nationale.

« Une démocratie directe »

Analysant le discours du chef de l’État, le professeur Kongo Mabilama estime que la démarche annoncée s’inscrit dans un schéma qu’il qualifie de « démocratie directe », dans lequel le peuple serait appelé à participer directement aux discussions, sans être nécessairement réduit au rôle d’électeur ou représenté uniquement par les acteurs politiques.

« Nous voici dans un schéma de la démocratie directe : la pyramide renversée. Dans son élocution, le Président de la République nous ramène dans ce qui est notre modèle de gouvernance d’une société des masses », explique-t-il.

Pour le président du PPA, cette approche devrait permettre au peuple congolais de faire entendre directement ses préoccupations et de formuler ses propositions sur l’avenir du pays.

Il propose notamment que les citoyens puissent s’exprimer à travers des assises locales et régionales, qu’il présente comme des « Congrès populaires locaux du peuple ». Les résolutions issues de ces rencontres seraient ensuite transmises au niveau national par des comités populaires chargés de les porter au « Congrès général populaire du peuple ».

Au niveau national, ces différentes propositions seraient, selon sa vision, condensées dans un canevas de travail destiné au gouvernement afin de contribuer à leur mise en œuvre.

Une refondation de l’État autour du pouvoir populaire

Kongo Mabilama voit dans cette démarche une possibilité de réfléchir à une nouvelle forme de gouvernance et à la refondation de l’État congolais.

Il établit notamment un parallèle avec certaines formes de gouvernance qu’il attribue à l’ancien Royaume Kongo, estimant que l’expérience historique pourrait nourrir une réflexion sur la participation directe des communautés à la gestion de la chose publique.

Dans cette perspective, il plaide également pour le renforcement des liens entre familles, tribus et clans, tout en appelant au dépassement des clivages ethniques et des sentiments d’appartenance territoriale qu’il juge susceptibles de fragiliser l’unité nationale.

L’objectif, selon lui, serait de construire une véritable communauté nationale dans laquelle les différences identitaires ne constitueraient plus des facteurs de division.

« Rendez-vous de l’histoire »

Pour justifier l’importance du moment actuel, le professeur Kongo Mabilama inscrit le dialogue annoncé dans une longue trajectoire de l’histoire politique de la RDC.

Il cite notamment les assises de Luluabourg de 1964, qu’il considère comme un premier grand rendez-vous au cours duquel différentes composantes de la société congolaise avaient participé à la réflexion sur l’avenir du pays. Il évoque ensuite la Conférence nationale souveraine (CNS), autre moment majeur de l’histoire politique congolaise marqué par la participation de différentes catégories de la société.

Selon lui, ces expériences historiques n’auraient pas permis aux Congolais de capitaliser durablement l’expression du pouvoir populaire.

Aujourd’hui, estime-t-il, la RDC serait confrontée à un nouveau rendez-vous historique, dans un contexte marqué par la guerre, les tensions politiques et l’affaiblissement de la cohésion nationale.

« Nous voilà enfin devant une autre réalité de notre histoire, le pays en feu et en sang, les institutions fragilisées par manque d’une cohésion nationale. Le chef prend le courage de convoquer un dialogue national de paix », soutient-il.

Prêt à mettre son expérience au service du dialogue

Tout en saluant ce qu’il qualifie de « lucidité » dans le discours du président Félix Tshisekedi, Kongo Mabilama affirme sa disponibilité à prendre part au processus.

Il se dit prêt à apporter son expérience et son expertise à cette démarche, avec pour objectif de contribuer à la recherche de la paix et au renforcement de la cohésion nationale.

Pour lui, le dialogue ne devrait pas être réduit à une compétition entre camps politiques ou à une bataille pour le positionnement. Il estime plutôt qu’il doit permettre aux Congolais de poser les problèmes qui touchent directement leurs communautés et de proposer des solutions aux difficultés institutionnelles, économiques, sociales et sécuritaires.

Il reconnaît toutefois que l’adhésion de toutes les forces politiques et sociales pourrait constituer un défi, certains acteurs pouvant considérer le processus sous l’angle de leurs propres ambitions politiques.

Malgré ces divergences potentielles, le professeur Kongo Mabilama considère que l’essentiel doit rester la paix, la cohésion nationale et la réforme des institutions.

Pour le notable Kongo, le dialogue national doit ainsi constituer un espace où « le peuple parle, le peuple présente son cahier des charges pour la nouvelle République ».

Une conception qui place, selon lui, le pouvoir populaire au cœur du processus et fait de ce dialogue un nouveau « rendez-vous de l’histoire » pour la République démocratique du Congo.


congouni.info / Provinces26rdc.com

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