RDC : « Notre Constitution est illégitime » (Adolphe Muzito)

Avant même le meeting de mobilisation prévu le 5 septembre, le message est clair, et il va faire du bruit. Dans sa 37e tribune politique, Adolphe Muzito Fumutshi, Vice-Premier ministre en charge du Budget et patron de Nouvel Élan, se range totalement derrière Félix Tshisekedi et propose un véritable manifeste pour le Dialogue national annoncé par le Chef de l’État. Son constat est sans appel: la République Démocratique du Congo souffre d’un péché originel. Aucune de ses Constitutions, depuis 1960, n’a été l’œuvre du peuple congolais.

«La Loi fondamentale de 1960 fut élaborée par le Parlement belge. Les suivantes ont été marquées par les sécessions et les coups d’État. Et celle du 18 février 2006 a été préparée par un Parlement de transition non élu et promulguée par un Président non élu», assène l’ancien Premier ministre.

Pour lui, l’heure est venue de corriger l’histoire. Le Dialogue national doit être le moment fondateur où, sous l’impulsion du Président Tshisekedi, la Nation se dotera enfin d’une Constitution définitive, légitime et adaptée à la guerre qui lui est imposée par le Rwanda.

L’Union sacrée comme la France en 1914
Muzito ne prône pas l’unanimisme béat. Il appelle à une Union sacrée comme la France en 1914 autour de Poincaré, le Royaume-Uni en 1940 autour de Churchill ou les USA en 1941 autour de Roosevelt après Pearl Harbor.

Face à l’agression, majorité, opposition, société civile, provinces et diaspora doivent faire bloc autour du Chef de l’État pour défendre l’intégrité territoriale. Mais cette unité a un prix démocratique. Muzito exige que la majorité applique deux lois qu’elle a longtemps ignorées: la loi de 2008 sur le financement public des partis politiques et celle de 2007 sur le statut de l’opposition. Façon de dire: on ne défend pas la patrie en muselant le débat, mais en le finançant.

Le plan à 215 milliards pour devenir une superpuissance
Deuxième acte de son manifeste: la construction du pays. Et là, Muzito sort les chiffres, sa marque de fabrique. Objectif: faire passer le PIB de 122 milliards de dollars en 2026 à 215 milliards en 2035, et les recettes propres de l’État de 15,2 milliards à 40 milliards. De quoi faire du pays la 3e puissance économique d’Afrique subsaharienne, derrière l’Afrique du Sud et le Nigeria. Comment financer ce bond? L’ancien Inspecteur des finances assume: il faut s’endetter. Mais intelligemment.

«La dette extérieure doit être une dette de construction, non de consommation», écrit-il. Avec un PIB de 215 milliards, un endettement plafonné à 50% permettrait de mobiliser 105 milliards de dollars. À condition de privilégier les prêts concessionnels à longue maturité. Il ajoute deux autres leviers explosifs: la création d’un fonds souverain gagé sur les 2.000 milliards de dollars de réserves minières du pays -lithium, cuivre, cobalt- et les PPP pour les routes, rails et ports, sans oublier les investissements attendus du partenariat stratégique avec les États-Unis. L’argent servira à financer les corridors, l’électricité, les ports, le numérique, mais aussi la troisième jambe de sa doctrine: l’armée.

Une armée pour dissuader, pas pour conquérir
«Un État qui ne peut défendre son territoire ne peut durablement financer son développement». La phrase résume la philosophie du VPM. Muzito veut une montée en puissance des FARDC, financée par l’explosion des recettes. Mais pas seulement des dollars. Il réclame une refonte totale: doctrine de défense, commandement unifié sous autorité civile, maîtrise des drones, du renseignement et de la cybersécurité, création progressive d’une industrie de défense nationale, et amélioration radicale de la condition du soldat: solde, logement, santé.

Il rassure les voisins: cette future puissance «ne sera constituée ni pour attaquer, ni pour des velléités expansionnistes. La RDC ne revendique aucun territoire étranger». Elle veut dissuader et imposer une paix par le droit, pas par la faiblesse.

Sept résolutions pour ne pas rater le Dialogue
Pour Muzito, le Dialogue national ne doit pas être un énième «partage de postes». Il doit accoucher d’un Pacte national en 7 points. Un pacte républicain de défense de l’intégrité territoriale. Une feuille de route pour une nouvelle Constitution à soumettre au référendum. Un Plan national de construction 2026-2035 chiffré. Une pression fiscale de 17% dès 2028. Un pacte de réforme et de financement des FARDC. L’application des lois sur les partis et l’opposition. Un mécanisme de suivi des engagements La conclusion est un appel à sa génération: transmettre «une Constitution définitive et légitime, un pays construit et une Nation capable de se défendre». C’est à cette seule condition, martèle le boss de Nouvel Élan, que la République Démocratique du Congo deviendra enfin «une puissance politique, économique et militaire de paix au cœur de l’Afrique».


Africa News RDC / Provinces26rdc.com

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